Le dernier roman de Patrick Modiano se lit comme on boit du petit lait. Toutefois, si vous n’avez jamais lu un ouvrage de cet auteur français, il vaudrait mieux débuter votre lecture par un autre roman comme « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier » de manière à mieux le cerner. Les romans de Modiano sont des quêtes de vérité, des cheminements dans le labyrinthe de la mémoire afin de retracer les pistes du passé. Dans « Chevreuse », le personnage principal se nomme Jean Bosmans, une référence aux origines flamandes de Patrick Modiano. En compagnie de Martine et Camille, Jean visite une maison dans la vallée de Chevreuse. Curieusement, Jean se souvient avoir vécu dans cette même maison lorsqu’il était enfant. Troublé, l’homme tente de reconstituer le puzzle de son passé alors que la frontière entre la fiction et la réalité se révèle ténue. La lectrice aime particulièrement déambuler dans le Paris des années cinquante au milieu des souvenirs. Au fil des pages, Patrick Modiano fait résonner les mots, les expressions : « Jouer sa dernière carte », « Couper les ponts » ou « On est de son enfance comme on est d’un pays ». Roman coup de cœur.
Archives de l’auteur : Sophie Marie Dumont
Derrière les portes. B.A. Paris
Après avoir aimé « Le dilemme », le dernier roman de B. A. Paris, j’attendais un autre plaisir de lecture. Malheureusement, dès les premières pages, quelque chose ne fonctionne pas dans ce thriller ; les allers-retours dans le temps perturbent lourdement la lecture. Comment croire en cette histoire de couple ? Voici le pitch : Grace rencontre Jack, un avocat brillant aux allures de prince charmant. Après trois mois, Jack demande la jeune femme en mariage. Très vite, le mari parfait se révèle être un psychopathe qui ambitionne de torturer la sœur trisomique de Grace. La lectrice reste sur le seuil de ce thriller peu plausible. Le personnage de Grace est imprégné de naïveté et de passivité. Celui de Jack est caricatural. Le thème du piège matrimonial est pourtant intéressant et la lectrice a tenu à lire le thriller jusqu’au bout pour découvrir, avec soulagement, une fin bien construite, cohérente, presque crédible. Dommage de laisser autant de place à l’ennui, au fil de la lecture.
La papeterie Tsubaki. O. Ito
Si vous avez envie d’une lecture poétique et apaisée, voici un roman zen qui se déroule au pays du soleil levant. Ogawa Ito nous conte la vie d’une jeune écrivaine public, Hatoko, installée dans un village japonais non loin de Tokyo. En reprenant la papeterie de sa grand-mère décédée, Hatoko ne s’attendait pas à rédiger des lettres de rupture surprenantes, de nombreuses cartes de vœux, des mots d’adieu ou de condoléances après le décès d’un singe. Dans cet univers singulier, Hatoko croise toutes sortes de personnages ; des histoires touchantes. Au fil des saisons, la lectrice suit le quotidien de la jeune femme et ses moments partagés, comme des confidences, avec Madame Barbara. Ogawa Ito excelle dans sa manière d’évoquer l’art de la calligraphie, le choix d’un papier, le choix des mots, d’un plat, d’un thé…Il est question de partage, d’amour et de tendresse dans ce joli roman nippon qui permet de renouer avec certaines traditions. Bon moment de lecture.
La définition du bonheur. C. Cusset
Catherine Cusset nous propose de suivre le destin de deux femmes sur quatre décennies ; le mouvement d’une vie dans le temps. Née dans les années soixante, Clarisse est une jeune Parisienne qui a connu l’abandon et le viol. Passionnée d’Asie, la jeune femme voyage, poursuit sa vie de femme jusqu’à rencontrer un homme, un grand amour. De son côté, Eve est une Française qui vit à New-York avec son mari et ses enfants. Pour cette femme forte, la notion d’adultère paraît assez floue. Au début du roman, la lectrice se sent un peu perdue, ballotée entre les deux récits. En contrepoint, l’auteure propose deux portraits de femmes dans lesquels la lectrice s’identifie parfois tant il y a d’évènements et de personnages secondaires. Au fil des pages, la lectrice suit ces vies parallèles jusqu’à la rencontre des deux héroïnes. A travers ce roman, Catherine Cusset propose une certaine définition du bonheur malgré une fin tragique. Bon moment de lecture.
