Derrière les portes. B.A. Paris

Derrière les portes par Paris

Après avoir aimé « Le dilemme », le dernier roman de B. A. Paris, j’attendais un autre plaisir de lecture. Malheureusement, dès les premières pages, quelque chose ne fonctionne pas dans ce thriller ; les allers-retours dans le temps perturbent lourdement la lecture. Comment croire en cette histoire de couple ? Voici le pitch : Grace rencontre Jack, un avocat brillant aux allures de prince charmant. Après trois mois, Jack demande la jeune femme en mariage. Très vite, le mari parfait se révèle être un psychopathe qui ambitionne de torturer la sœur trisomique de Grace. La lectrice reste sur le seuil de ce thriller peu plausible. Le personnage de Grace est imprégné de naïveté et de passivité. Celui de Jack est caricatural. Le thème du piège matrimonial est pourtant intéressant et la lectrice a tenu à lire le thriller jusqu’au bout pour découvrir, avec soulagement, une fin bien construite, cohérente, presque crédible. Dommage de laisser autant de place à l’ennui, au fil de la lecture.

Le dilemme. B. A. Paris

Le Dilemme

Voici un thriller psychologique particulièrement efficace ; un page-turner. Mère de deux enfants, Livia rêve d’organiser une incroyable soirée pour fêter ses quarante ans. Son mari, Adam, l’aide à tout organiser et lui prépare même une petite surprise : la présence de sa fille Marnie qui fera un voyage-éclair depuis Hong Kong. Tout est prêt. La fête commence mais Marnie n’arrive toujours pas…B. A. Paris, auteure franco-britannique, a le don de maintenir le suspense tout au long de cette fiction haletante. A tour de rôle, Adam et Livia confient leurs doutes à la lectrice, accumulent les mensonges et provoquent une avalanche d’émotions…Bon moment de lecture.

Breakdown. J. Kellerman

Breakdown par Kellerman

Si vous aimez les longues enquêtes, ce thriller devrait vous plaire. Nous sommes à Los Angeles, du côté d’Hollywood, où nous découvrons le personnage de Zelda Chase. Jeune femme fragile, célibataire et mère d’un enfant de cinq ans, Zelda est actrice dans une série éphémère. Peu à peu, Zelda s’enfonce dans la folie, devient une « sans domicile fixe » avant de s’échapper de la clinique où elle venait d’être internée. Le psychologue Alex Delaware est appelé pour la prendre en charge car il s’est déjà occupé du fils de Zelda, quelques années auparavant. Mais Zelda est retrouvée morte dans un jardin privé, laissant le psychologue perplexe et inquiet pour le jeune garçon qui, entretemps, a disparu. Alex Delaware fait alors appel à l’inspecteur Milo Sturgis afin d’enquêter. Cet épais thriller laisse peu de place à l’ennui. Jonathan Kellerman déploie lentement l’intrigue et nous entraîne dans une fiction pleine de rebondissements, bien construite. Bon moment de lecture.

Si tu me balances. Roslund & Thunberg

Si tu me balances par Roslund

Composé à quatre mains, ce thriller singulier est la suite, indépendante, de « Made in Sweden », un polar basé sur l’histoire vraie d’une famille perpétrant une série de braquages. « Si tu me balances » débute par une scène émouvante : Léo, quatorze ans, nettoyant le sang de sa mère, battue par son père. La mère se retrouve à l’hôpital et le père en prison. Afin d’éviter la case « famille d’accueil  » , Léo décide de s’occuper lui-même de ses deux petits frères. Pour y parvenir, il échafaude un premier braquage. Quelques années plus tard, le jeune délinquant élabore un plan obscur pour commettre le braquage parfait mais un détective, John Broncks, vient torpiller son projet. Pourtant, Léo a une dernière carte à abattre pour tenir Broncks en échec…Ce thriller, bien ficelé, tient la lectrice en haleine jusqu’à la dernière page. Roslund et Thunberg ont construit un roman à suspense rythmé, appliqué, où s’entremêlent des forces fraternelles. Dans ce long polar suédois, à la fois rigoureux et implacable, tout s’enchaîne parfaitement et pourtant un élément fait défaut : un soupçon d’amour. Bon moment de lecture.

