Vestiaire de l’enfance. P. Modiano

Patrick Modiano a publié ce roman intemporel en 1989. La lectrice y retrouve un univers particulier et les obsessions récurrentes de l’auteur: l’enfance, des lieux, des visages, des noms, des fragments de souvenirs… En toile de fond de cette fiction, il y a une ville du sud qui pourrait être Tanger sous un soleil écrasant. Jimmy Sarano y refait sa vie après avoir quitté Paris dans d’étranges circonstances. Expatrié, il rédige des chroniques pour Radio-Mundial. Sa rencontre avec une jeune française va brusquement perturber sa vie: cette femme lui rappelle vaguement quelqu’un. Alors, les souvenirs ressurgissent et le narrateur se replonge dans le Paris des années soixante du côté de la place de Clichy. Pour notre grand plaisir, le style de Patrick Modiano est empreint d’humour et de cynisme dans ce roman original.

Charlotte. D. Foenkinos

David Foenkinos nous surprend en publiant ce roman rédigé sous forme de vers libres. Il confesse son obsession pour Charlotte Salomon, une peintre juive allemande gazée à 26 ans pendant la seconde guerre mondiale. L’auteur voyage, retrace et recompose la vie de cette martyre frappée dès sa naissance par une tragédie familiale. Exilée en France, Charlotte construit une oeuvre picturale heureusement confiée à son médecin. David Foenkinos raconte une histoire tragique sans pourtant analyser en profondeur l’oeuvre de cette peintre énigmatique. Un roman singulier qui traite notamment de l’exclusion, de la barbarie, du désir et de la création. Moment de lecture bouleversant. Prix Goncourt des Lycéens. Prix Renaudot.

La disparition de Richard Taylor. A. Cathrine

Ce roman choral, publié en 2007, n’a l’air de rien et pourtant il réserve bien des surprises tout au long de la lecture. Richard Taylor, un trentenaire anglais marié et père d’une petite fille, décide de disparaître brusquement du paysage londonien. La lectrice a l’avantage de pouvoir continuer à le suivre au fil de ses rencontres. Chaque chapitre laisse entendre une femme: Susan (son épouse), Rebecca (sa collègue), Jean (sa mère), Jennifer (sa voisine)… et chacune nous donne sa version à propos de Richard Taylor. Arnaud Cathrine est un écrivain à la plume franche qui se fout bien des conventions. Les thèmes traités sont ceux du mensonge, de la lâcheté dans le couple, de la disparition, du désir et de l’abandon. La brutalité du style déroute au début mais le ton est juste, réaliste. Finalement, cette fiction noire est composée avec ingéniosité ce qui rend la lecture poignante.

Livret de famille. P. Modiano

Ce « Livret de famille », publié en 1977, est un ensemble de nouvelles surprenantes qui traitent principalement de la mémoire, des origines et du temps qui passe. Patrick Modiano livre des anecdotes liées à son univers intime comme la naissance de sa fille, des moments partagés avec son frère Rudy ou la rencontre de ses parents sous l’occupation. Les figures du père et de la mère reviennent constamment au fil des pages. Certaines nouvelles sont empreintes d’un humour exquis et d’un cynisme étonnant: l’épisode où son père l’emmène à la chasse à courre est réellement irrésistible. Comme à son habitude, l’auteur nous entraîne dans des quartiers, des rues, des cafés, des hôtels où le narrateur rencontre des personnages mystérieux liés à sa famille. Le personnage du « gros » , rencontré à Rome, est particulièrement attachant. Patrick Modiano sonde à nouveau son passé et nous entraîne jusqu’en Egypte et en Tunisie. Pour notre grand plaisir, il offre des réminescences de sa jeunesse et nous réserve, ici, un autre excellent moment de lecture.

Villa triste. P. Modiano

Ce roman publié, en 1975, est véritablement singulier. En effet, même si la lectrice retrouve quelques ingrédients récurrents chez Modiano, quelque chose de différent se dégage de cette fiction. En toile de fond, il y a la ville d’Annecy sous un soleil d’été; une ville de province surannée fréquentée par la bourgeoisie non chalante des bords du lac. Victor, le narrateur, retrace son histoire d’amour, en 1962, avec Yvonne Jacquet, une jolie femme, mannequin et actrice débutante. Pour la séduire, le narrateur se fait passer pour le « comte Victor Chmara » et jongle admirablement bien avec le mensonge. Dans un premier temps, le couple séjourne à l’hôtel L’hermitage puis dans la « villa triste » du docteur René Meinthe, un bourgeois homosexuel se faisant passer pour « la reine des Belges ». A nouveau, Patrick Modiano tente de reconstituer le passé sans vraiment y parvenir. Il situe des rues, des endroits, des cafés et se remémore des personnages avec une certaine nostalgie. Le ton est souvent léger et humoristique dans cette fiction au caractère universel. La force de l’auteur réside essentiellement dans sa capacité à reconstituer une atmosphère élégante et pleine de charme.