Nagori. R. Sekiguchi
Ce récit poétique traite de la temporalité ; la perception des saisons et son empreinte. Ryoko Sekiguchi est une auteure japonaise particulièrement sensible. A travers sa culture, l’auteure nous offre une réflexion à propos du « nagori » , un élément qui annonce une autre saison. Au fil de la lecture, le temps ralentit et la lectrice se délecte d’une tradition japonaise ancestrale, harmonieuse. Au pays du soleil levant, il est de coutume d’être sensible à la nature et à tout ce qu’elle offre, le temps d’une saison. Ryoko Sekiguchi témoigne de la vision de grands chefs à propos de la saisonnalité des produits et de son expérience culinaire à la Villa Médicis. Au fil des pages, la lectrice ressent la subtilité d’un légume croquant « hashiri » , d’un kaki juteux « sakari » ou d’un plat savoureux « nagori » ; une saison qui fait ses adieux. Bon moment de lecture.
L’impératrice des roses. B. Pécassou
Cette fiction sentimentale et romanesque se déroule en France, au 19ème siècle. Bernadette Pécassou met en scène une femme peintre, au temps de Rosa Bonheur. Alba grandit dans la pauvreté auprès d’une mère célibataire. A cette époque, l’art se définit encore au masculin et Alba se bat pour vivre de son talent : des tableaux représentant exclusivement des roses. Surnommée « L’impératrice des roses » , Alba rencontre le succès et un homme mystérieux dont elle tombe éperdument amoureuse. Pour écrire ce roman, Bernadette Pécassou s’est vraisemblablement inspirée de la vie de Madeleine Lemaire et de Blanche Odin. Bien documentée, l’auteure nous raconte le combat des femmes artistes, au 19ème siècle. Facile à lire et centrée sur les sentiments, cette fiction à l’eau de rose joue avec nos émotions. Bon moment de lecture.
Le dilemme. B. A. Paris
Voici un thriller psychologique particulièrement efficace ; un page-turner. Mère de deux enfants, Livia rêve d’organiser une incroyable soirée pour fêter ses quarante ans. Son mari, Adam, l’aide à tout organiser et lui prépare même une petite surprise : la présence de sa fille Marnie qui fera un voyage-éclair depuis Hong Kong. Tout est prêt. La fête commence mais Marnie n’arrive toujours pas…B. A. Paris, auteure franco-britannique, a le don de maintenir le suspense tout au long de cette fiction haletante. A tour de rôle, Adam et Livia confient leurs doutes à la lectrice, accumulent les mensonges et provoquent une avalanche d’émotions…Bon moment de lecture.
Breakdown. J. Kellerman
Si vous aimez les longues enquêtes, ce thriller devrait vous plaire. Nous sommes à Los Angeles, du côté d’Hollywood, où nous découvrons le personnage de Zelda Chase. Jeune femme fragile, célibataire et mère d’un enfant de cinq ans, Zelda est actrice dans une série éphémère. Peu à peu, Zelda s’enfonce dans la folie, devient une « sans domicile fixe » avant de s’échapper de la clinique où elle venait d’être internée. Le psychologue Alex Delaware est appelé pour la prendre en charge car il s’est déjà occupé du fils de Zelda, quelques années auparavant. Mais Zelda est retrouvée morte dans un jardin privé, laissant le psychologue perplexe et inquiet pour le jeune garçon qui, entretemps, a disparu. Alex Delaware fait alors appel à l’inspecteur Milo Sturgis afin d’enquêter. Cet épais thriller laisse peu de place à l’ennui. Jonathan Kellerman déploie lentement l’intrigue et nous entraîne dans une fiction pleine de rebondissements, bien construite. Bon moment de lecture.
