Une maison de poupée. Ibsen

Une maison de poupée par Ibsen

Œuvre d’Henrik Ibsen, écrivain norvégien du 19ème siècle, cette pièce se joue en trois actes. A l’époque, la pièce a fait couler pas mal d’encre car elle bousculait les conventions sociales. Avant-gardiste, Ibsen y parle de la position de la femme à travers le personnage principal de Nora. Epouse et mère de famille, Nora semble parfaitement heureuse. Helmer est un mari aimant, absorbé par sa position de banquier et par les questions d’argent. Suite à une cure thérapeutique, financée par sa femme, Helmer se porte mieux. Mais c’est la question du financement de cette cure qui va pousser Nora au mensonge. Bien rythmée et pleine de suspense, la pièce ne lasse jamais la lectrice car, de rebondissement en rebondissement, Nora va prendre conscience de son statut de femme-objet dans sa propre maison. Aujourd’hui, cette pièce est devenue un classique, inscrite au registre de « mémoire du monde » par l’UNESCO. Bon moment de lecture.

Grace. P. Lynch

Grace par Lynch

Paul Lynch est un écrivain irlandais singulier. Dans ce roman, il déploie tout son talent pour nous offrir un personnage féminin rare et touchant. Nous sommes en Irlande, en 1845, au temps de la grande famine qui laissera dans son sillon plus d’un million de morts. Pour fuir cette misère, Grace, 14 ans, quitte son village et se retrouve sur les routes en compagnie de son petit frère Colly. Déguisée en garçon et pleine de courage, Grace affronte le froid, la vermine, la faim mais aussi la peur. Sur leur chemin, ils vont croiser des hommes mais aussi la mort et quelques fantômes. Paul Lynch nous plonge littéralement dans une époque miséreuse où tous les coups sont permis. Véritable roman d’apprentissage, Paul Lynch excelle dans sa façon de nous faire ressentir, au plus profond de nous, cette époque noire où passe un rayon de lumière. Bon moment de lecture.

L’un L’autre. P. Stamm

L'un l'autre par Stamm

Peter Stamm est un auteur Suisse-Allemand qui a déjà remporté plusieurs prix littéraires. Dans ce nouveau roman, c’est sa façon de décrire un cheminement, sur un ton particulier, qui séduit la lectrice. Astrid, Thomas, et leurs deux jeunes enfants, vivent dans une bourgade suisse. Tout semble bien se passer pour la petite famille qui rentre de vacances au soleil. Au crépuscule, le couple prend paisiblement l’apéritif. Astrid s’absente quelques minutes à l’intérieur de la maison. Dehors, Thomas disparaît dans le paysage vallonné. Commence, alors, un chemin d’errance pour ce père de famille. Paumé, Thomas improvise, se réfugie dans un camping désert, passe la nuit dans une cabane, croise des chasseurs, des bergers… Avec talent, Peter Stamm nous plonge au cœur d’une nature montagnarde faite de chemins de randonnées où apparaissent des lacs, des cols, des valons et quelques villages accrochés aux pentes escarpées. La lectrice observe la nouvelle vie de Thomas mais aussi celle d’Astrid qui se retrouve démunie face à l’absence. Retranchée dans son déni, la mère de famille ne perd pourtant jamais espoir. Il est question, dans ce roman à suspense, du couple, de la solitude, de la disparition et du lien qui unit les êtres. Excellent moment de lecture.

Le Consentement. V. Springora

Le consentement

Le premier livre de Vanessa Springora vient de paraître en poche après un succès retentissant. Ce récit bouleversant retrace les mécanismes d’une relation sous emprise qui a débuté trente ans auparavant. Vanessa a quatorze ans lorsqu’elle tombe amoureuse d’un célèbre écrivain français quinquagénaire, pédophile et éphébophile ; Gabriel Matzneff. En 1985, Vanessa grandit, sans son père, aux côtés d’une mère qui évolue dans un microcosme littéraire parisien. La jeune fille est précoce, à la fois mature et naïve. Séduite par l’écrivain, elle se lance à corps perdu dans une relation qu’elle suppose sublime. Ni ses parents divorcés, ni les plaintes anonymes déposées à la police n’arriveront à la protéger de ce prédateur qui a laissé une empreinte indélébile dans sa vie de femme. Sans jamais le nommer, elle décrit ce séducteur, manipulateur et menteur qui n’avait aucun scrupule à coucher sur le papier ses relations pédophiles (« Les moins de seize ans » …). Au moment où leur relation se dégrade, Vanessa le quitte, déprime, rate de justesse ses études. L’emprise physique devient, alors, psychologique lorsque Matzneff la harcèle, la poursuit, lui écrit des lettres d’amour…Ce livre d’introspection permet de lever le voile sur le tabou d’une société permissive, à une époque de déni, et de nous interpeller à propos de l’âge du consentement. Excellent moment de lecture. Grand Prix des Lectrices du « Elle » 2020. Prix Jean-Jacques Rousseau 2020. 