Je ne vous quitterai pas. P. Louvrier

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Le premier roman de Pascal Louvrier raconte l’histoire singulière de Jacques Libert, un écrivain proche de Mitterrand. En fin de vie, l’homme revient sur la douloureuse histoire de son couple et sur son amitié avec l’ancien Président de la république française qu’il connaît depuis 1959. Nous sommes en 2012, en France, dans une vieille maison au bord de la Manche. Jacques Libert fait appel à une aide ménagère, Louise, une jeune étudiante mystérieuse à qui il va se confier. Le titre du roman est inspiré des vœux prononcés par François Mitterrand en 1994: « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »  Pascal Louvrier traite de la relativité de la vérité à travers des personnages politiques manipulateurs. Bien renseigné, l’auteur nous dévoile les coulisses du pouvoir sous l’ère Mitterrand et au passage quelques inédits et indiscrétions. Bon moment de lecture.

Un pedigree. P. Modiano

Patrick Modiano - Un pedigree.

Cette autobiographie fait allusion au roman du même nom publié par l’écrivain belge Georges Simenon (1948). Patrick Modiano dévoile, ici, des souvenirs épars de son enfance et de sa jeunesse avec une dose de tendresse mais aussi de pitié. Ses parents (un père juif et une mère belge) apparaissent notamment comme des êtres égoïstes, intéressés et manipulateurs: « ...je ne me suis jamais senti un fils légitime et encore moins un héritier. »  Avec distance, Patrick Modiano nous livre des faits et anecdotes sans état d’âme tel un documentaire, ce qui déconcerte. Discret en ce qui concerne l’intime, il ne parle pas d’un événement, pourtant capital, qui le touche: la mort de son frère. La lectrice retrouve des thèmes propres à Modiano: la question des origines et de la famille mais aussi sa constante quête d’identité. Un récit pour tourner définitivement les pages d’un passé qui ne semble pas lui appartenir.

Voyage de noces. P. Modiano

La quête d’identité est le thème majeur de ce roman qui se présente sous forme d’enquête. Un homme désabusé se retrouve à Milan dans la chaleur du mois d’août. A l’hôtel, il apprend le suicide d’une cliente française et fait le rapprochement avec une femme juive rencontrée quelques années auparavant: Ingrid Teyrsen. Bouleversé par sa mort, le narrateur rentre en France et organise sa propre disparition en périphérie de Paris. Il assemble, alors, les souvenirs liés à Ingrid et à Rigaud, son compagnon, auquel il va curieusement s’identifier. Patrick Modiano fait appel aux souvenirs, aux sensations, aux lieux pour évoquer un moment tragique de l’histoire. Au cours de sa lecture, la lectrice retrouve la petite musique caractéristique du style de Patrick Modiano et des thèmes récurrents comme celui du temps qui passe ou celui de la déportation. Excellent moment de lecture.

La petite bijou. P. Modiano

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Le titre du roman « la petite bijou » vient du surnom de la narratrice lorsqu’elle avait sept ans. Patrick Modiano se glisse parfaitement dans la peau de Thérèse, la narratrice devenue jeune femme. Inspirée par un personnage de Balzac, « la petite bijou » croise dans le métro de Paris sa mère qu’elle pensait morte. En la suivant jusqu’à son domicile de Vincennes, elle revient sur leur passé énigmatique. Au fil de la lecture, un malaise s’installe chez Thérèse, perpétuellement à la recherche d’elle même. Dans une certaine confusion, la narratrice tente de recomposer le puzzle de son enfance, croise des personnages évanescents et revient sur des lieux qui n’existent plus. Patrick Modiano mêle toutes sortes de souvenirs, images, couleurs et sonorités dans cette fiction troublante, angoissante. L’atmosphère nostalgique du roman donne à la lecture un caractère singulier entre rêve et réalité. Bon moment de lecture.

