Une famille à Bruxelles C. Akerman

Combien de fois avez-vous acheté un livre parce que le titre vous plaisait ? En ce qui concerne la lectrice, le choix du livre repose sur le fait que sa propre famille vit aussi à Bruxelles. Au-delà du titre et au cours de sa lecture, la lectrice découvre le style de la cinéaste qui déroute par sa singularité. Sa manière d’écrire, au sujet de son quotidien et de son passé à Bruxelles, se révèle touchante, empreinte de sincérité et de justesse. Lu en un seul souffle, le recueil contient des phrases longues où les paroles s’entremêlent étonnamment. Issue d’une famille juive polonaise, Chantal Akerman conte son intimité, ses douleurs, les souvenirs de ses deux filles mais aussi la disparition récente de son mari et de plusieurs membres de sa famille durant la Shoah. Comme une confidence, Chantal Akerman décrit son monde en explorant l’intime dans un style unique. Bon moment de lecture.

La femme gelée. A. Ernaux

La femme gelée par Ernaux

Au moment où Annie Ernaux publie un nouveau roman, j’ai choisi de lire « La femme gelée » qui traite de son expérience de femme mariée et mère de deux enfants, au début des années 80. Hasard ou coïncidence, un documentaire de Michèle Dominici, à propos des mères au foyer, est proposé sur ARTE et fait même l’objet d’un article dans le « Elle » magazine (France) de cette semaine. En ce qui concerne « La femme gelée », la lectrice découvre l’enfance de la narratrice dans un monde rural et pauvre, puis son adolescence, terreau des premiers émois. Sa quête de l’amour aboutira à la rencontre avec son futur mari. Les amoureux s’installent, vivent heureux dans un petit appartement sans confort. C’est l’arrivée d’un premier enfant qui bouleversera l’équilibre du couple. La narratrice finit par ne plus se reconnaître dans cette nouvelle vie de femme d’intérieur. C’est cette vie inégale, une vie où les tâches ménagères contrarient son quotidien pendant que monsieur travaille, qui fait de la narratrice une femme gelée, figée dans ses ambitions par sa condition de femme. Tout au long de la lecture, il est bien sûr question de liberté et d’éducation dans une société française patriarcale. Comme d’habitude, Annie Ernaux ne nous épargne rien, utilise un style direct sans chercher à plaire. Un texte qui parle à la lectrice comme à toutes les femmes. Bon moment de lecture.

Un barrage contre l’Atlantique. F. Beigbeder

Un barrage contre l'Atlantique par Beigbeder

Ce tome 2 du meilleur livre de Frédéric Beigbeder « Un roman français » surprend dès les premières pages car il s’agit d’un alignement de phrases et non d’un texte. La lectrice se sent arnaquée mais elle poursuit sa lecture, curieuse de découvrir où l’auteur va l’emmener. Au fil des pages, certaines phrases résonnent en elle, des coïncidences surgissent, la beauté du bassin d’Arcachon apparaît. L’oiseau de nuit parisien, au profil de flamand rose (c’est lui qui l’écrit), ne manque pas de culot ni de clairvoyance même s’il est parfois très pessimiste par rapport à l’avenir de notre planète. C’est vrai que Frédéric Beigbeder agace quand il cloue au pilori un auteur dans sa rubrique du « Figaro Magazine ». C’est vrai qu’il a tout d’un enfant gâté, sorte d’icône d’une jeunesse dorée parisienne mal aimée et malheureuse. Pourtant, comme dans le premier tome de son roman le plus sincère, Frédéric Beigbeder apparaît en auteur sensible, à fleur de peau, touchant. Le personnage de Benoît Bartherotte captive, lui aussi, en sentinelle du Cap-Ferret et mentor de l’écrivain depuis sa relation avec Laura Smet. La mission de ce patriarche passionne la lectrice qui, entre nous, a passé une après-midi dans le clan Bartherotte ; Eden menacé par la montée des eaux. Une nouvelle fois, Frédéric Beigbeder passionne lorsqu’il prend le temps d’être sincère, lorsqu’il s’éloigne de son personnage de bobo parisien. Conscient du temps qui passe, Frédéric Beigbeder aborde des thèmes qui lui tiennent à cœur comme le divorce de ses parents, son enfance, ses amours, ses souffrances et ses nouveaux bonheurs. Bon moment de lecture.