L’inconnu de la poste. F. Aubenas

Les faits-divers passionnent le public depuis longtemps. Après quelques films, séries et romans reprenant des affaires célèbres, Florence Aubenas a choisi de s’emparer du mystère de « l’inconnu de la poste ». Le 19 décembre 2008, la postière de Montréal-la-Cluse, Catherine Burgod, ouvre son agence. A 8h37, Catherine se prépare un café et envoie un sms à une amie. A 9h05, deux clients entrent dans la poste et la découvrent assassinée, poignardée, baignant dans une marre de sang. Catherine Burgod avait 41 ans, mère d’une petite fille et enceinte de 5 mois. Que s’est-il passé ? Qui a commis ce crime atroce ? Consciencieusement, Florence Aubenas retrace l’enquête en n’omettant aucun détail. Rapidement, l’ex-mari de la postière est soupçonné ainsi qu’un acteur marginal du cinéma français, Gérald Thomassin, qui devient le suspect numéro un. Meilleur espoir masculin pour son rôle dans le film de Jacques Doillon « Le petit criminel », l’acteur venait d’emménager juste en face du bureau de poste et passait ses journées à boire et se droguer au Subutex. Incarcéré pendant deux ans, puis relâché faute de preuves, l’acteur est finalement mis hors de cause. Dix ans après les faits, le nom d’un nouveau suspect apparaît soudainement dans le dossier. La veille du procès d’assises, Florence Aubenas a rendez-vous avec Gérald Thomassin mais celui-ci disparaît mystérieusement dans la région de Nantes. Florence Aubenas nous offre, ici, le portrait d’une France rurale, une vallée d’usines de plastique peuplée de désœuvrés. Grâce à son style littéraire, la journaliste nous embarque totalement en maintenant le suspense dans son récit. Au fil des pages, la lectrice retrouve tous les ingrédients d’un bon polar : un crime, un décor, des personnages et de multiples rebondissements. Excellent moment de lecture.

Betty. T. McDaniel

Ce roman américain est un ovni qui célèbre le pouvoir de l’imaginaire. Dans un style fabuleusement singulier, Tiffany McDaniel raconte la vie de Betty Carpenter, surnommée « la petite indienne ».  En marge de la société, la famille Carpenter s’installe avec ses huit enfants dans une maison maudite de l’Ohio, au milieu des années 50/60. Grâce à son père, guérisseur cherokee, Betty va vivre une enfance poétique, bercée par les mots, les légendes et croyances paternelles. C’est bien le personnage du père qui est central dans cette fiction car l’auteure nous le présente comme un être attachant, aimant et pur. C’est lui qui va enchanter l’existence de ses enfants en vivant au plus près de la nature, en jonglant avec les mots et quelques tours de magie. Petite métisse, Betty grandit dans la pauvreté et découvre la cruauté, le racisme et la violence du monde extérieur mais aussi de terribles secrets de famille.  Et c’est à travers l’écriture que Betty va se confier, se libérer de ses secrets en parlant de la souffrance des femmes et plus spécifiquement de celle de sa mère. Par son regard, Tiffany McDaniel nous parle des démons qui hantent l’Amérique rurale. Cette fresque familiale pourrait bien être un classique mais son prix le rend inaccessible à de nombreux lecteurs (26 euros). Roman coup de cœur. Prix du roman Fnac 2020.

La vie ne danse qu’un instant. T. Révay

La vie ne danse qu'un instant par Révay

Theresa Révay est une auteure française talentueuse. Même si j’ai préféré son roman « La nuit du premier jour », il faut avouer que cette écrivaine possède le don de nous emporter. Alice Clifford est le personnage principal de cette fresque historique dense. Correspondante du « New York Herald Tribune » , elle assiste à la conquête de l’Abyssinie par Mussolini, en 1936. Au cours de la fiction, la vie amoureuse et la vie professionnelle de cette femme attachante vont s’entremêler. La lectrice aime particulièrement suivre Alice au fil de ses sentiments. Libre, intrépide et rebelle, la jeune journaliste succombe au charme d’un prince italien puis d’un journaliste allemand. Passionnée et courageuse, elle va suivre la montée des régimes totalitaires sur le terrain, en Ethiopie, Egypte, Italie, Espagne, Allemagne…jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Comme à son habitude, Theresa Révay s’appuie sur la grande histoire pour documenter son roman. Finalement, la partie historique prend le pas sur la dimension passionnelle. Véritable hommage aux reporters de guerre, Theresa Révay confirme, une nouvelle fois, son talent de romancière historique. Bon moment de lecture. Prix Simone Veil, 2017.