La robe rouge de Nonna. M. Piquemal et J. Brax

La robe rouge de Nonna par Piquemal

Ce joli album est destiné aux enfants de 10 à 13 ans. Il raconte l’exil d’une famille italienne vers 1922. A la demande de sa petite fille, Nonna retrace son enfance en Italie, avant son exil en France. Avec émotion, la grand-mère se remémore le contexte, évoque sa famille puis les pénuries et l’humiliation sous Mussolini. Ce livre est un précieux témoignage qui traite de nombreux thèmes comme le racisme, l’immigration, l’identité et l’histoire de l’Europe. Inspiré par une histoire vraie, l’album est magnifiquement illustré et reproduit des chants patriotiques italiens. Mention spéciale pour le graphisme. L’évolution des couleurs, au fil des pages, est un plaisir pour les yeux de nos jeunes lecteurs. Bon moment de lecture.

Devenir soi. J. Attali

Christophe Barbier

Jacques Attali est bien placé pour savoir qu’il ne faut plus rien attendre des politiques et du pouvoir en place. Ce conseiller d’Etat et écrivain nous invite, ici, à chercher le talent qui se cache en nous pour ne plus dépendre de personne ni tenter d’obtenir une assistance permanente. Il dresse, tout d’abord, un tableau pessimiste et angoissant face à notre avenir et dénonce « les désastres » de notre société comme, par exemple, celui du système primaire scolaire. « Devenir soi » passe par une prise de conscience pour poursuivre ensuite un chemin en cinq étapes, sa méthode. Si le fond du livre est construit sur du bon sens, la forme ne motive pas beaucoup la lectrice. Jacques Attali fournit une surabondance d’exemples qui rend la lecture lassante. Il faut attendre la page 150 pour qu’enfin, l’auteur nous livre sa clé du « devenir soi ».

 

Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier. P. Modiano

Le dernier roman de Patrick Modiano, Prix Nobel de Littérature 2014, a des allures de polar. Jean Daragane est le personnage principal de cette fiction teintée de mystère et de chagrin. Lorsqu’il perd son carnet d’adresse, un couple énigmatique se présente et lui demande des informations à propos d’un certain Guy Torstel. Malgré lui, Jean Daragane se replonge, alors, dans le Paris des années cinquante et sa banlieue. Entouré de personnages énigmatiques comme celui d’Annie Astrand, sa mère de substitution, Jean Daragane se souvient progressivement de son enfance et d’une maison étrange. Le style de Patrick Modiano est incroyablement subtil et accessible. La lecture de son roman ressemble à une confidence aux résonances nostalgiques. L’omniprésence de la nature ajoute des notes poétiques à ce puzzle délicat. Un roman comme un ravissement. Coup de coeur!

Peine Perdue. O. Adam

Nous ne lisons pas tous pour les mêmes raisons: certains lecteurs cherchent à s’évader, à apprendre, à rêver, à comprendre… Le dernier roman d’Olivier Adam nous parle de la France d’aujourd’hui et de ses classes moyennes. Loin du glamour, l’auteur dresse le portrait d’une vingtaine de personnages à travers lesquels il dépeint une société française à la dérive. Le point de départ de ce roman choral est la mystérieuse agression d’Antoine dans une station balnéaire du Var, hors saison. Père du petit Nino qu’il voit peu, Antoine vit dans une caravane sur la plage. Le foot est son seul point d’horizon comme pour beaucoup de ses camarades. Un matin, quelqu’un dépose Antoine, inanimé,  devant l’hôpital. L’enquête menée par Grindel, un flic désabusé, sera le fil rouge de cette longue fiction. Révélateur du contraste social, le décor a, ici, toute son importance. Les touristes sont partis, les volets des belles villas sont fermés, la ville est déserte, mélancolique. Seuls restent les habitants livrés à leur triste sort. A sa manière, l’auteur relie l’intime au collectif à travers une communauté: des trentenaires paumés, des infirmières, des femmes de ménages, un flic, des voyous, un patron véreux, un couple de bourgeois…En toile de fond, la mer se déchaîne puis se calme, métaphore de la vie. Tout au long de la lecture, le titre s’impose: c’est peine perdue. La lectrice se prend à vouloir faire tourner la roue qui illustre la couverture. Le style d’Olivier Adam est corrosif, pessimiste, teinté de noirceur. Le constat est terriblement morose. Dans la désolation, les personnages subissent leur vie; un destin parfois tragique qui ne laisse entrevoir que peu d’espoir. Beaucoup de caricatures et de clichés dans ce roman social. Bon moment de lecture.