Etre une femme et autres essais. A. Nin

Etre une femme et autres essais

Anaïs Nin est une écrivaine franco-américaine, célèbre pour ses livres érotiques mais aussi pour ses journaux intimes où elle aborde les thèmes de l’inceste, du désir, de l’amour, de l’homosexualité et de la féminité. Disparue depuis 1977, ses publications connaissent un nouveau succès notamment à propos de sa vision des femmes. Dans ce livre poche, les extraits d’articles et interviews d’Anaïs Nin nous éclairent sur sa perception du monde. Dans le premier texte « L’érotisme au féminin », l’écrivaine aborde ses thèmes de prédilection en se référant aux auteurs classiques de la littérature. En ce qui concerne la lectrice, « La nouvelle femme » représente un extrait de conférence captivant car Anaïs Nin y explique pourquoi elle écrit : « J’ai dû créer un monde à moi, un climat, un pays, une atmosphère dans lesquels je pourrais respirer, régner et me recréer chaque fois que la vie me détruirait. Voilà, je pense la raison de toute œuvre d’art. » Les textes, publiés dans les pages suivantes, sont des critiques de romans renommés et de magnifiques récits de voyages au Maroc, à Bali et dans les îles. Bon moment de lecture.

La femme de Gilles M. Bourdouxhe

La femme de Gilles par Bourdouxhe

Madeleine Bourdouxhe est une écrivaine belge qui a connu un succès posthume grâce à ce joli roman, réédité en 1985 et adapté au cinéma. Dès les premières pages, c’est l’univers du récit, l’atmosphère et le choix des mots qui captivent la lectrice. L’auteure nous introduit dans un milieu ouvrier vers les années trente. Près des hauts fourneaux, Elisa et Gilles vivent avec leurs jumelles dans un petite maison ouvrière. Gilles travaille à l’usine, se préoccupe de lui même et rêve parfois d’un ailleurs. Enceinte, Elisa s’occupe de la maison et des enfants, tout en attendant patiemment le retour de Gilles ; son grand amour. Un jour, Elisa comprend que Gilles aime une autre femme. A l’opposé du personnage de Gilles qui se révèle brutal, Elisa tait sa douleur, ravale ses larmes et souffre en silence au moment où son unique amour lui échappe. L’espoir fera t-il renaître une nouvelle saison dans le cœur blessé d’Elisa ? Au fil de la lecture, c’est bien le style de Madeleine Bourdouxhe qui touche la lectrice par sa subtilité, sa puissance et sa sensualité. Bon moment de lecture.

Liv Maria J. Kerninon

Liv Maria par Kerninon

Une femme éprise de liberté, voilà ce qui caractérise le personnage de Liv Maria tout au long de ce joli portrait de femme. Julia Kerninon déploie toute sa créativité et son imagination pour nous raconter la trajectoire de cette fille de marin, née sur une île bretonne, en 1970. Passionnée de littérature et de nature, Liv Maria grandit dans une famille aimante où il est souvent question de transmission. A la suite d’une agression sexuelle, les parents de Liv Maria décident de l’envoyer chez sa tante, à Berlin, afin de l’éloigner de son agresseur. C’est finalement dans les bras de Fergus, son professeur d’anglais, qu’elle se console, découvre la tendresse et l’amour. Plus âgé, Fergus est malheureusement marié et père de famille. A la fin de l’été, au moment de la séparation, les amoureux décident de continuer à s’écrire. Pourtant, les lettres d’amour de Liv Maria vont rester sans réponse. En poursuivant sa vie nomade, au fil de ses rencontres, la jeune femme va, malgré elle, s’enfermer dans le piège du mensonge. C’est une fiction pleine de rebondissements, de coïncidences et de drames que nous propose Julia Kerninon ; un roman philosophique qui continue d’interpeller la lectrice. Bon moment de lecture.

Ohio. S. Markley

Ohio Stephen Markley de Stephen Markley (Roman) : la critique Télérama

Voici un roman choral décapant à propos de la jeunesse américaine du Midwest. Dès l’incipit, l’auteur foudroie la lectrice, donne le ton. Dans l’Ohio, c’est autour d’un cercueil vide que se rassemblent les habitants de New Canaan : le cercueil du soldat Rick, tué pendant la guerre en Irak. En 2013, quatre copains trentenaires se croisent dans la ville décadente de leur enfance. Au sein de ce grand espace désindustrialisé, chacun évoque son parcours, ses attentes ; sa façon de régler ses comptes. Au fil du temps et de la mémoire, les souvenirs s’entremêlent de trahisons, les secrets émergent peu à peu et confèrent au roman des allures de polar. Stephen Markley a trempé sa plume dans l’encre noire afin d’écrire cette fiction empreinte de justesse, d’émotions et de révélations. Ses personnages sont puissants, leurs récits marqués par la cruauté, la violence, les abus sexuels et la drogue. Avec talent, l’auteur rend son constat, déploie une palette d’émotions et de références pour mieux nous éclairer à propos de cet état de l’Ohio et de sa jeunesse déboussolée ; l’échec du rêve américain. Bon moment de lecture. Grand Prix de Littérature Américaine 2020. 