Et la guerre est finie…S. T. Meyer

LE COFFRET

Ce joli coffret coloré contient une trilogie de nouvelles émouvantes, rédigées par Shmuel T. Meyer. « Les Grands Express Européens » est un recueil de douze nouvelles. La lectrice y suit les destins croisés des passagers d’un train de luxe, en janvier 1954. A cette occasion, le passé d’une Europe, en pleine reconstruction, y est revisité. Pour la lectrice, ces nouvelles sont à la fois bouleversantes, poétiques et tragiques. « Kibboutz » est le deuxième recueil rassemblant quinze nouvelles qui se déroulent au sein d’un village collectiviste, une expérience humaine tendre et cruelle au milieu des orangers et des cerisiers. Emue, la lectrice découvre la vie de ses habitants : un gamin, un camarade, un rescapé des camps, un écrivain… Enfin,« The Great American Disaster » évoque, en treize nouvelles, la vie à New-York, de la guerre de Corée à la construction du World Trade Center. Le lieutenant Saul Gantz nous sert de guide au fil de ces histoires sombres et érotiques. La tragédie des juifs mêlée à celle des afro-américains résonne curieusement sur un fond sonore jazzy. Pour écrire ses ouvrages, Shmuel T. Meyer a trempé sa plume dans une certaine mélancolie afin d’exprimer son amertume et son chagrin face aux crimes de l’histoire. Une trilogie vibrante d’humanité. Bon moment de lecture. Prix Goncourt de la nouvelle 2021.

Miss Julia Flisch. C. W. Flisch

Miss julia flisch

Dans cette biographie, Christian W. Flisch s’est employé à réunir de nombreux documents et illustrations à propos de son aïeule : Julia Flisch. Née dans une famille d’émigrés suisses, en 1861 aux Etats-Unis, Julia grandit en Géorgie. Durant ses études, elle se distingue des autres élèves par son intelligence, son regard critique et sa personnalité. A l’âge de vingt-et-un ans, elle signe une lettre ouverte, dans un journal local, où elle appelle les autorités de Géorgie à émanciper les femmes en leur donnant accès aux études supérieures et au monde du travail.  Au fil du temps, cette pionnière va gagner sa renommée de journaliste mais aussi d’écrivaine lors de la publication de son premier roman aux accents victoriens. La militante rédige également des nouvelles qui paraissent dans les périodiques de tout le pays. Parallèlement à une activité d’enseignante, Julia voyagera à travers l’Europe tout en publiant des articles en lien avec l’actualité. Afin de soutenir la cause des femmes, elle donnera de nombreuses conférences dans des organisations et cercles de lecture. Christian W. Flisch rend, ici, un vibrant hommage à cette pionnière du féminisme injustement tombée dans l’oubli et dont l’œuvre fournit un éclairage précieux sur l’histoire des Etats du Sud. A la fin du livre, la lectrice découvre une jolie nouvelle et un article de presse rédigés par cette femme d’exception, décédée en 1941. Bon moment de lecture.

Le Licencié de verre. Cervantès

Variations autour du licencie de verre de cervantes

L’œuvre de Cervantès se résume souvent à « Don Quichotte ». Les variations autour du « Licencié de verre » nous font découvrir une des « Nouvelles exemplaires » de l’illustre auteur espagnol. En première partie de l’ouvrage, Jean-Michel Wissmer (essayiste, romancier, dramaturge et hispaniste) propose une analyse afin de nous éclairer sur les enjeux du texte par rapport au Siècle d’or espagnol, la vie et l’œuvre de Cervantès. Au centre du livre, « Le Licencié de verre » se définit comme un voyage passionnant à travers l’Empire espagnol qui s’étend du côté de l’Espagne, de l’Italie, des Flandres et du monde arabe. Le personnage principal, Thomas, est un héros malheureux, empoisonné par un philtre d’amour qui lui donne la folle sensation d’être un homme de verre. Sur son chemin, il va répondre aux questions de nombreux personnages sous forme de paradoxes, paraboles et quelques aphorismes. A la fin de l’ouvrage, Jean-Michel Wissmer propose une pièce de théâtre aux accents carnavalesques qui apporte une touche contemporaine à cette nouvelle inédite. Finalement, ce triptyque érudit nous parle avec lucidité de notre humanité. Bon moment de lecture. Editions Métropolis. Sortie le 11 mars 2021.

La théorie du parapluie. R. Vendôme

couverture

Ralph Vendôme est né à Beyrouth et vit à Bruxelles. Dans son recueil de nouvelles, il évoque, principalement, le monde de l’enfance ; années d’insouciance et de découverte de la vie. Pour la lectrice, les nouvelles les plus captivantes sont celles qui se déroulent dans l’appartement familial où règne une atmosphère orientale. Certaines histoires évoquent l’excellent roman « L’immeuble Yacoubian ». Dans cet immeuble égyptien, comme dans celui du narrateur, des voisins de tous âges, se croisent entre les étages : les voisines qui ricanent, la grand-mère qui cuisine des kebbés, madame Martin, la famille Rossi…C’est le style poétique de Ralph Vendôme qui charme au fil des pages de ce recueil.