Petit éloge de la nuit. I. Astier

Petit éloge de la nuit - Ingrid Astier

Voici un petit livre très agréable à lire et à emporter pour la modique somme de deux euros! Ces fragments autour de la nuit dévoilent la passion nocturne d’Ingrid Astier. Déjà, la couverture évoque l’importance de la bande-son inspirée par la nuit: ACDC, Metallica, Chopin, dDamage etc…l’auteure évoque aussi des poètes, des cinéastes, des peintres, des romans et certains membres de l’antigang français qu’elle fréquente. Son petit dictionnaire très original rassemble des mots parfois étranges: « paupières nictitantes » , « oniricide » , « nyctalope » …mais aussi des définitions poétiques comme celle du « pyjama: le chat passe sa vie entière en pyjama. » Ingrid Astier est une rêveuse, une contemplatrice qui observe l’obscurité judicieusement. Bon moment de lecture.

Constellation. A. Bosc

Le premier roman d’Adrien Bosc retrace sous forme d’enquête journalistique le crash du Constellation F-BAZN dans l’archipel des Açores, le 27 octobre 1949. Qui était à bord de cet avion « des stars » en partance pour New-York? Le boxeur Marcel Cerdan, la violoniste prodige Ginette Neveu et une quarantaine de passagers (avocat, héritière,créateur, étudiante, bergers basques…) tous réunis par un destin. Ce roman émouvant au style romanesque fait l’autopsie d’un drame collectif. Les correspondances entre certains personnages, les hasards et coïncidences captivent la lectrice au-delà des faits. Le meilleur exemple est celui d’Etienne Vatelot, luthier de Ginette Neveu qui est, ici, le personnage miroir de Marcel Cerdan. En effet, à la demande d’Edith Piaf, le champion de boxe annulera son départ en bateau pour prendre l’avion tandis que le luthier annulera sa place d’avion pour prendre le bateau à la demande de Ginette Neveu. L’auteur pose beaucoup de questions qui restent sans réponse. La lecture de ce roman à part passionne grâce à sa construction qui repose sur l’alternance entre les chapitres liés à l’enquête technique et ceux liés à la vie des passagers. Lecture coup de coeur! Grand Prix du roman de l’Académie Française.

Fleur de tonnerre. J. Teulé

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Mon premier est un repère dans le temps; mon deuxième est situé entre la tête et le corps; mon tout est ce qui terrorisait la plus grande tueuse de tous les temps: l’ANKOU. Début 19ème, sur les terres de Plouhinec parsemées de menhirs , la petite Hélène écoute les terrifiantes légendes bretonnes racontées par son père. Alors, la petite fille baptisée « fleur de tonnerre » s’investit d’une mission morbide et part pour une mortelle randonnée en laissant, derrière elle, sa mère empoisonnée. La plume trempée dans l’encre noire, Jean Teulé raconte; son style pittoresque amuse malgré le funeste destin de Fleur de Tonnerre. Et tandis que des bigoudènes traversent la lande comme une nuée d’oiseaux noirs, Fleur de Tonnerre empoisonne à tour de rôle, perdue entre rêve et réalité. Pourtant, accrochée à la façade de Notre Dame de la Haine, la roue de la fortune tourne, poussée par un auteur exalté.

En face. P. Demarty

Pierre Demarty - En face.

Le premier roman de Pierre Demarty nous embarque dans un voyage immobile: à Paris, Jean Nochez décide de quitter sa femme et ses deux enfants pour s’installer dans l’appartement d’en face, à leur insu. A noter que notre anti-héros est un homme particulièrement terne, sans surprise. Après son déménagement, il se contente de voyager entre son appartement, son travail et le café « les indociles heureux ». Et c’est, précisément, dans ce café qu’il rencontre notre narrateur. Avec beaucoup de cynisme, ce dernier nous raconte cette histoire improbable avec un flot considérable de détails. Le style singulier de Pierre Demarty est empreint d’humour, de détours et de références. Certains diront qu’il en fait beaucoup trop. Pour sa part, la lectrice aurait souhaité plus de profondeur au niveau de la psychologie des personnages. Pourquoi Jean Nochez fait-il ce choix? Comment sa femme, Solange, vit-elle cette rupture? Pierre Demarty est un écrivain prolixe qui interpelle la lectrice à tout bout de champ en jouant sur les mots et en ouvrant toutes sortes de parenthèses. Un roman aux notes poétiques qui fait appel à une solide culture générale.