Le Bassin Romantique. N. Seurot
Les amoureux du bassin d’Arcachon aimeront ce superbe livre d’art, réalisé par Nicolas Seurot, car chaque tirage est un enchantement. Dans cette édition imprimée en France et sur papier japonais, le photographe nous offre ses visions passéistes comme des toiles romantiques. Au fil des pages, la lectrice découvre la beauté des pins graciles sur fond de pleine lune, la féerie de l’estran effleuré par un vol d’oiseau, l’esthétique d’une villa au style arcachonnais, la délicatesse des voiles d’un bateau…derrière son objectif, Nicolas Seurot excelle dans sa façon de composer, de saisir la luminosité de l’instant. Grâce à ses clichés, le photographe nostalgique donne l’opportunité de nous émouvoir face à la beauté, d’échapper au quotidien par la contemplation. Recueil coup de cœur.
Canoës. M. de Kerangal
Maylis de Kerangal est une auteure française talentueuse qui publie un ensemble de nouvelles dans son dernier ouvrage. A priori, la lectrice apprécie peu ce puzzle de récits, préférant les fictions comme beaucoup d’autres lecteurs. Cependant, les premières nouvelles concernent son expérience américaine, lorsqu’elle habitait dans le Colorado, et le charme opère dès les premières pages. Grâce à son style, l’auteure installe ses personnages, crée un univers singulier qui captive. Maylis de Kerangal écrit tellement bien qu’il est difficile de ne pas chercher une linéarité dans ses récits, essayer d’assembler les pièces du puzzle américain. Malheureusement, à partir de « Nevermore » (p105), toutes les nouvelles, qui concernent la voix et sa tessiture, font décrocher la lectrice. Celle-ci se retrouve perdue, nostalgique de la Ford Mustang verte, du décor des Rocheuses, du magasin de pierres, du petit Kid…un roman qui semblait prometteur. Bon moment de lecture.
Où je suis. J. Lahiri
Jhumpa Lahiri est une romancière américaine, originaire du Bengale, qui a déjà été récompensée par plusieurs prix dont le Pulitzer. « Où je suis » est un roman en pièces détachées qui se rattachent à la narratrice. Cette femme, sensible et mélancolique, exerce le métier de professeur de lettres. La quarantaine, célibataire et sans enfants, elle nous confie ses émotions, ses pensées, son cheminement intérieur. La toile de fond du roman est une ville italienne, un décor qui enchante la narratrice : les rues, la piscine, le parc, le bar…Bien entourée, elle raconte son quotidien, ses amitiés, ses voisins et cet homme marié qui l’intrigue et dont elle pourrait être amoureuse. « Délicatesse » est le premier mot qui surgit quand la lectrice découvre le style singulier de Jhumpa Lahiri. Tout en donnant du relief à la banalité, l’auteure semble avoir choisi ses mots comme les couleurs d’un tableau. Excellent moment de lecture.
Toutes les familles heureuses. H. Le Tellier
Hervé Le Tellier est l’auteur du surprenant roman : « L’Anomalie », Prix Goncourt 2020. Cependant, cet auteur français a publié d’autres romans dont ce récit très personnel au sujet de sa famille dysfonctionnelle. Avec humour et cynisme, il raconte le désamour de sa mère, ses crises de folie, l’absence de son père, la place du beau-père…Hervé Le Tellier se livre complètement, raconte sa fuite à l’adolescence, son incompréhension face au couple étrange de ses parents. Avec pudeur, l’auteur fait le portrait des membres de cette famille bizarre. Au fil des pages, il s’autorise à écrire à propos de sa place d’enfant unique, évoque ses amours, ses chagrins et ses colères ; son passé dans le 18ème arrondissement de Paris. Bon moment de lecture.