Ceci est notre post-partum. I. Weizman

Ceci est notre post-partum

Vous êtes maman ? Comment s’est passé votre accouchement ? En février 2020, Illana Weizman a lancé #MonPostPartum avec trois militantes féministes pour, enfin, dénoncer les souffrances psychiques et physiques des jeunes mères. Aujourd’hui, elle publie cet essai, rédigé en écriture inclusive, afin de défaire les mythes et les tabous de notre société, aider les femmes à mieux vivre la période du post-partum. J’ai, moi même, connu une dépression sévère à la naissance de mon fils et ce sujet me tient tellement à cœur que j’espère bientôt publier un témoignage. Soulignons que 20% des mères souffrent d’une dépression après l’accouchement et que la majorité de ces femmes sont complètement démunies face à la souffrance. Le problème réside notamment dans le manque d’informations et de préparation des futures mères mais aussi d’un suivi médical insuffisant, en France. Illana Weizman a totalement raison de vouloir lever un tabou. Espérons qu’elle soit entendue malgré le ton ultra féministe de son essai qui finalement peut desservir cette cause. Ecrire que nous sommes, nous les mères, « de petites soldates de la domination masculine » est, selon moi, trop radical. Au fil des pages, Illana Weizman ne cesse de rendre des comptes aux femmes qui ne sont pas de son avis et justifie leurs propos par le fait qu’elles sont assujetties, victimes de la force manipulatrice masculine. N’est-ce pas réducteur pour toutes les femmes ? Ne faut-il pas s’entraider au lieu de s’entre-dévorer ? Ce qu’il faut retenir de cet essai c’est l’appel à ne plus se taire, à appeler à l’aide si vous souffrez après la naissance de votre enfant. Malheureusement, ce ne sont pas seulement les hommes qu’il faut blâmer mais tous les acteurs et maillons de notre société individualiste :  votre mari, vos parents, vos amis, vos sœurs, vos médecins, votre employeur, nos institutions….Heureusement, Illana Weizman termine son essai en nous proposant des pistes politiques qui permettraient de soutenir les mères au cours de cette période si sensible du post-partum. Ensemble, donnons-nous la main pour lever, enfin, le voile sur la part sombre de la maternité.

Fille. C. Laurens

Fille par Laurens

Le dernier roman de Camille Laurens interpelle. La narratrice se nomme Laurence Barraqué et nous la suivons dès sa naissance, à Rouen, en 1959. Au fil des pages, l’auteure soulève les différentes définitions et expressions liées au mot « fille » dans la langue française. Sous sa plume, les mots témoignent d’une dévalorisation du féminin par rapport au masculin au cours de l’histoire. C’est l’évolution du regard porté sur les femmes (de la fin des années cinquante à nos jours) qui questionne dans ce roman rythmé où toutes sortes d’idées foisonnent. La lectrice suit la vie de Laurence aux différentes étapes de sa vie : l’enfance exposée à la pédophilie, la jeunesse avec les garçons, l’accouchement dramatique de son premier enfant et finalement la naissance de sa fille. Camille Laurens explore plusieurs thèmes (pédophilie, deuil périnatal, homosexualité…) en prenant des directions différentes ce qui amène une certaine confusion. Pourtant, grâce à ce roman, la lectrice s’accroche, s’identifie et s’interroge à propos de sa condition de femme. Bon moment de lecture.

Le parfum des fleurs la nuit. L. Slimani

Le parfum des fleurs la nuit par Slimani

Ce joli petit ouvrage est une commande de la collection « Ma nuit au Musée » (Stock). Leïla Slimani a accepté de s’enfermer dans le musée vénitien de la Pointe de la Douane. De prime abord, cette expérience semble futile mais, après lecture, il faut avouer que ce livre d’escapade est une pépite. Si vous aimez écrire, je vous conseille vivement cette lecture car Leïla Slimani offre des conseils précieux : cultiver ses chagrins, rouvrir les cicatrices, créer une autre réalité, jouer avec le silence… Dans ce musée italien, les œuvres d’art stimulent l’imaginaire de l’auteure mais elles ne sont pas centrales dans son texte. Finalement, c’est le thème de l’enfermement et le rapport au corps qui s’imposent. Cette nuit au musée ressemble étrangement à l’enfance casanière de l’auteure, au Maroc : « J’ai été élevée comme un animal d’intérieur. » Et si Leïla Slimani ne veut pas s’étendre sur sa relation avec son père, elle raconte la souffrance liée à son incarcération. La question des origines et de l’identité surgissent également sous la plume de cette expatriée en France. La lectrice se sent proche de Leïla Slimani, de son passé, de ses envies et de ses désirs. A noter que le passage à propos de Marilyn Monroe est tout simplement magnifique : cette actrice qui a été l’otage de sa beauté, enfermée dans son corps. Le galant de nuit, une plante exotique, a inspiré le titre de ce livre ; un regard passionnant. Lecture coup de cœur.

Si tu me balances. Roslund & Thunberg

Si tu me balances par Roslund

Composé à quatre mains, ce thriller singulier est la suite, indépendante, de « Made in Sweden », un polar basé sur l’histoire vraie d’une famille perpétrant une série de braquages. « Si tu me balances » débute par une scène émouvante : Léo, quatorze ans, nettoyant le sang de sa mère, battue par son père. La mère se retrouve à l’hôpital et le père en prison. Afin d’éviter la case « famille d’accueil  » , Léo décide de s’occuper lui-même de ses deux petits frères. Pour y parvenir, il échafaude un premier braquage. Quelques années plus tard, le jeune délinquant élabore un plan obscur pour commettre le braquage parfait mais un détective, John Broncks, vient torpiller son projet. Pourtant, Léo a une dernière carte à abattre pour tenir Broncks en échec…Ce thriller, bien ficelé, tient la lectrice en haleine jusqu’à la dernière page. Roslund et Thunberg ont construit un roman à suspense rythmé, appliqué, où s’entremêlent des forces fraternelles. Dans ce long polar suédois, à la fois rigoureux et implacable, tout s’enchaîne parfaitement et pourtant un élément fait défaut : un soupçon d’amour. Bon moment de lecture.