L’imposture du marronnier. M. Sabatini

L'imposture du marronnier par Sabatini

Le premier roman de Mariano Sabatini nous entraîne dans les rues de Rome suite au meurtre d’Ascanio Restelli, un entrepreneur véreux qui briguait la mairie. Aussitôt, un journaliste d’investigation, Leonardo Malinverno, décide d’enquêter en collaboration avec la police romaine et voici la lectrice plongée dans cette enquête italienne qui ne laisse aucun répit. Le thriller repose sur de nombreux dialogues et la lectrice y croise une multitude de personnages, de pistes, allant jusqu’à se perdre dans la ville éternelle. La beauté de Rome et de ses monuments ainsi que les multiples références culinaires viennent égayer ce polar sombre. Il faut attendre la fin du roman pour découvrir le coupable et la signification du titre énigmatique : « L’imposture du marronnier ». Prix Flaiano 2017. Bon moment de lecture.

A L’aveugle. L. Hawvermale

Au nord du Chili, dans le désert d’Atacama, deux astronomes collaborent au sein d’un immense observatoire, pareil à un vaisseau fantôme. Sous la voûte céleste, Gabe Traylin poursuit sa mission scientifique ; cartographier les galaxies. Soudain, dans ce désert hostile à toute forme de vie, une ombre se déplace dans la nuit. Qui est-ce ? N’écoutant que son courage, Gabe tente de rattraper cette silhouette qui finalement s’écroule : un homme a été abattu par balle. Témoin malgré lui, l’astronome se retrouve au centre de l’enquête. Tout se complique à cause de son incapacité à mémoriser les visages. Gabe est atteint de prosopagnosie et devient le suspect numéro un. Afin de se disculper, le jeune scientifique s’entoure de trois acolytes et mène sa propre enquête. Ensemble, ils s’apprêtent à exhumer une terrible part de l’histoire du Chili et quelques corps démembrés. Cette fiction particulièrement sombre, dense et sanglante prend aux tripes dès la première page. L’auteur nous entraîne toujours plus loin dans le néant du désert. Bon moment de lecture.

Le plongeur. M. Efstathiadis

Le plongeur

Cette fiction sombre nous balade entre l’Allemagne et la Grèce. Un détective privé grec, Chris Papas, a pour mission de suivre une femme qui se nomme Eva Döbling. Son client souhaite connaître les faits et gestes de cette quadragénaire. Machinalement, le détective la suit dans les couloirs d’un hôtel minable, à Hambourg. Mais, peu avant minuit, Eva Döbling quitte l’hôtel et le détective perd lamentablement sa trace. Le lendemain, contre toute attente, la police débarque chez Chris : sa carte professionnelle a été retrouvée dans la poche de son client…pendu ! A cet instant, un message énigmatique clignote sur le répondeur du détective, finalement bien décidé à poursuivre son enquête. Que s’est-il passé ? Quels liens existaient entre Eva Döbling et ce mystérieux client ? En remontant le temps, l’auteur ravive d’insupportables blessures, du temps de l’occupation allemande en Grèce, en révélant une énigme qui glace le sang. Bon moment de lecture.

Agent hostile. M. Herron

Agent hostile

Mick Herron est un auteur anglais, créateur de la série Slough House dont La maison des tocards et Les lions sont morts. En ce mois de novembre, il publie un nouveau thriller dont voici le pitch : Tom Bettany reçoit un appel terrifiant, l’annonce de la mort de son fils de 26 ans. En froid, le père et le fils avaient rompu le contact depuis de nombreuses années. Malgré tout, Tom décide d’enquêter sur les circonstances de la mort de son fils, à Londres. Après les premières révélations de la police, Liam aurait chuté d’un balcon en fumant un joint. Mais est-ce bien la vérité ? N’y a t-il rien d’autre à découvrir ? Mike Herron tient le suspense au bout de sa plume tout en entraînant la lectrice dans les bas-fonds de Londres. Bouleversée par sa quête, la lectrice suit Tom, et sa part d’ombre, jusqu’au bout de cette fiction sombre.