Le passeur. S. Coste

Le passeur par Coste

Voici un petit roman efficace qui nous emmène loin, le long de côtes libyennes. Seyoum est un trentenaire, un passeur de migrants sans pitié, qui remplit des embarcations précaires en direction de Lampedusa. Narrateur de ce roman coup de poing, Seyoum est, en réalité, un homme brisé par la dictature. A la fois cruel, désenchanté et suicidaire, le passeur n’a plus une once d’espoir en lui. Un soir, il se décide même à embarquer parmi les désespérés…Avec brio, Stéphanie Coste choisit ses mots pour offrir, en version poche, un premier roman bouleversant, malheureusement proche de notre actualité. Bien construite, parfaitement rythmée, cette fiction puissante, imprégnée de violence et d’atrocité, tient la lectrice en haleine. Alors que tout paraît incroyablement sombre, au fil de la lecture, il est aussi question d’humanité et d’amour. Excellent moment de lecture. Prix de La Closerie des Lilas, Prix littéraire du barreau de Marseille, Prix du Premier Roman du Chambon-Sur-Lignon. 

Philosophie de la maison E. Coccia

Philosophie de la maison par Coccia

Emanuele Coccia nous offre, ici, une vision philosophique de la maison sous toutes ses formes : appartement, chambre d’hôtel, grotte, palais… Il faut dire que pendant la pandémie, la ville a disparu au profit de la maison car le confinement nous a confronté à notre « chez soi »; un endroit du monde. Au fil des pages, le philosophe italien nous donne des clés pour mieux appréhender cet espace-temps, notre rapport aux objets et aux autres, sous un toit. Pour Emanuele Coccia la maison est une entité morale bien plus que physique ou architecturale, c’est un petit monde qui assure notre bonheur ; un sas entre nous et les autres. D’après lui, ce qui rend habitable la maison, ce n’est pas l’ossature mais les agencements d’objets et les transformations que nous entreprenons pour pouvoir y vivre.  En nous parlant de domestication entre les choses et les personnes, l’auteur nous livre son expérience des lieux mais aussi son rapport à l’écriture, ce qui est passionnant : « L’écriture permet à la vie de ne jamais appartenir à personne, de demeurer une éternelle vagabonde. »  Excellent moment de lecture.

La carte postale. A. Berest

La Carte postale par Berest

Suivre une enquête est souvent passionnant, c’est une bonne manière de happer un lectorat. Dans ce « roman vrai » d’Anne Berest, il est question d’une enquête qu’elle mène en compagnie de sa mère, suite à la découverte d’une carte postale anonyme, reçue vingt ans auparavant. Sur cette carte représentant l’Opéra Garnier, figurent les quatre prénoms d’ancêtres déportés et assassinés à Auschwitz durant la Seconde Guerre mondiale. Les recherches pour retrouver l’auteur(e) de la carte postale permettent aux lecteurs de comprendre l’histoire familiale des Rabinovitch, leurs parcours, leurs unions et leurs destins retracés méticuleusement sur une période de cent ans. Durant trois ans, la narratrice questionne sans cesse sa mère, fait des démarches, rencontre des témoins de l’époque. A travers cette quête, Anne Berest s’interroge également à propos de son identité juive, à propos de transmission et de la notion de déplacement. Au cours de la lecture, la lectrice est surprise par la densification du récit et de son réalisme. Anne Berest n’épargne aucun détail et bouleverse tout au long de ce travail de mémoire. C’est justement cette clairvoyance et cette détermination, à mener l’enquête jusqu’au bout, qui tiennent la lectrice en haleine.  Bon moment de lecture. Prix Renaudot des lycéens 2021. 

Madame Hayat. A. Altan

Madame Hayat par Altan

Journaliste renommé en Turquie, Ahmet Altan a été prisonnier politique pendant quatre ans. Du fond de sa cellule, privé de liberté, il a pris sa plume pour écrire ce roman lumineux. Dès la première page, la lectrice fait la connaissance du narrateur, un jeune Turc nommé Fazil. Au moment du décès de son père, Fazil découvre brutalement que  sa vie a changé. Colocataire d’un appartement occupé par des étudiants pauvres, un travesti et un poète rebelle, Fazil poursuit ses études en lettres et obtient une bourse. Fauché, le jeune étudiant trouve un boulot de figurant dans une émission de télévision. Là, il rencontre Madame Hayat, une quinquagénaire sensuelle et libre qui lui ouvre la voie de la réflexion amoureuse. En sa compagnie, Fazil découvre de nombreux petits bonheurs, une autre existence, d’autres réalités. Ensuite, Fazil tombe sous le charme de Sila, une étudiante en lettres de son âge avec laquelle il vit une histoire d’amour parallèle. Suite aux rafles de la police et aux terrifiantes bastonnades, Sila propose à Fazil de s’exiler au Canada afin de mener une vie nouvelle et sereine. Tiraillé entre son amour pour Madame Hayat et la jeunesse de Sila, Fazil est confronté à un choix. Ahmet Altan nous offre un roman d’amour magnifique qui interpelle la lectrice. Au fil des pages, sa réflexion à propos du rôle des écrivains et des critiques littéraires vient enrichir la fiction. En poussant les murs de sa cellule, Ahmet Altan propose un roman poignant, un formidable hymne à l’amour qui nous parle de liberté. Prix Transfuge du Meilleur Roman européen 2021. Prix Femina étranger 2021. Excellent moment de lecture.