La mère morte. B. De Caunes
Benoîte Groult était une journaliste française, écrivaine et figure du féminisme. Face à l’évolution de la maladie d’Alzheimer, sa fille Blandine décide de prendre la plume pour raconter le dernier chapitre de la vie de sa mère. Par amour, Blandine va organiser la fin de vie de Benoîte Groult. Au début du livre, Blandine raconte le quotidien chaotique de cette mère sénile sur un ton tragi-comique. Au cours de la lecture, la lectrice hésite entre le rire et les larmes. Mais un évènement tragique surgit au milieu du récit : la mort de Violette, la fille de Blandine, dans un accident de voiture. Blandine est foudroyée par ce drame. Au fil des pages, l’auteure raconte comment, grâce à sa propre mère et à sa petite fille, elle a traversé cette épreuve terrible. Pour la lectrice, ce livre poignant est une vraie leçon de vie. Bon moment de lecture.
Le pays des autres. L. Slimani
En s’inspirant de l’histoire de ses grands-parents, Leïla Slimani nous entraîne au Maroc, dans les années cinquante. Mathilde, jeune Alsacienne, tombe sous le charme d’un marocain venu libérer la France à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Amoureuse, la jeune française épouse Amine et lui donne deux enfants. Ensemble, ils s’installent dans une ferme près de Meknès. Le bonheur n’est pourtant pas au rendez-vous. Petit à petit, Amine se révèle autoritaire et les désillusions s’accumulent dans ce pays assoiffé d’indépendance. Comme à son habitude, Leïla Slimani excelle dans sa manière de créer des personnages et dans sa façon de nous conter une histoire. Il se dégage une force, une audace et une certaine simplicité dans son écriture. Pour la lectrice, ce voyage dans le passé, dans cette culture, représente un excellent moment de lecture.
Belle Greene. A. Lapierre
Ce roman historique est la promesse d’un bon moment de lecture sous un parapluie ou sous un parasol. Alexandra Lapierre nous livre, ici, l’histoire d’une femme américaine au destin exceptionnel, amoureuse et experte en livres anciens. Nous sommes à New-York, au début des années 1900. Une jeune femme, prénommée Belle, devient la bibliothécaire du milliardaire J.P. Morgan puis directrice de la Morgan Library. Puissante, cette femme blanche cache un incroyable secret : ses origines afro-américaines. Souvenons-nous de l’implacable règle de « la goutte unique » qui obligeait chaque citoyen à déclarer un ancêtre africain car un seul suffisait à donner naissance à une lignée de gens de couleur sur le sol d’une Amérique raciste. C’est, donc, ce lourd secret que Belle Greene va s’évertuer à protéger tout au long de sa vie. Saluons, ici, l’incroyable travail de recherche effectué par Alexandra Lapierre pour écrire ce formidable roman, un magnifique portrait de femme. Excellent moment de lecture.
La commode aux tiroirs de couleurs. O. Ruiz
Olivia Ruiz est une chanteuse française, une artiste qui publie un premier roman à succès. Cette fiction colorée débute au moment où les Républicains espagnols ont quitté l’Espagne Franquiste (1939). La lectrice suit Rita, la grand-mère de la narratrice, surnommée « l’Abuela ». A sa mort, sa petite-fille hérite d’une mystérieuse commode aux multiples compartiments. En ouvrant chaque tiroir, la narratrice va dénicher des objets ; des secrets de famille. A travers cette jolie fable, Olivia Ruiz nous parle des femmes de sa famille, de désir, d’héritage et d’amour. Cet hommage coloré, agréable à lire, révèle le talent de conteuse d’Olivia Ruiz. Bon moment de lecture.