Isola. A. Avdic

Isola par Avdic

En s’inspirant du célèbre roman d’Agatha Christie, « Ils étaient dix », Asa Avdic propulse la lectrice en 2037, sur l’île d’Isola où six candidats vont devoir se distinguer dans le cadre d’un recrutement secret-défense. Du début à la fin, ce polar suédois se révèle efficace, à la fois captivant et glaçant. Le seul bémol concerne le choix de l’année 2037 car la vie des personnages ressemble étrangement à la nôtre. Tour à tour, l’auteure nous fait entendre la voix des candidats dont celle d’Anna Francis, une femme qui a dirigé un camp de réfugiés dans le protectorat de Kyzul Kym. Après cette expérience, Anna est particulièrement vulnérable. Mère célibataire, elle confie sa petite fille à sa propre mère afin de pouvoir participer à ce projet ; une seconde chance. Sur l’île, Anna a pour mission de mettre en scène sa mort puis d’observer, en cachette, la réaction des autres candidats et leur résistance au stress. Tout est préparé minutieusement. Pourtant rien ne se passe comme prévu. Sur place, Anna revoit Henry, un ancien collaborateur dont elle a été amoureuse. Puis, certains candidats disparaissent mystérieusement. Ce thriller psychologique est une vraie aventure. La lectrice se laisse prendre au jeu, tourne les pages avec frénésie. Au fil de la lecture, Asa Avdic nous tient en haleine, met la pression sans jamais casser le rythme. Bien construit, ce thriller psychologique est une indéniable réussite. Excellent moment de lecture.

Là où les esprits ne dorment jamais. J. Werber

Là où les esprits ne dorment jamais par Werber

Jonathan Werber a eu la bonne idée de s’intéresser aux trois sœurs Fox, les reines du spiritisme au 19ème siècle. De l’autre côté de l’Atlantique, les sœurs prétendent communiquer avec les morts et deviennent célèbres internationalement. Mais n’est-ce pas une incroyable supercherie ? L’agence Pinkerton décide d’infiltrer un agent pour percer le mystère du clan Fox. Pour ce faire, les détectives recrutent une magicienne de rue, Jenny Marton. Dès les premières pages, la lectrice se laisse emporter du côté de New-York, en 1888. Jenny est un personnage particulièrement attachant qui vit chez sa mère avec son lapin et sa colombe. Rien n’est plus agréable que de la suivre dans ses péripéties, au fil des pages de cette enquête réjouissante. Avec ferveur, Jonathan Werber nous plonge dans l’univers de la famille Fox, retrace leur histoire et leur extraordinaire succès. Débordant d’imagination, l’auteur nous parle d’illusionnisme et de magie en livrant quelques tours de passe-passe. Bon moment de lecture.

Dans les brumes du matin. T. Bouman

Dans les brumes du matin par Bouman

Ce polar se déroule en Pennsylvanie, au milieu d’une nature sauvage composée de collines verdoyantes. Henry est l’officier de police du canton de Wild Thyme où il patrouille régulièrement. Il connaît bien cette région rurale des Etats-Unis et ses habitants comme la famille Swales qui possède des terres bordant le rivage du lac Maiden’s Grove. En échange de travaux, le clan loue une partie de son domaine à un couple de marginaux : Kevin et Penny. Parents et toxicomanes, ceux-ci viennent de se faire retirer la garde de leur fille par les services de protection de l’enfance. Henry connaît déjà ce couple pour une affaire récente de violence conjugale. C’est pour cette raison que notre narrateur n’est pas inquiet lorsqu’il est appelé au domaine suite à la disparition mystérieuse de Penny. Tous les soupçons se portent sur Kevin…pourtant, quelque chose ne colle pas. Dans les brumes du matin, la lectrice monte à bord du pick-up d’Henry pour suivre les péripéties de son enquête : le corps d’un homme a été retrouvé dans le fleuve Susquehanna… Personnage attachant et chasseur à ses heures, Henry n’en finit pas de se dévoiler, de se confier à la lectrice. Veuf, il entretient d’abord une relation discrète avec une femme mariée, une jolie brune nommée Shelly. Pourtant, sa femme, Polly, reste omniprésente ; un chagrin qui ne passe pas. Tom Bouman nous embarque dans cette longue fiction aux tonalités bucoliques et aux accents de country blues. Même si le roman comporte quelques longueurs, l’auteur nous tient en haleine tout au long de cette fiction rurale. Bon moment de lecture.