Là où le crépuscule s’unit à l’aube. M. Dédéyan

Là où le crépuscule s'unit à l'aube par Dédéyan

Le nouveau roman de Marina Dédéyan est un voyage au pays de son cœur : la Russie. Quelques années après le décès de sa grand-mère adorée, l’écrivaine décide de partir sur les traces de ses ancêtres, rassembler les pièces du puzzle familial. Nous voici à Riga, au 19ème siècle, dans un paysage de forêts, lacs et rivières. L’héroïne du roman est l’arrière-grand-mère de l’auteure : Julia, une jeune ouvrière qui confectionne des fleurs en tissu dans une fabrique. Renvoyée injustement, Julia décide de rejoindre sa sœur à Saint- Pétersbourg et tire un trait sur son passé. Là-bas, la jeune femme rencontre William Emmanuel Brandt, l’un des plus beaux partis de Russie, proche de la famille impériale. Subjugué par le regard gris de Julia, son naturel et sa beauté désarmante, William ne la quitte plus. A l’image de leurs premiers pas sur la patinoire de la Neva gelée, ils s’élancent dans l’intimité d’un couple malgré la différence sociale. Avec talent, Marina Dédéyan retrace le parcours de ses ancêtres sans oublier l’histoire de la Russie et de l’Europe, en toile de fond. Attachante, l’écrivaine choisit consciencieusement ses mots, convoque le passé à travers ses nombreuses lectures, touche du doigt l’émotion. Inspirée, bercée par le folklore, les contes et légendes russes, elle nous offre une fresque familiale captivante où l’on croise Pouchkine, Pagnol, Dumas, Fabergé, Nabokov…A sa façon, Marina Dédéyan fleurit magnifiquement les tombes de ses ancêtres ; la mémoire de son patrimoine familial recomposée. Excellent moment de lecture.

 

L’éternel fiancé. A. Desarthe

L'éternel fiancé par Desarthe

Le roman s’ouvre sur une déclaration d’amour d’un petit garçon à une fille : « Je t’aime parce que tu as les yeux ronds. » Ce jour-là, la petite fille répond négativement à cette déclaration. Pourtant, cette scène la marquera pour le restant de son existence. Tout au long de sa jeunesse heureuse, de sa vie d’épouse et de mère, la narratrice repense à ce garçon ; Etienne. D’ailleurs, à plusieurs occasions, elle croisera le chemin de celui qui est devenu, à ses yeux, « l’éternel fiancé ». Et elle se demande : quelle serait sa vie aux côtés d’Etienne ? Au fil de cette fiction mélancolique, le thème du temps qui passe se révèle central. La lectrice suit ces deux destins tout en s’identifiant à la narratrice et à son époque. Au cours de la lecture, la musique classique s’impose. Grâce au Quatuor en Mi Majeur de Fanny Mendelssohn, Agnès Desarthe donne une intensité, une singularité et une profondeur à son émouvant récit. Bon moment de lecture.

Vivre ! F. Lenoir

Vivre ! par Lenoir

Dans ce petit ouvrage, publié en pleine crise sanitaire, Frédéric Lenoir fait le constat de la vulnérabilité de notre monde. Pour le philosophe français, la cause principale de la pandémie est liée à notre logique consumériste dans un contexte de mondialisation dérégulée. Comment vivre le mieux possible en temps de crise ? Voilà le thème de ce « manuel de survie » qui revient sur la satisfaction de nos besoins, le fameux principe de résilience et notre capacité d’adaptation à un monde imprévisible. En convoquant quelques philosophes, les neurosciences et son expérience personnelle, Frédéric Lenoir nous incite à développer nos ressources intérieures, à faire les bons choix, à donner du sens à notre vie, à retrouver notre liberté intérieure mais aussi à apprivoiser la mort et cultiver nos émotions positives pour vivre pleinement, ensemble. Un livre à lire, ou à écouter, lors d’un déplacement ; un nouveau départ. Bon moment de lecture.