La bibliothécaire. Gudule

Gudule est une auteure belge à succès. « La bibliothécaire » est un roman illustré particulièrement intéressant pour les élèves de 6ème (1ère secondaire) car il débute par un mystère. L’histoire est celle du jeune Guillaume qui observe, chaque soir par sa fenêtre, une voisine âgée. Guillaume remarque également la présence d’une jeune fille qui sort chaque soir dans la rue. Attiré par sa beauté, il décide de la suivre. La jeune fille le conduit, malgré lui, à la bibliothèque et ils font, enfin, connaissance. Guillaume va, ensuite, l’aider dans sa quête du « grimoire ». Toutes sortes de personnages issus de romans comme « Alice au pays des merveilles » ou « les Misérables » vont surgir au cours de la lecture. Gudule donne, ici, une place considérable au fantastique et rend un bel hommage à la langue française. Bon moment de lecture.

Le poison d’amour. E. E. Schmitt

Le Poison d'amour

Voici le dernier roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, un auteur prolifique qui vit à Bruxelles. Dramaturge, romancier, cinéaste…il publie, début octobre, le second volet de son diptyque sur la passion. Dans « Le poison d’amour » , Eric-Emmanuel Schmitt nous parle des premiers émois amoureux à travers le journal intime de quatre amies, adolescentes.  Mais comment croire en l’amour dans une société où les parents se séparent? Au Lycée, Julia et Raphaëlle préparent la représentation théatrale de « Roméo et Juliette » tandis que Colombe et Anouchka s’inquiètent…L’amour est-il un poison? Dans le fond, Eric-Emmanuel Schmitt se pose les bonnes questions et imagine une fiction crédible, sans ennui. Mais dans la forme, il est évident qu’aucune adolescente d’aujourd’hui ne s’exprime dans le langage de l’auteur; trop châtié. Ce roman tragique a cependant le mérite de nous éclairer sur les problèmes psychologiques et sentimentaux de nos adolescents avec une certaine clairvoyance. Bon moment de lecture.

Oona & Salinger. F. Beigbeder

Frédéric Beigbeder a l’audace de retracer, ici, la jeunesse fictive d’Oona O’Neill et de l’auteur américain Jerry Salinger. L’idée est bonne et, dès le début de la lecture, le pari semble gagné: imaginaire, humour et esprit nous emportent. L’auteur ne manque pas d’interpeller son « ami-lecteur » avec intelligence tout en continuant à mélanger réalité et fiction. Début des années quarante, la lectrice assiste aux soirées du « Stork Club », assise non loin de la table six et de la jet set new yorkaise sirotant des vodkatini. Le regard d’Oona croise celui de Salinger et une idylle commence. Beigbeder réinvente avec brio une époque, des personnages et une histoire d’amour fragile. Mais Salinger va partir pour la guerre et connaître la descente aux enfers tandis qu’Oona rencontre l’homme de sa vie, Charlie Chaplin. Beigbeder invente, alors, les lettres échangées entre le soldat Salinger et Oona, à défaut d’avoir pu consulter la vraie correspondance. Au milieu des obus et des blessés, Salinger écrit régulièrement pour lui faire part de sa situation et de ses regrets . Mais le fossé qui les sépare est à l’image du décalage entre la situation de l’Europe et celle des Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale. A ce moment de la lecture, Beigbeder nous plonge dans l’horreur du conflit et dévoile une autre part de la noirceur humaine poussée à son paroxysme. Un instant, la lectrice angoissée croit relire le roman de Pierre Lemaitre (« Au revoir là- haut »), dernier Goncourt. Finalement, toute cette fiction sert de prétexte à Frédéric Beigbeder pour parler de lui et de son amour pour sa femme Lara. En effet, la différence d’âge dans le couple s’impose comme un des thèmes de ce roman tout comme celui du temps qui passe. Il faut donc se laisser emporter par le roman de Beigbeder, maîtriser l’anglais et faire abstraction de la personnalité d’un auteur qui derrière son allure de pitre cache un véritable écrivain. Bon moment de lecture.