L’imposture du marronnier. M. Sabatini

L'imposture du marronnier par Sabatini

Le premier roman de Mariano Sabatini nous entraîne dans les rues de Rome suite au meurtre d’Ascanio Restelli, un entrepreneur véreux qui briguait la mairie. Aussitôt, un journaliste d’investigation, Leonardo Malinverno, décide d’enquêter en collaboration avec la police romaine et voici la lectrice plongée dans cette enquête italienne qui ne laisse aucun répit. Le thriller repose sur de nombreux dialogues et la lectrice y croise une multitude de personnages, de pistes, allant jusqu’à se perdre dans la ville éternelle. La beauté de Rome et de ses monuments ainsi que les multiples références culinaires viennent égayer ce polar sombre. Il faut attendre la fin du roman pour découvrir le coupable et la signification du titre énigmatique : « L’imposture du marronnier ». Prix Flaiano 2017. Bon moment de lecture.

La familia grande C. Kouchner

La familia grande - Couverture - Format classique

Après un long silence, Camille Kouchner publie ce récit afin de livrer un terrible secret familial : l’inceste. A l’origine, la vie était belle pour les membres de la famille Kouchner. Camille a un frère jumeau, Victor, et un grand frère Colin. Leurs parents divorcent mais, malgré la tristesse, la vie continue. Les enfants aiment se retrouver dans l’appartement de leur mère, Evelyne Pisier, et chez leur père, Bernard Kouchner. Les vacances d’été se déroulent désormais à Sanary dans la propriété du nouveau beau-père, un homme solaire, intelligent, charmeur. Camille et ses frères sont à nouveau heureux près de ce politologue réputé, Olivier Duhamel. Tout le monde aime se rassembler sous le soleil de ce paradis : « la familia grande ». Puis, c’est le coup de tonnerre. Le monde de Camille s’écroule à l’adolescence : Victor lui confie que, certains soirs, le beau père vient le rejoindre dans son lit. Camille comprend que quelque chose de grave se joue et en même temps elle ne sait pas exactement de quoi il est question. Victor lui demande, à la fois, de se taire et de l’aider. Que faire ? Camille choisit le silence pour ne pas trahir son frère jumeau. Pourtant, plus le temps passe, plus ce silence pèse sur les deux adolescents qui subissent également les suicides successifs de leurs grands parents. En 2008, Camille et Victor décident de tout raconter à leur mère. Sous emprise et malheureuse, celle-ci commence par nier la gravité des faits puis accuse ses enfants de l’avoir trompée. La naissance du premier enfant de Camille provoque un déclic. Elle décide de se délivrer, de libérer la parole pour les siens en publiant ce récit bouleversant de sincérité qui est également un cri d’amour pour sa mère décédée. Sans jamais nommer son beau-père, l’auteure y décrit méticuleusement les mécanismes de l’emprise, la souffrance, la culpabilité qui pèse et l’abandon progressif de sa mère. Excellent moment de lecture.

L’anomalie. H. Le Tellier

L'anomalie   de hervé le tellier  Format Beau livre

Voici un roman atypique dont l’auteur vient d’être récompensé par le Prix Goncourt. Hervé Le Tellier nous propose une fiction, une sorte de scénario qui fait notamment écho à la série américaine « Manifest ». Sans en dire plus, pour ne rien dévoiler, ce roman choral bouleverse la vie de nombreux personnages, tous passagers d’un vol « Paris-New-York » et victimes d’une anomalie incroyable. Après lecture, ce prix prestigieux est mérité tant la mécanique de cette fiction est géniale. Cependant, ce roman complexe ne conviendra pas à tout le monde. En empruntant à la fois à la science fiction, au romanesque ou au thriller, Hervé Le Tellier joue avec différents pastiches, posant de nombreuses questions métaphysiques tout en révélant un humour certain. Bousculée, la lectrice est happée par cette histoire vertigineuse dont la fin reste énigmatique. Bon moment de lecture.

La nuit du premier jour. T. Révay

La nuit du premier jour par Révay

Voici un roman qui fait du bien, un roman dans la pure tradition. Theresa Révay nous plonge dans une fiction à la fois passionnante et historique qui débute à Lyon, en 1896. Blanche est l’épouse de Victor, l’héritier des soieries Duvernay. Le couple a deux jeunes enfants : Aurélien et Oriane. Au fil des pages, la lectrice découvre l’univers passionnant des soyeux et des canuts, installés à Lyon à cette époque. Un jour, à la Croix Rousse, Blanche monte dans le funiculaire. Soudain, c’est l’accident, la panique. Heureusement, un homme vient au secours de Blanche. Marchand de soie Syrien, il se prénomme Salim. Coup de foudre pour cet homme qui vient du Levant alors que Blanche est justement née au Liban, la terre de son cœur. Mais si Blanche est très éprise de cet homme, est-elle prête à tout abandonner en laissant derrière elle ses enfants? Theresa Révay nous offre un vrai moment d’évasion, un tourbillon d’émotions, en cette période captive. La lectrice déambule dans le vieux Lyon, découvrant ses traboules et ses ateliers de broderies . Dans cette fiction aux accents exotiques, l’auteure retrace une période tragique de l’histoire de France et de l’Empire Ottoman. Il est question de la place des femmes, de secrets de famille, d’amour et de passion dans cette saga familiale romantique. Excellent moment de lecture.