 

Poissons volants. F. Filleul

Poissons volants par Filleul

Lauréat du « Prix Fintro Ecritures noires » (2018), dont je suis moi-même finaliste, François Filleul publie son premier roman : un polar social andalou. La fiction se déroule dans la ville de Linéa, triste cité balnéaire où la crise a laissé un vide. Face au détroit de Gibraltar, les trafics sont légion et les migrants tentent leur chance sur une terre dite « promise ». Dans ce paysage désenchanté où s’échouent les baleines pendant la saison des « poissons volants », des invasions de rats et de cafards viennent parasiter la vie locale. Un soir de Nouvel an, sept personnes sont assassinées brutalement dans le lotissement de La Duquesa. Quelques jours plus tard, un homme est retrouvé mort sur la plage. Y aurait-il un point commun entre ces deux affaires ? L’inspecteur-chef Fulgor Duran se charge de l’enquête dans une chaleur étrange et caniculaire. Riche en rebondissements, son investigation va le mener sur quelques pistes délicates. Tout en maintenant le suspense, l’auteur construit méticuleusement son intrigue sans omettre le moindre détail. François Filleul nous plonge, avec talent, dans un roman d’ambiance à l’atmosphère singulière. Bon moment de lecture.

Jamais deux sans trois. Agatha Raisin. M.C. Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 16 : Jamais deux sans trois, Méfiez-vous des femmes parfaites par Beaton

Le seizième tome des aventures d’Agatha Raisin est un peu plus corsé que les précédents. L’enquête démarre par un mari jaloux qui demande à Agatha de suivre sa femme pour prouver l’adultère. Agatha prend l’épouse en filature mais celle-ci paraît irréprochable…Au même moment, Agatha enquête sur l’horrible assassinat d’une adolescente. Et si une troisième affaire venait s’immiscer dans son travail d’enquête ? Agatha est égale à elle-même avec ses maux, ses problèmes vestimentaires et ses peines de cœur. Un autre volume facile à lire et distrayant !

La folie Tristan. G. Sebhan

La folie tristan

Il règne un curieux climat dans les romans de Gilles Sebhan. « La folie Tristan » fait suite au vénéneux roman « Cirque mort » , une fiction angoissante dans laquelle des animaux de cirque étaient massacrés. Âme sensible s’abstenir (comme moi). Cette fois, le personnage du lieutenant Dapper a été blessé par balle et hospitalisé dans un vieil hôpital de province. Heureusement, son fils Théo a été retrouvé après trois mois de captivité mais les liens entre le père et le fils se sont distendus. Pour mieux comprendre ses réactions, Dapper convoque son passé d’enfant abandonné, maltraité par sa mère. Il décide d’enquêter sur les origines de sa naissance et à propos d’étranges disparitions d’enfants. Son enquête le mène à un certain docteur Tristan…Il est question d’amour, de cruauté, de filiation et de folie dans ce policier déroutant, bien loin du roman éponyme de Tristan et Yseult.

Agatha Raisin. Sale temps pour les sorcières. M.C. Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 9 : Sale temps pour les sorcières par Beaton

Le tome 9 de cette série anglaise est à l’image d’Agatha Raisin : excentrique. Cette fois, notre détective se cache au « Garden hotel », sur la côte anglaise. Pourquoi? Agatha a été shampouinée à la crème dépilatoire par une coiffeuse rancunière. Presque chauve et toujours en manque d’amour, elle fréquente un groupe de résidents de l’hôtel puis consulte une sorcière réputée pour ses philtres. Malheureusement, la sorcière est subitement assassinée et Agatha Raisin se trouve en mauvaise posture… Une nouvelle enquête loufoque. Effet addictif. Bon moment de lecture.