Maid. S. Land

Maid par Stephanie Land

Le témoignage de Stéphanie Land nous éclaire sur la situation des femmes pauvres et célibataires aux Etats-Unis. La lectrice a aimé la série « Maid », inspirée du livre et diffusée sur Netflix, car elle rend parfaitement compte du combat quotidien de cette jeune mère pour survivre avec sa fille de trois ans. Après une séparation douloureuse et violente, Stéphanie, mère de Mia, se retrouve dans un foyer pour sans abri. Ne pouvant pas compter sur l’aide de sa famille, Stéphanie devient femme de ménage, place Mia en garderie et jongle avec les aides de l’Etat. Grâce à ce journal, la lectrice découvre son parcours, ses souffrances mais aussi son espoir de devenir écrivaine. Au fil du récit, Stéphanie donne des descriptions précises sur les maisons où elle travaille et qu’elle baptise de surnoms : la maison porno, la maison triste, la maison clown, la maison du chef…Ce qui frappe, au cours de la lecture, c’est l’hostilité, le mépris et l’incompréhension d’un grand nombre de personnes face à la pauvreté. La lectrice ressent de la compassion pour Stéphanie qui travaille dur, souffre physiquement et psychologiquement notamment en s’inquiétant pour la santé de Mia et pour leur avenir commun. L’amour entre Stéphanie et Mia est magnifique car inconditionnel. Finalement, la jeune écrivaine trouve les mots justes pour raconter sa vie quotidienne tout en libérant sa parole de mère célibataire vivant dans une situation précaire, loin du rêve américain. Bon moment de lecture.

Le retour. A. Enquist

Le retour par Enquist

Cette auteure néerlandaise nous propose de découvrir la vie de James Cook, célèbre explorateur du 18ème siècle, à travers le regard de son épouse. Bien documenté, le roman permet d’imaginer la vie des marins à bord d’un navire, à cette époque. Sur la terre ferme, Elizabeth attend le retour de son mari explorateur et capitaine. Durant son absence, elle subit ses grossesses, accouche, perd des enfants, entretient la maison…A chaque retour de James, Elizabeth se prépare à l’accueillir pour reconstruire un lien avec lui malgré ses longues absences. A noter que les récits de voyage de James sont passionnants. Ils nous éclairent à propos de découvertes, rencontres exotiques et contrées lointaines. Si la vie de cette femme au 18ème siècle passionne au début du roman, il faut bien avouer qu’il y a des longueurs et peu de suspense au fil de la lecture. Pourtant, la lectrice ressent de la compassion pour cette femme dont la vie repose sur les ambitions d’un époux versatile. Délaissée, Elizabeth subit les drames, espère un retour tout en ravalant son chagrin. Bon moment de lecture.

Il est des hommes qui se perdront toujours. R. Lighieri

Il est des hommes qui se perdront toujours par Lighieri

Terminons l’année 2021 par un coup de cœur. Rebecca Lighieri (alias Emmanuelle Bayamack-Tan) publie un roman qui prend aux tripes. Nous voici dans les tours de la cité Artaud, à Marseille, au milieu des années 80. Entourés de parents drogués, Karel, Hendricka et leur petit frère Mohand vivent une enfance fracassée dans un appartement crasseux. En grandissant, et malgré la souffrance psychique et physique, les trois enfants vont tenter de vivre le plus « normalement » possible. Karel et Hendricka ont la beauté pour eux et comptent bien s’en servir. Auprès des gitans, Karel trouvera du réconfort, de l’amitié et Shayenne, son unique amour. Devenue une actrice célèbre, Hendricka vivra dans un milieu de paillettes, soutenant ses frères, loin de Marseille. Légèrement handicapé, Mohand a toujours été désigné comme le « gogol » de la famille par un père qui le rejette et sème la terreur autour de lui. Pendant ce temps, Loubna, la mère, reste impuissante face à la maltraitance de son mari ; incapable de protéger ses enfants. Peut-on vraiment échapper au schéma familial ? Dans un style fluide, l’auteure n’épargne pas son lectorat lorsqu’elle emploie un langage cru pour décrire de nombreuses scènes de sexe et de violence. Comment anticiper les séquelles d’une enfance traumatisée par le manque d’amour, les sévices et la misère ? « La seule chose qui dure toujours, c’est l’enfance quand elle s’est mal passée. » Truffé de références musicales, ce roman sombre n’est absolument pas destiné à « faire rêver ». Bien construite, la fiction comporte même une dose de suspense. Les personnages sont bouleversants de justesse et provoquent une avalanche d’émotions au cours de cette lecture coup de cœur.