Kaiser Karl R. Bacqué

Kaiser Karl (Documents)

Grand reporter au journal  « Le Monde » , Raphaëlle Bacqué retrace la vie de Karl Lagerfeld à travers cette biographie captivante. Pourtant, ce n’est pas facile de rassembler toutes les informations concernant le créateur de génie, disparu en 2019. Issu de la grande bourgeoisie allemande, cultivé et esthète, Karl Lagerfeld n’a jamais cessé de brouiller les pistes en ce qui concerne son passé. Le talent de Raphaëlle Bacqué se révèle dans le fait de donner la parole à ses collaborateurs mais aussi aux proches et intimes pour comprendre toutes les facettes du personnage. Par le biais de ses relations avec Inès de la Fressange, Yves Saint Laurent ou Caroline de Monaco, la lectrice découvre un homme paradoxal qui peut se révéler à la fois insupportable, cassant, capricieux mais aussi généreux et empathique. Pour notre plaisir de lecture, l’auteure fait revivre le créateur, analyse son enfance, ses amours et sa carrière de la fin des années cinquante à aujourd’hui en passant par les mortelles années « sida » . La lectrice retiendra l’humour caustique de Karl Lagerfeld, sa lucidité et ce fameux coup d’avance qu’il avait sur son temps. Bon moment de lecture.

A L’aveugle. L. Hawvermale

Au nord du Chili, dans le désert d’Atacama, deux astronomes collaborent au sein d’un immense observatoire, pareil à un vaisseau fantôme. Sous la voûte céleste, Gabe Traylin poursuit sa mission scientifique ; cartographier les galaxies. Soudain, dans ce désert hostile à toute forme de vie, une ombre se déplace dans la nuit. Qui est-ce ? N’écoutant que son courage, Gabe tente de rattraper cette silhouette qui finalement s’écroule : un homme a été abattu par balle. Témoin malgré lui, l’astronome se retrouve au centre de l’enquête. Tout se complique à cause de son incapacité à mémoriser les visages. Gabe est atteint de prosopagnosie et devient le suspect numéro un. Afin de se disculper, le jeune scientifique s’entoure de trois acolytes et mène sa propre enquête. Ensemble, ils s’apprêtent à exhumer une terrible part de l’histoire du Chili et quelques corps démembrés. Cette fiction particulièrement sombre, dense et sanglante prend aux tripes dès la première page. L’auteur nous entraîne toujours plus loin dans le néant du désert. Bon moment de lecture.

Chavirer. L. Lafon

Chavirer par Lafon

1984. Cléo a treize ans et vit dans la périphérie de Paris. Sa famille, médiocre et terne, réside dans un grand ensemble. La culture, c’est la télé. Comme beaucoup de filles de son âge, Cléo rêve de devenir danseuse de « Modern Jazz » sur les plateaux télé. La jolie gamine se fait repérer par une certaine Cathy, une femme chic qui lui fait miroiter une bourse de la « fondation Galatée ». Attirée par le Show-biz et les paillettes, Cléo passe les castings afin de remporter la fameuse bourse. Mais il n’y a pas de bourse. La pseudo-fondation est, en réalité, un repère de pédophiles. Entre honte et culpabilité, Cléo se tait et recrute d’autres filles du collège pour le réseau. Dans ce roman, Lola Lafon nous décrit le milieu artistique des années 80-90, celui de danseuses de variété où derrière les sourires se cachent tant de souffrances. La lectrice suit Cléo jusqu’à ses quarante huit ans ; sa vie racontée par les autres. Il est, ici, question du pardon et de la capacité à se pardonner soi-même. Malheureusement, au fil des chapitres, l’auteure introduit d’autres personnages en nous faisant prendre quelques détours et la lectrice perd le fil de la narration.

Le plongeur. M. Efstathiadis

Le plongeur

Cette fiction sombre nous balade entre l’Allemagne et la Grèce. Un détective privé grec, Chris Papas, a pour mission de suivre une femme qui se nomme Eva Döbling. Son client souhaite connaître les faits et gestes de cette quadragénaire. Machinalement, le détective la suit dans les couloirs d’un hôtel minable, à Hambourg. Mais, peu avant minuit, Eva Döbling quitte l’hôtel et le détective perd lamentablement sa trace. Le lendemain, contre toute attente, la police débarque chez Chris : sa carte professionnelle a été retrouvée dans la poche de son client…pendu ! A cet instant, un message énigmatique clignote sur le répondeur du détective, finalement bien décidé à poursuivre son enquête. Que s’est-il passé ? Quels liens existaient entre Eva Döbling et ce mystérieux client ? En remontant le temps, l’auteur ravive d’insupportables blessures, du temps de l’occupation allemande en Grèce, en révélant une énigme qui glace le sang. Bon moment de lecture.