Agatha Raisin. L’enfer de l’amour. M.C. Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 11 : L'enfer de l'amour par Beaton

Série culte en France, Agatha Raisin séduit beaucoup de lecteurs même si ce n’est pas de la grande littérature. Plongez-vous avec gaieté dans cette enquête trépidante où il est aussi question d’amour. Anti-héroïne par excellence, la quinquagénaire anglaise a, une nouvelle fois, le chic pour se fourrer dans des situations délicates. A peine mariée à James, Agatha va vivre un véritable enfer: infidélités, mensonges, disparitions et meurtres ! Un tome (11) à lire n’importe tout (si possible dans l’ordre). A consommer sans modération. Bon moment de lecture.

Les Réponses. E. Little

Les Réponses par Little

Le titre n’est pas très accrocheur mais voici un roman différent des autres. Une riche américaine a été sauvagement assassinée dans sa villa de Los Angeles. Janie Jenkis, sa propre fille, a rapidement été reconnue coupable du crime. Ivre la nuit du meurtre, elle ne se souvenait de rien pour sa défense. Dix ans plus tard, remise en liberté en raison d’un vice de procédure, Janie change d’identité et débute sa propre enquête dans le Middle West afin de trouver des « réponses ». Elizabeth Little nous entraîne dans une cavale singulière pleine de rebondissements. La narratrice, aux allures de Paris Hilton, possède une forte personnalité ; drôle et attachante. Difficile de lâcher ce thriller psychologique très actuel, entrecoupé de documents, reproduction de « sms », articles Wikipédia… Bon moment de lecture. 

Le Dahlia Noir. J. Ellroy

Le quatuor de Los Angeles - Le quatuor de Los Angeles, Tome 1

Si vous avez envie de vous glisser dans la peau d’un flic de Los Angeles obsédé par le meurtre d’une jeune femme, voici un roman qui pourrait vous combler. Publié en 1987, « Le Dahlia noir » est, aujourd’hui, devenu culte grâce à l’adaptation cinématographique de Brian De Palma. 15 Janvier 1947: le corps atrocement mutilé d’Elizabeth Short est retrouvé dans un terrain vague de Los Angeles. L’affaire secoue l’opinion publique et deux flics débutent une longue enquête à rebondissements. En réalité, James Ellroy télescope, ici, le meurtre non élucidé de la jeune starlette, surnommée « Le Dahlia noir » , et celui de sa propre mère assassinée mystérieusement en juin 1958. En trempant sa plume dans le chagrin, Ellroy nous présente une fiction incroyablement intense et bouleversante. Tout au long du roman, Bucky Bleichert, flic véreux et narrateur, évolue dans une Amérique d’après guerre, corrompue, raciste et violente. Pour cet homme malmené par la vie « Le Dahlia noir » devient une obsession, un fantasme. La noirceur de ce polar impressionne, heurte la sensibilité, mais ne laisse aucun lecteur indifférent. Bon moment de lecture.

Les insatiables. G. Lustiger

Les insatiables

Après l’arrestation d’un suspect, soupçonné d’être impliqué dans un meurtre jamais élucidé, un journaliste parisien mène l’enquête. A Paris, en 1984, une jeune prostituée a été mystérieusement assassinée. Cette fois, l’ADN du suspect correspond à celui trouvé sur la scène du crime. Heureusement pour la lectrice, l’histoire ne s’arrête pas là. Le journaliste, Marc Rappaport, est un homme complexe, issu d’un milieu bourgeois, petit fils d’un grand industriel. Intuitif, il enquête à sa manière à propos de la victime, Emilie Thevenin, et fait le lien avec un groupe industriel: « Nutrissor ». Grâce à sa détermination, Marc Rappaport va découvrir un drame sanitaire impliquant quelques « insatiables » parmi le patronat et le pouvoir politique. A travers ce roman d’investigation, basé sur des faits réels, Gila Lustiger dépeint les travers de la société française et de ses politiques.  L’auteure nous livre des éléments au compte-gouttes, ce qui, malheureusement, a pour effet de casser le rythme et d’atténuer le suspense. Dans ce roman, c’est bien le travail d’investigation qui fascine la lectrice. Bon moment de lecture.