Héritage. M. Bonnefoy
Miguel Bonnefoy vient de recevoir le Prix des Libraires 2021 pour ce roman qui ressemble à un conte : au 19ème siècle, la famille Lonsonier abandonne le Jura, et ses vignes infestées par le phylloxéra, pour tenter sa chance au Chili. Muni d’un seul cep de vigne, le patriarche retente sa chance sur les terres andines. Cette histoire d’exil et de transmission, qui se déploie sur quatre générations, est faite de rencontres et de rebondissements, d’abord à cause des guerres puis de la dictature chilienne. Les pages qui décrivent les tortures, les blessures, sont d’un réalisme stupéfiant. Avec talent, Miguel Bonnefoy raconte cette saga familiale dont les personnages marquent la lecture. Cependant, la lectrice n’a pas été captivée par cette fiction empreinte de cruauté, d’imaginaire et de fantastique. Le seul fragment lumineux de cette fiction repose sur le personnage de Thérèse, une ornithologue dans l’âme qui compose une volière à la fois exotique et poétique. Sa fille Margot rêvera, elle aussi, de pouvoir voler…
Lettres à un jeune auteur. C. McCann
Si vous avez envie d’écrire, les conseils de Colum McCann peuvent vous stimuler. L’auteur irlandais, qui enseigne l’écriture créative à New-York, n’hésite pas à bousculer l’écrivain en herbe : « Lis à haute voix, mets-toi en jeu, échoue. » Avant tout, pour Colum McCann, il n’y a pas de règles. Toutefois, la première phrase d’un récit (incipit) doit frapper à la poitrine, impulser un élan pour permettre d’installer l’histoire. D’après lui, l’astuce consiste à être ouvert au monde pour guetter l’inspiration car c’est l’imagination qui fait naître une réalité et des personnages. Notre société est un gisement à exploiter, il faut donc disposer d’un carnet pour noter des idées, des mots, des expressions ; matériau précieux. Qui, quoi, où, quand, comment et pourquoi ? Ce sont ces questions qui doivent permettre, au futur auteur, d’écrire une histoire structurée, rythmée et profonde qui plaira aux lecteurs. Enfin, la dernière phrase (excipit) révèlera le talent de l’écrivain tout en stimulant l’imagination du lecteur. Ce petit ouvrage, truffé d’humour et de bons conseils, peut réellement servir de guide. Bon moment de lecture.
Journal d’un écrivain. V. Woolf
Figure marquante de la littérature anglaise, Virginia Woolf a publié des romans célèbres comme « Les vagues », « Orlando » ou « La promenade au phare ». Grâce à son mari, nous pouvons nous plonger dans son journal intime, des extraits rédigés entre 1915 et 1941, quelques jours avant son suicide. Virginia Woolf y fait état de son rapport à l’écriture, de sa crainte de la mort, de la dépression qui s’installe durablement, du corps qui vieillit, de ses amitiés…Elle écrit dans son journal par amour pour la vérité, elle s’y dévoile, décrit ses voyages, ses états d’âme, ses joies, ses inquiétudes. Au fil des pages, la lectrice devine l’écrivaine penchée au-dessus de sa machine à écrire, récitant à voix haute des fragments de ses ouvrages, tentant de garder le rythme…Bon moment de lecture.
ARIA. N. Hozar
Ce roman dense nous emmène en Iran, du côté de Téhéran. A travers le destin singulier d’une enfant, Nazanine Hozar décrit trois décennies de l’histoire de son pays (1953-1980). Par une nuit d’hiver, Behrouz, un chauffeur de l’armée, trouve une petite fille abandonnée, la recueille et la prénomme Aria. Mais la femme de Behrouz, Zahra, ne supporte pas cette petite fille aux yeux bleus et la maltraite. Finalement, au cours de sa vie, Aria va connaître trois figures maternelles. Après les mauvais traitements de Zahra, c’est une riche veuve qui va l’adopter et l’éduquer ; lui offrir un avenir. Enfin, une mystérieuse femme, Mehri, lui donnera les clés de sa vérité. Ce roman intense est une saga passionnante, portée par une femme dans un pays en désuétude. Au fil des pages, la lectrice découvre le mécanisme de la société iranienne, les différents quartiers de Téhéran et les spécificités de la culture persane…jusqu’à ce que la Révolution éclate. Bon moment de lecture.