La confiance en soi. C. Pépin

La confiance en soi, une philosophie par Pépin

Encore un livre au sujet de la confiance en soi ? Pourtant, il faut admettre qu’au fil de la lecture, Charles Pépin nous propose une philosophie de vie singulière, basée sur l’action : cultivez-vous, émerveillez-vous, passez à l’acte, restez fidèle à votre désir…Tout en se référant à quelques philosophes et travaux scientifiques, Charles Pépin s’appuie sur des expériences de vie de stars comme Madonna ou les sœurs Williams (tennis) pour nous offrir de vraies clés et gagner en confiance : apprendre à choisir ou à décider, passer à l’action, se confronter au monde et à son mystère… La lectrice est particulièrement réceptive au chapitre 6 : « Mettez la main à la pâte » pour se faire confiance. Qui n’a pas ressenti du plaisir à la tâche en cuisinant ou en jardinant en dehors des heures de bureau ? Ce que Charles Pépin nous propose, c’est de retrouver le rapport premier aux choses, toucher la matière, revenir à nos racines profondes. En pratiquant des activités manuelles, en faisant quelque chose de nos dix doigts, nous retrouvons notre nature car l’homme est d’avantage Homo Faber (faire avec ses mains et outils) qu’Homo Sapiens (celui qui sait). Finalement, ce petit livre se lit facilement, reste à mettre en pratique ses principes. Bon moment de lecture.  

Foutez-vous la paix ! F. Midal

Foutez-vous la paix et commencez à vivre par Midal

Au mois de novembre, j’ai eu le privilège de participer au tournage d’une « masterclass » (Mentorshow) avec Fabrice Midal. Ce philosophe et écrivain français est le fondateur de l’école occidentale de méditation (Paris) qui propose une approche singulière de cette pratique mentale. Pour Fabrice Midal, méditer est l’art de se foutre la paix. Afin de nous apaiser, il nous propose de se libérer du contrôle, de relâcher la pression et de nous délivrer des injonctions sociales. « Soyez en paix, laissez-vous faire, soyez vulnérable, devenez votre meilleur ami... » voilà ce que Fabrice Midal nous enseigne au fil des pages de son livre. Et si ses conseils ressemblent à des injonctions, le philosophe nous invite à faire le tri entre celles qui ont du sens et celles qui sont néfastes, paradoxales ou impossibles à réaliser. Finalement, la lecture de son ouvrage fait du bien car il nous déculpabilise tout simplement. La lectrice apprécie particulièrement ses confidences et souvenirs de famille qui le rendent humain. Sa relation avec son grand-père est touchante et nous ouvre la voie afin de mieux ressentir nos propres émotions. Au fond, Fabrice Midal nous pousse à observer nos imperfections en s’ancrant dans le présent pour être soi-même et commencer à vivre. Bon moment de lecture.

La plus secrète mémoire des hommes. M. M. Sarr

La plus secrète mémoire des hommes par Mbougar Sarr

Ce roman imposant nous raconte la quête d’un jeune écrivain sénégalais, obsédé par un ouvrage publié en 1938. En effet, Diégane a découvert un roman mythique et maudit qui l’interpelle : « Le Labyrinthe de l’inhumain ». A l’époque, l’auteur de ce texte avait été qualifié, par la presse, de « Rimbaud nègre ». Accusé de plagiat, l’auteur avait déclenché le scandale avant de mystérieusement disparaître. Fasciné par ce texte, Diégane va s’évertuer à trouver un rapport entre l’histoire du roman et la vie de son auteur. Avec ferveur, Diégane décrit ses nuits d’angoisses, de lecture, d’interrogations et de rencontres avec d’autres jeunes auteurs africains. Au cours de sa quête, de nombreux voyages le mènent de Paris à Dakar en passant par Amsterdam et l’Argentine. Les thèmes de l’exil, de la puissance de la littérature, de la famille, de la trahison et de l’amour parcourent ce roman dense, écrit par un auteur passionné et exigeant. Chaque mot semble avoir été choisi, pesé, afin de raconter l’histoire de cet auteur maudit et de sa famille au cours du XXème siècle. Pour sa part, la lectrice est captivée par la profonde réflexion qui traverse cette œuvre même si la structure polyphonique du texte déroute, parfois, au cours d’une lecture qui demande une attention soutenue et soulève une question cruciale : écrire ou ne pas écrire. Bon moment de lecture. Prix Goncourt 2021. 

Les jours heureux. A. de Clermont-Tonnerre

Les jours heureux par Clermont-Tonnerre

Le dernier roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre est une réussite. La lectrice découvre le monde du cinéma français, un milieu qui mène la grande vie loin du train-train quotidien et, donc, qui fait rêver. Dans ce roman contemporain, les personnages de fiction semblent bien réels, proches de nous, souvent attachants. Il y a d’abord, Edouard Vian et Laure Brankovic qui forment un couple flamboyant de producteurs et réalisateurs. Edouard et Laure se déchirent régulièrement pour mieux se retrouver. Ensemble, ils ont un fils, Oscar, un beau scénariste de 29 ans. La mère et le fils vivent une relation fusionnelle. Lors d’une énième rupture avec Edouard, Laure livre, à son fils, un secret : sa maladie incurable. Edouard ne doit pas savoir. Ce dernier vient d’ailleurs de rencontrer une jeune femme Russe, Talya, avec laquelle il vit une histoire d’amour. Oscar va alors tout mettre en place pour que le couple de ses parents se reforme…avant le drame. Au cours de la lecture, c’est la quête d’Oscar qui passionne. Dans cette fiction bien construite, il est question d’amour filial, de passion, de violence politique, de manipulation…Bon moment de lecture.