L’enfant du lac. K. Morton

L'enfant du lac ebook by Kate MORTON

Dans une magnifique demeure située dans les Cornouailles, Théo Edevane disparaît mystérieusement. Nous sommes en 1933 et, malgré les recherches, l’enfant de onze mois est introuvable. Sa famille, désespérée, abandonne la maison du lac afin d’oublier cette tragédie. Septante ans plus tard, Sadie Sparrow, une jeune londonienne en vacances, découvre cette maison à l’abandon. Sous le charme, elle cherche à comprendre ce qu’il s’est passé. Petit à petit, Sadie décide de reprendre l’enquête concernant la disparition de Théo. Kate Morton n’a pas manqué d’imagination pour construire ce roman qui balance entre passé et présent. La lectrice est emportée dans un tourbillon de révélations, fausses pistes, mensonges et trahisons. Finalement, la lecture de ce polar s’apparente à la dégustation d’une meringue; il faut d’abord manger l’extérieur pour atteindre la meilleure partie. Bon moment de lecture.

Le livre des Baltimore. J. Dicker

Le Livre des Baltimore, de Joël Dicker

Après l’énorme succès de son roman « La vérité sur l’affaire Harry Quebert » , Joël Dicker publie un autre page-turner. La lectrice retrouve le personnage de Marcus Goldman, l’écrivain d’une famille américaine, entre New York et Montclair. Le thriller se construit autour d’un « drame » familial dont les éléments sont livrés, minutieusement, au fil des pages. Marcus retrouve son grand amour de jeunesse, Alexandra Neville, devenue chanteuse populaire. Suite à un malentendu, lié au fameux « drame » , il avait brusquement quitté Alexandra. Notre narrateur revient sur sa jeunesse, pour expliquer les faits, entouré de ses deux cousins adorés: Woody et Hillel. La fiction balance entre passé et présent. Marcus retrace sa fascination pour ses cousins issus d’une famille riche de Baltimore…Joël Dicker réussit, à nouveau, à nous embarquer dans une fiction palpitante malgré certaines longueurs et clichés. La fiction sonne juste mais manque parfois de profondeur.  Une saga familiale sur la fragilité du destin, la finance, le succès, la jalousie, la fraternité, l’amour…« Les livres sont plus forts que la vie ». Bon moment de lecture.

Temps Glaciaires. F. Vargas

Temps glaciaires par Vargas

Les bons romans policiers sont rares. La révolution française en toile de fond, ce thriller démarre par quelques meurtres déguisés en suicide. Alors, le commissaire Adamsberg, son adjoint Danglard et la lieutenante Retancourt débutent leur enquête sur des scènes de crimes qui ont en commun un signe énigmatique en forme de H. Fred Vargas nous immerge dans son univers singulier pour nous parler d’histoire de France. Au début, son style amuse et dynamise la lecture pleine de rebondissements. Même si l’intrigue semble bien ficelée, le détour par l’Islande est beaucoup trop long et le rythme s’essouffle au cours de la lecture.

Le Chardonneret. D. Tartt

Il faut du temps et de la patience pour lire les mille cent pages du dernier roman de Donna Tartt en version Pocket. Pour commencer, il est impossible de ne pas tomber sous le charme du tableau de Carel Fabritius (1654) représentant un chardonneret captif. La lectrice rentre dans le roman avec facilité et enthousiasme car Donna Tartt maîtrise son sujet et chasse la moindre trace de lassitude. Théo Decker est le jeune héros New-Yorkais de cette fiction et notre narrateur par la même occasion. A l’âge de treize ans, Théo est victime d’un attentat au Metropolitan Museum et perd sa mère dans la catastrophe. Avant de quitter les lieux du drame, il s’empare du tableau représentant « le chardonneret ». La suite des évènements ressemble à une descente aux enfers pour cet adolescent abandonné par son père. De New-York à Amsterdam en passant par Las Vegas, la lectrice se laisse entraîner dans ce thriller captivant. Donna Tartt nous parle d’une Amérique à deux faces: celle des privilégiés adeptes du raffinement et l’autre qui montre une Amérique inculte, dominée par l’argent, la violence et la drogue. Donna Tartt est une miniaturiste qui soigne le détail comme de la dentelle de Delft; parfois à l’excès. Il faut attendre la fin du roman pour découvrir l’analyse passionnante du tableau et les ultimes confidences de Théo, à l’âge de vingt sept ans. Prix Pulitzer 2014.