Walden ou la vie dans les bois. H. D. Thoreau
Au 19ème siècle, dans le Massachusetts, Henry David Thoreau vit selon le principe de la simplicité volontaire. En 1845, il décide de changer de vie et construit sa cabane dans les bois, de ses propres mains. Pendant deux ans, au bord de l’étang Walden et en dehors de la civilisation, l’écrivain solitaire mène une réflexion sur le sens de la vie, notre rapport à la propriété, à la nature et au corps. Mais pourquoi ce choix ? Cette expérience de vie singulière permet à Thoreau de prendre du recul par rapport à la collectivité et de vivre dans la nature sauvage. Ce contact avec la faune et la flore lui permet d’exister intensément, de nous offrir ce magnifique texte et de se retrouver avec lui-même. A travers cette réflexion, Thoreau nous invite à nous réveiller en gardant un lien avec la nature et une attention aux petites choses ordinaires. Bible de l’écologie, mêlant à la fois observations et connaissances à travers de longues descriptions, la quête de Thoreau est devenue, aujourd’hui, un monument de l’histoire littéraire américaine. Bon moment de lecture.
Ce genre de petites choses. C. Keegan
Dans ce court récit, Claire Keegan revient sur le scandale irlandais des « blanchisseries de la Madeleine ». L’auteure trace le portrait d’un homme ordinaire qui va porter secours à des mères célibataires, exploitées par des religieuses. En cet hiver 1985, Bill Furlong part livrer du bois et du charbon au couvent du « Bon Pasteur ». En poussant une porte, l’artisan découvre une jeune femme grelottante qui a, visiblement, passé la nuit dans la réserve à charbon. Courageux, Bill va s’opposer aux usages en cherchant à connaître l’identité de ces misérables blanchisseuses au service du couvent. En revenant sur ces faits particulièrement douloureux, Claire Keegan nous parle d’émotions enfouies et de compassion. Bon moment de lecture.
Je voudrais partir avec un mot de vous. T. Réno
Cette première publication me semble prometteuse car en racontant une histoire banale, Thierry Réno arrive à nous chambouler. Voici le pitch : dans un centre hippique, Thierry fait la connaissance d’une cavalière, Maud Vitrac, avec laquelle il part en promenade de reconnaissance. Au cours de cette balade, un orage éclate, les chevaux s’emballent et la foudre tombe à leurs pieds…Thierry Réno explore ses cinq sens pour nous livrer le récit d’une rencontre sensuelle. En bonus, et pour les lecteurs les plus coquins, trois nouvelles érotiques. Bon moment de lecture.
Une maison de poupée. Ibsen
Œuvre d’Henrik Ibsen, écrivain norvégien du 19ème siècle, cette pièce se joue en trois actes. A l’époque, la pièce a fait couler pas mal d’encre car elle bousculait les conventions sociales. Avant-gardiste, Ibsen y parle de la position de la femme à travers le personnage principal de Nora. Epouse et mère de famille, Nora semble parfaitement heureuse. Helmer est un mari aimant, absorbé par sa position de banquier et par les questions d’argent. Suite à une cure thérapeutique, financée par sa femme, Helmer se porte mieux. Mais c’est la question du financement de cette cure qui va pousser Nora au mensonge. Bien rythmée et pleine de suspense, la pièce ne lasse jamais la lectrice car, de rebondissement en rebondissement, Nora va prendre conscience de son statut de femme-objet dans sa propre maison. Aujourd’hui, cette pièce est devenue un classique, inscrite au registre de « mémoire du monde » par l’UNESCO. Bon moment de lecture.