Chevreuse. P. Modiano

Chevreuse par Modiano

Le dernier roman de Patrick Modiano se lit comme on boit du petit lait. Toutefois, si vous n’avez jamais lu un ouvrage de cet auteur français, il vaudrait mieux débuter votre lecture par un autre roman comme « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » de manière à mieux le cerner. Les romans de Modiano sont des quêtes de vérité, des cheminements dans le labyrinthe de la mémoire afin de retracer les pistes du passé. Dans « Chevreuse », le personnage principal se nomme Jean Bosmans, une référence aux origines flamandes de Patrick Modiano. En compagnie de Martine et Camille, Jean visite une maison dans la vallée de Chevreuse. Curieusement, Jean se souvient avoir vécu dans cette même maison lorsqu’il était enfant. Troublé, l’homme tente de reconstituer le puzzle de son passé alors que la frontière entre la fiction et la réalité se révèle ténue. La lectrice aime particulièrement déambuler dans le Paris des années cinquante au milieu des souvenirs. Au fil des pages, Patrick Modiano fait résonner les mots, les expressions : « Jouer sa dernière carte », « Couper les ponts » ou « On est de son enfance comme on est d’un pays ». Roman coup de cœur.

Derrière les portes. B.A. Paris

Derrière les portes par Paris

Après avoir aimé « Le dilemme », le dernier roman de B. A. Paris, j’attendais un autre plaisir de lecture. Malheureusement, dès les premières pages, quelque chose ne fonctionne pas dans ce thriller ; les allers-retours dans le temps perturbent lourdement la lecture. Comment croire en cette histoire de couple ? Voici le pitch : Grace rencontre Jack, un avocat brillant aux allures de prince charmant. Après trois mois, Jack demande la jeune femme en mariage. Très vite, le mari parfait se révèle être un psychopathe qui ambitionne de torturer la sœur trisomique de Grace. La lectrice reste sur le seuil de ce thriller peu plausible. Le personnage de Grace est imprégné de naïveté et de passivité. Celui de Jack est caricatural. Le thème du piège matrimonial est pourtant intéressant et la lectrice a tenu à lire le thriller jusqu’au bout pour découvrir, avec soulagement, une fin bien construite, cohérente, presque crédible. Dommage de laisser autant de place à l’ennui, au fil de la lecture.

La papeterie Tsubaki. O. Ito

La papeterie Tsubaki par Ogawa

Si vous avez envie d’une lecture poétique et apaisée, voici un roman zen qui se déroule au pays du soleil levant. Ogawa Ito nous conte la vie d’une jeune écrivaine public, Hatoko, installée dans un village japonais non loin de Tokyo. En reprenant la papeterie de sa grand-mère décédée, Hatoko ne s’attendait pas à rédiger des lettres de rupture surprenantes, de nombreuses cartes de vœux, des mots d’adieu ou de condoléances après le décès d’un singe. Dans cet univers singulier, Hatoko croise toutes sortes de personnages ; des histoires touchantes. Au fil des saisons, la lectrice suit le quotidien de la jeune femme et ses moments partagés, comme des confidences, avec Madame Barbara. Ogawa Ito excelle dans sa manière d’évoquer l’art de la calligraphie, le choix d’un papier, le choix des mots, d’un plat, d’un thé…Il est question de partage, d’amour et de tendresse dans ce joli roman nippon qui permet de renouer avec certaines traditions. Bon moment de lecture.

La définition du bonheur. C. Cusset

La définition du bonheur par Cusset

Catherine Cusset nous propose de suivre le destin de deux femmes sur quatre décennies ; le mouvement d’une vie dans le temps. Née dans les années soixante, Clarisse est une jeune Parisienne qui a connu l’abandon et le viol. Passionnée d’Asie, la jeune femme voyage, poursuit sa vie de femme jusqu’à rencontrer un homme, un grand amour. De son côté, Eve est une Française qui vit à New-York avec son mari et ses enfants. Pour cette femme forte, la notion d’adultère paraît assez floue. Au début du roman, la lectrice se sent un peu perdue, ballotée entre les deux récits. En contrepoint, l’auteure propose deux portraits de femmes dans lesquels la lectrice s’identifie parfois tant il y a d’évènements et de personnages secondaires. Au fil des pages, la lectrice suit ces vies parallèles jusqu’à la rencontre des deux héroïnes. A travers ce roman, Catherine Cusset propose une certaine définition du bonheur malgré une fin tragique. Bon moment de lecture.