Le dragon du Trocadéro. C. Izner

Le Dragon du Trocadéro

Sous le pseudonyme de Claude Izner, se cachent deux soeurs qui publient, ici, leur douzième roman policier. La lectrice retrouve Victor Legris pour une nouvelle enquête dont la toile de fond est l’Exposition Universelle de 1900, à Paris. Un homme est abattu d’une flèche en plein coeur, juste après avoir reçu une mystérieuse lettre. Un peu plus tard, plusieurs clients d’un hôtel parisien meurent dans des circonstances étranges. Entre alors en scène: Victor Legris…Ce roman est, avant tout, une reconstitution historique passionnante; son atout majeur. Petit bémol, la lectrice se perd parfois dans une nuée de détails techniques. Cependant, le suspense est particulièrement bien construit et nous mène au bout d’une enquête rocambolesque dont le rythme est palpitant. Grâce à l’énorme travail de recherche, Claude Izner reconstitue une atmosphère particulière qui nous replonge dans un Paris de la Belle Epoque, du côté du Trocadéro. Bon moment de lecture.

Deux veuves pour un testament. D. Leon

Deux veuves pour un testament

Lors d’un merveilleux voyage à Venise, un vénitien m’a parlé des romans de Donna Leon. J’ai, donc, lu la 20ème enquête du commissaire Brunetti qui vient de paraître. Ce policier était annoncé « tortueux comme les ruelles de Venise » ce que je confirme. En effet, l’auteure américaine, vénitienne d’adoption, nous livre une fiction, bien rôdée, sans effusion de sang (ou très peu) dont la chute me laisse perplexe. En résumé, une dame âgée est retrouvée morte, dans son appartement de Venise, victime d’une crise cardiaque. Pourtant, son corps porte des traces de violence ce qui éveille des soupçons. Ne se fiant qu’à son instinct, le commissaire Brunetti se lance dans une longue enquête sans véritable rebondissement. D’après moi, le véritable intérêt de ce policier se situe en toîle de fond puisque Donna Leon dénonce les travers de la société vénitienne et ses subtilités. Cette intrigue, agréable à lire, est l’occasion d’arpenter les rues de la cité des Doges et de vivre dans ce microcosme, le temps de la lecture.

La vengeance de Baudelaire. B. Van Laerhoven

Bob Van Laerhoven est un auteur belge très inspiré. Nous voici dans le Paris des années 1870, en pleine guerre avec la Prusse. Le commissaire Lefèvre et l’inspecteur Bouveroux vont, dans ce terrible contexte, enquêter sur une série de meurtres tous porteurs d’indices liés à Baudelaire. Le grand mérite de l’auteur est sa capacité à dépeindre cette époque, si particulière, avec un soucis du détail témoin d’un long travail de documentation. L’atmosphère du roman est, presque, palpable malgré son côté obscur. Orgies, spiritisme, voyeurisme, subterfuges, prostitution, drogues et incarnation du mal bousculent la lectrice tout au long de la lecture. Un certain mystère et quelques personnages tragiques finissent par convaincre. Bon rythme, vrai suspense. La famille et ses secrets réservent bien des surprises. Bon moment de lecture. Prix Hercule Poirot.

Le Cercle. B. Minier

Un polar français épais, doté d’un vrai suspense. Une histoire riche, compliquée, glauque, où nombre de personnages s’entrecroisent. Juin 2010, Martin Servaz (policier) reçoit un e-mail énigmatique pendant que Claire Diemar est sauvagement assassinée à Marsac. L’enquête va alors débuter, pleine de rebondissements, prenante. Bernard Minier présente ses chapitres tels des scénarios (scénarii) en mettant en scène ses personnages dans un style caractéristique du polar. On peut d’ailleurs se demander si un polar, comme celui -ci, doit obligatoirement être écrit dans un style cru, familier et grossier? L’abondance des thèmes impressionne et implique certaines longueurs dans le texte: désir, amour, dépression, mensonge, trahison, littérature, homosexualité, viol, drogue, musique, politique, maladie, accident etc… La lectrice va, peu à peu, s’approcher du « Cercle » grâce à une quantité d’indices et d’éléments distillés par l’auteur. Lorsque Martin Servaz renoue avec son ex, qui n’est autre que la mère du principal suspect, l’affaire se complique. Moment de lecture mouvementé. Sélection Grand Prix des Lectrices du « Elle » 2013.