Grace. P. Lynch
Paul Lynch est un écrivain irlandais singulier. Dans ce roman, il déploie tout son talent pour nous offrir un personnage féminin rare et touchant. Nous sommes en Irlande, en 1845, au temps de la grande famine qui laissera dans son sillon plus d’un million de morts. Pour fuir cette misère, Grace, 14 ans, quitte son village et se retrouve sur les routes en compagnie de son petit frère Colly. Déguisée en garçon et pleine de courage, Grace affronte le froid, la vermine, la faim mais aussi la peur. Sur leur chemin, ils vont croiser des hommes mais aussi la mort et quelques fantômes. Paul Lynch nous plonge littéralement dans une époque miséreuse où tous les coups sont permis. Véritable roman d’apprentissage, Paul Lynch excelle dans sa façon de nous faire ressentir, au plus profond de nous, cette époque noire où passe un rayon de lumière. Bon moment de lecture.
L’un L’autre. P. Stamm
Peter Stamm est un auteur Suisse-Allemand qui a déjà remporté plusieurs prix littéraires. Dans ce nouveau roman, c’est sa façon de décrire un cheminement, sur un ton particulier, qui séduit la lectrice. Astrid, Thomas, et leurs deux jeunes enfants, vivent dans une bourgade suisse. Tout semble bien se passer pour la petite famille qui rentre de vacances au soleil. Au crépuscule, le couple prend paisiblement l’apéritif. Astrid s’absente quelques minutes à l’intérieur de la maison. Dehors, Thomas disparaît dans le paysage vallonné. Commence, alors, un chemin d’errance pour ce père de famille. Paumé, Thomas improvise, se réfugie dans un camping désert, passe la nuit dans une cabane, croise des chasseurs, des bergers… Avec talent, Peter Stamm nous plonge au cœur d’une nature montagnarde faite de chemins de randonnées où apparaissent des lacs, des cols, des valons et quelques villages accrochés aux pentes escarpées. La lectrice observe la nouvelle vie de Thomas mais aussi celle d’Astrid qui se retrouve démunie face à l’absence. Retranchée dans son déni, la mère de famille ne perd pourtant jamais espoir. Il est question, dans ce roman à suspense, du couple, de la solitude, de la disparition et du lien qui unit les êtres. Excellent moment de lecture.
Le Consentement. V. Springora
Le premier livre de Vanessa Springora vient de paraître en poche après un succès retentissant. Ce récit bouleversant retrace les mécanismes d’une relation sous emprise qui a débuté trente ans auparavant. Vanessa a quatorze ans lorsqu’elle tombe amoureuse d’un célèbre écrivain français quinquagénaire, pédophile et éphébophile ; Gabriel Matzneff. En 1985, Vanessa grandit sans père, aux côtés d’une mère qui évolue dans un microcosme littéraire parisien. La jeune fille est précoce, à la fois mature et naïve. Séduite par l’écrivain, elle se lance à corps perdu dans une relation qu’elle suppose sublime. Ni ses parents divorcés, ni les plaintes anonymes déposées à la police n’arriveront à la protéger de ce prédateur qui a laissé une empreinte indélébile dans sa vie de femme. Sans jamais le nommer, elle décrit ce séducteur, manipulateur et menteur qui n’avait aucun scrupule à coucher sur le papier ses relations pédophiles (« Les moins de seize ans » …). Au moment où leur relation se dégrade, Vanessa le quitte, déprime, rate de justesse ses études. L’emprise physique devient psychologique lorsque Matzneff la harcèle, la poursuit, lui écrit des lettres d’amour…Ce livre d’introspection permet de lever le voile sur le tabou d’une société permissive, à une époque de déni, et de nous interpeller à propos de l’âge du consentement. Excellent moment de lecture. Grand Prix des Lectrices du « Elle » 2020. Prix Jean-Jacques Rousseau 2020.