Le temps gagné. R. Enthoven

Le temps gagné par Enthoven

J’ai souvent comparé les romans à des pâtisseries choisies avec gourmandise. Celle-ci est douce-amère. Pour débuter, assumons une certaine curiosité, l’envie de découvrir, dans ce roman, les personnes qui se cachent maladroitement derrière des pseudos (Elie pour BHL, Béatrice pour Carla Bruni…). Il faut également se souvenir qu’en 2004, Justine Lévy a publié un excellent et émouvant roman autobiographique intitulé : « Rien de grave ». Dévastée, l’auteure y décrivait la trahison de son époux, Raphaël Enthoven, embrigadé dans une passion adultère avec l’ex-amie de son père : Carla Bruni ! D’après la rumeur, ce roman avait provoqué la colère muette de Raphaël Enthoven. Aujourd’hui, le premier roman du philosophe a un arrière-goût de vengeance et la vengeance est précisément un plat qui se mange froid. Enfant de la gauche caviar, germanopratin, Raphaël Enthoven a grandi dans les beaux quartiers de Paris, sous les coups d’un beau père et le regard impassible de sa mère. Au fil des pages, l’auteur raconte avec cynisme ses souvenirs, expose la violence de son enfance, son parcours scolaire, sa découverte de lui-même et du bonheur. Cruel, Raphaël Enthoven nous livre également des anecdotes intimes, inutiles et désolantes concernant son premier mariage raté avec Faustine (Justine Lévy). Philosophe jusqu’au bout des ongles, l’auteur questionne constamment en faisant référence à ses philosophes, ses professeurs et ses œuvres littéraires de prédilection (La comtesse de Ségur, Proust, Camus). Malgré la douleur, l’amour pour ses parents transparaît derrière les mots de ce roman au rythme saccadé. Le titre, « Le temps gagné » , est un clin d’œil proustien mais aussi une référence aux conseils du père. A la fois arrogant, beau et drôle, Raphaël Enthoven se dépossède de son passé, provoque en duel les personnages de son enfance tout en nous surprenant par la qualité de son écriture. Bon moment de lecture.

Agent hostile. M. Herron

Agent hostile

Mick Herron est un auteur anglais, créateur de la série Slough House dont La maison des tocards et Les lions sont morts. En ce mois de novembre, il publie un nouveau thriller dont voici le pitch : Tom Bettany reçoit un appel terrifiant, l’annonce de la mort de son fils de 26 ans. En froid, le père et le fils avaient rompu le contact depuis de nombreuses années. Malgré tout, Tom décide d’enquêter sur les circonstances de la mort de son fils, à Londres. Après les premières révélations de la police, Liam aurait chuté d’un balcon en fumant un joint. Mais est-ce bien la vérité ? N’y a t-il rien d’autre à découvrir ? Mike Herron tient le suspense au bout de sa plume tout en entraînant la lectrice dans les bas-fonds de Londres. Bouleversée par sa quête, la lectrice suit Tom, et sa part d’ombre, jusqu’au bout de cette fiction sombre.

Souvenirs d’une morte vivante. V. Brocher

Voici le journal intime de Victorine Brocher, ambulancière et combattante sous la commune (1871), à Paris. Cette sacrée bonne femme témoigne de ce qu’elle a vécu entre 1848 et 1872. Jeune fille, Victorine habitait avec ses parents dans le quartier des Halles. Son père faisait partie de la Garde nationale et de plusieurs comités. La vie familiale militante est agitée, la situation à Paris dégénère, c’est la déchéance de Louis Philippe qui part en exil à Bruxelles. La Révolution gronde en 1848 mais Victorine survit, fonde une famille et note chaque évènement qui mène la République à la Commune et ses atrocités. Ce document est également le journal d’une femme du peuple qui raconte son quotidien, la perte de ses enfants en bas âge dans un Paris insalubre et affamé. Condamnée à mort, en 1871, elle échappera de justesse à la sentence. Victorine confie ses espoirs, ses amours, les privations, la Semaine sanglante…elle retrace ses luttes pour défendre la République en rendant un vibrant hommage aux parisiens qui ont contribué à la marche du progrès pour un meilleur avenir ; notre présent.

La folle histoire de Félix Arnaudin. M. Large

La folle histoire de Félix Arnaudin par Large

Marc Large est un journaliste français, écrivain, réalisateur et dessinateur de presse. Pour écrire ce roman attachant, il s’est intéressé à un homme, un visionnaire qui a immortalisé la Grande Lande au XIXème siècle. En effet, en 1856, le projet impérial vise à implanter de plus en plus de forêts de pins au détriment de la Lande et de ses bergers perchés sur leurs échasses. Félix Arnaudin, fils de propriétaires, est un amoureux inconditionnel de la Lande. Ne supportant pas la défiguration des paysages de son enfance, Félix va consacrer sa vie à répertorier les contes, légendes, chansons…en dessinant et en photographiant sa terre natale et son folklore. Marc Large rend, ici, un bel hommage à celui qu’on appelait « le fou » ; un homme passionné et incompris qui a laissé derrière lui une œuvre magnifique, d’une valeur inestimable. Rédigé dans un style poétique, ce roman nous fait voyager en Gascogne, à l’ombre de la dune du Pilat. Dans cette fiction, l’auteur retrace aussi l’histoire bouleversante d’un amour interdit entre Félix et la servante de la famille, Marie. Bon moment de lecture.