Blanche-Neige doit mourir. N. Neuhaus

Ce polar, traduit de l’allemand, est riche comme un bavarois. Dans le village d’Altenhain, en novembre 2008, Pia Kirchoff et Oliver Bodenstein mènent l’enquête après une tentative de meurtre sur une femme. A partir de ce fait, une avalanche d’évènements va se produire en cascade, formant une intrigue particulièrement riche en rebondissements. Nele Neuhaus nous entraîne dans une histoire très mouvementée qui trouve son origine dans les meurtres de deux jeunes filles du village en 1997.Tobias Sartorius a été accusé de ces meurtres et a purgé sa peine de prison avant de revenir au village et provoquer la colère de certains habitants. Suspense assuré dans ce polar de 400 pages où l’auteur décrit consciencieusement l’atmosphère étouffante de ce bourg maudit. Si ce polar a remporté un vrai succès outre-Rhin c’est certainement grâce à son caractère identitaire. L’auteure nous parle de l’Allemagne d’aujourd’hui et, en toile de fond, de ses problèmes de société. Les thèmes abordés sont nombreux mais retenons ceux du crime, de la dérive du couple, du mensonge, de la responsabilité, de l’autisme et du désir. Beaucoup de personnages y sont méticuleusement décrits. Certains comme Bodenstein, Pia, Amélie ou Thiers sont attachants tandis que d’autres sont énigmatiques voir versatiles comme Nadja, Claudius Terlinden ou Daniela Lauerbach. Tous les ingrédients d’un bon policier sont rassemblés. Cependant, la lectrice déplore un enchaînement d’évènements trop important rendant la lecture presque indigeste malgré une maîtrise certaine du style. Bon moment de lecture trépidante. Sélection Grand Prix des Lectrices du « Elle » 2013.

Plaintes. I. Rankin

L’action se passe en Ecosse, dans la région d’Edimbourg, en février 2009. Ian Rankin nous entraîne dans une affaire interne de police en prenant son temps pour déballer tous les éléments de l’enquête. Un polar soft avec une petite dose d’action et une bonne dose de violence et d’espionnage. Une affaire de ripoux dont Malcom Fox, enquêteur au Service des Affaires et Plaintes internes, est le principal personnage et le nouvel héros de Rankin. Lorsque le corps, sans vie, de son beau-frère est retrouvé sur un chantier, les mondes personnel et professionnel de Fox vont s’entrechoquer. La ville est très présente tout au long du polar. L’auteur fait un travail de topographe et se sert d’immeubles et de lieux comme repères. En toile de fond, Ian Rankin aborde, ici, les thèmes de crises économique et immobilière mais aussi de violence conjugale et d’alcoolisme. Les femmes ne sont pas très présentes dans ce monde d’hommes et sont présentées comme des personnages qui subissent. Beaucoup de dialogues dans ce policier à suspense de 475 pages. Bonne traduction. Sélection Grand Prix des Lectrices du « Elle » 2013.

Les Apparences.G. Flynn

les apparences

La société américaine est composée de diverses catégories de personnes dont énormément de puritains. Gillian Flynn ne fait absolument pas partie de cette catégorie. Son style est pour le moins brut et salace. Au début de la lecture, ce policier a pourtant toutes les « apparences » d’un bon thriller. En effet, Gillian Flynn joue avec nos nerfs et jongle avec un vrai suspense, il faut le reconnaître. L’idée de départ est bonne et certains chapitres captivent vraiment. Cependant, l’intrigue est beaucoup trop machiavélique et l’histoire définitivement abracadabrantesque. Trop de longueurs dans ce policier, à deux voix, qui ne supporte pas la traduction. L’auteure nous parle avant tout du mensonge et de la désintégration du couple. La fin est à la hauteur du livre: peu convaincante. Grand Prix des Lectrices du « Elle » 2013.