L’inconnu de la poste. F. Aubenas
Les faits-divers passionnent le public depuis longtemps. Après quelques films, séries et romans reprenant des affaires célèbres, Florence Aubenas a choisi de s’emparer du mystère de « L’inconnu de la poste ». Le 19 décembre 2008, la postière de Montréal-la-Cluse, Catherine Burgod, ouvre son agence. A 8h37, Catherine se prépare un café et envoie un sms à une amie. A 9h05, deux clients entrent dans la poste et la découvrent assassinée, poignardée, baignant dans une marre de sang. Que s’est-il passé ? Consciencieusement, Florence Aubenas retrace l’enquête en n’omettant aucun détail. L’ex-mari de la postière est soupçonné ainsi qu’un acteur marginal du cinéma français, Gérald Thomassin, qui devient le suspect numéro un. Meilleur espoir masculin pour son rôle dans le film de Jacques Doillon « Le petit criminel », l’acteur venait d’emménager juste en face du bureau de poste et passait ses journées à boire et se droguer. Dix ans après les faits, le nom d’un nouveau suspect apparaît soudainement dans le dossier. La veille du procès d’assises, Florence Aubenas a rendez-vous avec Gérald Thomassin mais celui-ci disparaît mystérieusement. Florence Aubenas nous offre le portrait d’une France rurale, une vallée d’usines de plastique peuplée de désœuvrés. Grâce à son style littéraire, la journaliste nous embarque totalement et maintient le suspense. Au fil des pages, la lectrice retrouve tous les ingrédients d’un bon polar : un crime, un décor, des personnages et de multiples rebondissements. Excellent moment de lecture.
Betty. T. McDaniel
Ce roman américain est un ovni qui célèbre le pouvoir de l’imaginaire. Dans un style fabuleusement singulier, Tiffany McDaniel raconte la vie de Betty Carpenter, surnommée « la petite indienne ». En marge de la société, la famille Carpenter s’installe avec ses huit enfants dans une maison maudite de l’Ohio, au milieu des années 50/60. Grâce à son père, guérisseur cherokee, Betty va vivre une enfance poétique, bercée par les mots, les légendes et croyances paternelles. C’est bien le personnage du père qui est central dans cette fiction car l’auteure nous le présente comme un être attachant, aimant et pur. C’est lui qui va enchanter l’existence de ses enfants en vivant au plus près de la nature, en jonglant avec les mots et quelques tours de magie. Petite métisse, Betty grandit dans la pauvreté et découvre la cruauté, le racisme et la violence du monde extérieur mais aussi de terribles secrets de famille. Et c’est à travers l’écriture que Betty va se confier, se libérer de ses secrets en parlant de la souffrance des femmes et plus spécifiquement de celle de sa mère. Par son regard, Tiffany McDaniel nous parle des démons qui hantent l’Amérique rurale. Cette fresque familiale pourrait bien être un classique mais son prix le rend inaccessible à de nombreux lecteurs (26 euros). Roman coup de cœur. Prix du roman Fnac 2020.
La vie ne danse qu’un instant. T. Révay
Theresa Révay est une auteure française talentueuse. Même si j’ai préféré son roman « La nuit du premier jour », il faut avouer que cette écrivaine possède le don de nous emporter. Alice Clifford est le personnage principal de cette fresque historique dense. Correspondante du « New York Herald Tribune » , elle assiste à la conquête de l’Abyssinie par Mussolini, en 1936. Au cours de la fiction, la vie amoureuse et la vie professionnelle de cette femme attachante vont s’entremêler. La lectrice aime particulièrement suivre Alice au fil de ses sentiments. Libre, intrépide et rebelle, la jeune journaliste succombe au charme d’un prince italien puis d’un journaliste allemand. Passionnée et courageuse, elle va suivre la montée des régimes totalitaires sur le terrain, en Ethiopie, Egypte, Italie, Espagne, Allemagne…jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Comme à son habitude, Theresa Révay s’appuie sur la grande histoire pour documenter son roman. Finalement, la partie historique prend le pas sur la dimension passionnelle. Véritable hommage aux reporters de guerre, Theresa Révay confirme, une nouvelle fois, son talent de romancière historique. Bon moment de lecture. Prix Simone Veil, 2017.