Nagori. R. Sekiguchi

Nagori - Ryoko Sekiguchi - Folio

« Nagori, la nostalgie de la saison qui vient de nous quitter », est un texte poétique qui traite de la temporalité ; la perception des saisons et son empreinte. Ryoko Sekiguchi est une auteure japonaise particulièrement sensible au monde qui l’entoure. A travers sa culture, l’auteure nous offre une réflexion à propos du « nagori » , un élément qui annonce une autre saison. Au fil de la lecture, le temps ralentit, la lectrice se délecte d’une tradition japonaise ancestrale et harmonieuse. Au pays du soleil levant, il est de coutume d’être sensible à la nature et à tout ce qu’elle offre, le temps d’une saison. Ryoko Sekiguchi témoigne de la vision de grands chefs à propos de la saisonnalité des produits et de son expérience culinaire à la Villa Médicis. Au fil des pages, la lectrice ressent la subtilité d’un légume croquant « hashiri » , d’un kaki juteux « sakari » ou d’un plat savoureux « nagori » ; une saison qui fait ses adieux. Bon moment de lecture.

L’impératrice des roses. B. Pécassou

L'impératrice des roses

Cette fiction sentimentale et romanesque se déroule en France, au 19ème siècle. Bernadette Pécassou met en scène une femme peintre, au temps de Rosa Bonheur. Alba grandit dans la pauvreté auprès d’une mère célibataire. A cette époque, l’art se définit encore au masculin et Alba se bat pour vivre de son talent : des tableaux représentant exclusivement des roses. Surnommée « L’impératrice des roses » , Alba rencontre le succès et un homme mystérieux dont elle tombe éperdument amoureuse. Pour écrire ce roman, Bernadette Pécassou s’est vraisemblablement inspirée de la vie de Madeleine Lemaire et de Blanche Odin. Bien documentée, l’auteure nous raconte le combat des femmes artistes, au 19ème siècle. Facile à lire et centrée sur les sentiments, cette fiction à l’eau de rose joue avec nos émotions. Bon moment de lecture.

Le dilemme. B. A. Paris

Le Dilemme

Voici un thriller psychologique particulièrement efficace ; un page-turner. Mère de deux enfants, Livia rêve d’organiser une incroyable soirée pour fêter ses quarante ans. Son mari, Adam, l’aide à tout organiser et lui prépare même une petite surprise : la présence de sa fille Marnie qui fera un voyage-éclair depuis Hong Kong. Tout est prêt. La fête commence mais Marnie n’arrive toujours pas…B. A. Paris, auteure franco-britannique, a le don de maintenir le suspense tout au long de cette fiction haletante. A tour de rôle, Adam et Livia confient leurs doutes à la lectrice, accumulent les mensonges et provoquent une avalanche d’émotions…Bon moment de lecture.

Breakdown. J. Kellerman

Breakdown par Kellerman

Si vous aimez les longues enquêtes, ce thriller devrait vous plaire. Nous sommes à Los Angeles, du côté d’Hollywood, où nous découvrons le personnage de Zelda Chase. Jeune femme fragile, célibataire et mère d’un enfant de cinq ans, Zelda est actrice dans une série éphémère. Peu à peu, Zelda s’enfonce dans la folie, devient une « sans domicile fixe » avant de s’échapper de la clinique où elle venait d’être internée. Le psychologue Alex Delaware est appelé pour la prendre en charge car il s’est déjà occupé du fils de Zelda, quelques années auparavant. Mais Zelda est retrouvée morte dans un jardin privé, laissant le psychologue perplexe et inquiet pour le jeune garçon qui, entretemps, a disparu. Alex Delaware fait alors appel à l’inspecteur Milo Sturgis afin d’enquêter. Cet épais thriller laisse peu de place à l’ennui. Jonathan Kellerman déploie lentement l’intrigue et nous entraîne dans une fiction pleine de rebondissements, bien construite. Bon moment de lecture.

Le Bassin Romantique. N. Seurot

Les visions passéistes - Le bassin romantique

Les amoureux du bassin d’Arcachon aimeront ce superbe livre d’art, réalisé par Nicolas Seurot, car chaque tirage est un enchantement. Dans cette édition imprimée en France et sur papier japonais, le photographe nous offre ses visions passéistes comme des toiles romantiques. Au fil des pages, la lectrice découvre la beauté des pins graciles sur fond de pleine lune, la féerie de l’estran effleuré par un vol d’oiseau, l’esthétique d’une villa au style arcachonnais, la délicatesse des voiles d’un bateau…derrière son objectif, Nicolas Seurot excelle dans sa façon de composer, de saisir la luminosité de l’instant. Grâce à ses clichés, le photographe nostalgique donne l’opportunité de nous émouvoir face à la beauté, d’échapper au quotidien par la contemplation. Recueil coup de cœur.