Le territoire du vide. A. Corbin

Le territoire du vide

Alain Corbin est un spécialiste de l’histoire des sens. Dans ce document, il nous parle de la naissance des plages au XVIIIème siècle ; un nouveau territoire. Pour débuter, l’auteur nous explique ce que représente l’océan dans l’inconscient collectif et pourquoi l’homme a longtemps ignoré les plaisirs de la villégiature maritime. Au XVIIIème siècle naît le désir de rivage en Europe du nord, spécifiquement à travers la beauté des paysages hollandais. En dehors des considérations religieuses, des médecins britanniques s’intéressent aux propriétés thérapeutiques de l’eau de mer ; la nature comme remède. D’autre part, les premiers voyages en Italie, dans la baie de Naples, éveillent les sens, conforte l’élite dans sa maîtrise de la nature, des flots. Un public de connaisseurs de peinture des paysages s’agrandit et les premiers guides touristiques apparaissent ; le dessin d’un nouveau plaisir. Le XVIIIème siècle se caractérise par une certaine mélancolie et le fameux spleen. Dès lors, les curistes se ruent sur les rivages d’Angleterre et d’Allemagne, encouragés par les médecins et les hygiénistes. L’invention de la plage accompagne les vertus de l’eau de mer et de l’air pur. Malgré la mode balnéaire, peu de gens savent nager et les femmes craignent le viol oculaire en se cachant au fond des cabines de bain. Parallèlement, les costumes de bain évoluent au fil du temps : chemises, pantalons, peignoirs, jupons, tricots…et finalement, toutes les catégories sociales se confondent au milieu des vagues. Le XIXème siècle marque la naissance des stations balnéaires, notamment en France, et d’un spectacle social. Considéré comme un classique, ce document assez pointu, renseigne à propos des représentations de la mer et du rivage en faisant référence aux mythes antiques.

Isola. A. Avdic

Isola par Avdic

En s’inspirant du célèbre roman d’Agatha Christie, « Ils étaient dix », Asa Avdic propulse la lectrice en 2037, sur l’île d’Isola où six candidats vont devoir se distinguer dans le cadre d’un recrutement secret-défense. Du début à la fin, ce polar suédois se révèle efficace, à la fois captivant et glaçant. Le seul bémol concerne le choix de l’année 2037 car la vie des personnages ressemble étrangement à la nôtre. Tour à tour, l’auteure nous fait entendre la voix des candidats dont celle d’Anna Francis, une femme qui a dirigé un camp de réfugiés dans le protectorat de Kyzul Kym. Après cette expérience, Anna est particulièrement vulnérable. Mère célibataire, elle confie sa petite fille à sa propre mère afin de pouvoir participer à ce projet ; une seconde chance. Sur l’île, Anna a pour mission de mettre en scène sa mort puis d’observer, en cachette, la réaction des autres candidats et leur résistance au stress. Tout est préparé minutieusement. Pourtant rien ne se passe comme prévu. Sur place, Anna revoit Henry, un ancien collaborateur dont elle a été amoureuse. Puis, certains candidats disparaissent mystérieusement. Ce thriller psychologique est une vraie aventure. La lectrice se laisse prendre au jeu, tourne les pages avec frénésie. Au fil de la lecture, Asa Avdic nous tient en haleine, met la pression sans jamais casser le rythme. Bien construit, ce thriller psychologique est une indéniable réussite. Excellent moment de lecture.

Là où les esprits ne dorment jamais. J. Werber

Là où les esprits ne dorment jamais par Werber

Jonathan Werber a eu la bonne idée de s’intéresser aux trois sœurs Fox, les reines du spiritisme au 19ème siècle. De l’autre côté de l’Atlantique, les sœurs prétendent communiquer avec les morts et deviennent célèbres internationalement. Mais n’est-ce pas une incroyable supercherie ? L’agence Pinkerton décide d’infiltrer un agent pour percer le mystère du clan Fox. Pour ce faire, les détectives recrutent une magicienne de rue, Jenny Marton. Dès les premières pages, la lectrice se laisse emporter du côté de New-York, en 1888. Jenny est un personnage particulièrement attachant qui vit chez sa mère avec son lapin et sa colombe. Rien n’est plus agréable que de la suivre dans ses péripéties, au fil des pages de cette enquête réjouissante. Avec ferveur, Jonathan Werber nous plonge dans l’univers de la famille Fox, retrace leur histoire et leur extraordinaire succès. Débordant d’imagination, l’auteur nous parle d’illusionnisme et de magie en livrant quelques tours de passe-passe. Bon moment de lecture.