Le chat passe à table. P. Geluck

Le Chat, tome 19 : Le Chat passe à table (Coffret 2 volumes) par Geluck

L’unique fois où j’ai croisé mon compatriote, Philippe Geluck, j’ai cru qu’il avait perdu son chat tant il faisait grise mine. Mais notre chat national repart, bel et bien, pour de nouvelles aventures présentées dans un coffret. La lectrice y trouve deux petits livres et, en bonus, « la gazette du chat  » (périodicité aléatoire) avec un horoscope hilarant. Il y a « à boire et à manger  » dans ce coffret où le dessinateur se met à table et se joue de notre société. Parfois cruel, tragique, émouvant ou culotté, Philippe Geluck arrive encore à nous faire rire grâce à cette dix-neuvième saga féline. Mention spéciale pour la pagination. Moment de lecture comique.

On ne voyait que le bonheur. G. Delacourt

Je ne m’attendais pas à une histoire aussi dramatique venant de Grégoire Delacourt. Et pourtant, j’ai beaucoup aimé ce roman qui fait partie de la sélection du Prix Goncourt 2014. Grégoire Delacourt se distingue par un style singulier aux réminiscences d’ancien publicitaire: des phrases courtes mais puissantes. Derrière son humour se cachent une tendresse, une fragilité mais aussi de l’amertume. L’auteur semble régler ses propres comptes avec des éléments du passé. Antoine a 38 ans lorsqu’il apprend la maladie de son père. Assureur, expert automobile, il calcule chaque jour la valeur de la vie des autres. Alors, il va se mettre à chercher la valeur de sa propre vie. Il fait défiler ses souvenirs et raconte le bonheur, les joies mais aussi les mensonges, les trahisons…Ce roman poignant réserve une surprise de taille à la lectrice. Il traite principalement de la famille mais aussi de notre difficulté à exprimer nos sentiments. Grégoire Delacourt nous plonge dans une descente aux enfers particulièrement émouvante et pourtant crédible. La rédemption est le thème central de cette fiction efficace qui nous entraîne jusqu’au Mexique. Excellent moment de lecture.

 

L’amour et les forêts. E. Reinhardt

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Ceci n’est pas un roman narcissique et son auteur n’est certainement pas un écrivain Meetic comme j’ai pu le lire dans « Le Figaro Littéraire  » dernièrement. Au contraire, ce roman très actuel et bouleversant nous parle de la vie d’une femme, une mère de famille, dans la France d’aujourd’hui. L’héroïne d’Eric Reinhardt, Bénédicte Ombredanne, est malheureusement mariée,depuis treize ans, à un pervers narcissique. Professeur de français à Metz, Bénédicte mène une vie morose et triste. Finalement, ce personnage pourrait être une amie, une soeur, une voisine…l’histoire poignante d’une femme qui se trompe de chemin et qui cherche à s’échapper par une trappe donnant sur un monde merveilleux. Le style métaphorique d’Eric Reinhardt, son humour et sa poésie plaisent à la lectrice même si certains passages sont parfois trop salaces ou alambiqués. Grâce au rythme, il n’y a aucune trace de lassitude dans ce roman où l’auteur se met en scène avec son héroïne. Pour notre plaisir de lectrice, Eric Reinhardt fait l’éloge de la littérature à travers les textes de Villiers de l’Isle-Adam. Son travail d’écriture et ses doutes d’écrivain donnent une profondeur à la fiction. Enfin, les traits psychologiques de certains personnages témoignent de la perspicacité d’un auteur ancré dans la réalité. Excellent moment de lecture.

Le château des étoiles. A. Alice

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Cet album s’adresse aux jeunes de plus de treize ans et aux grands rêveurs car certaines planches sont particulièrement techniques. Alex Alice est un auteur doué qui nous conte une histoire fantastique, superbement illustrée. En 1868, à la frontière de l’espace, une scientifique disparaît à bord de sa montgolfière. Un an plus tard, son carnet de bord est mystérieusement retrouvé. Le fils, de la scientifique disparue, et son père vont suivre une piste jusque dans les contreforts des Alpes. Inspiré par Jules Verne, Alex Alice nous propulse dans une incroyable conquête de l’espace. Bon moment de lecture.

Dans l’ombre de la lumière. C. Pujade-Renaud

Dans l'ombre de la lumière par Pujade-Renaud

La première qualité de ce roman est d’être incroyablement lumineux car il dresse le portrait d’une femme sensible et amoureuse. Claude-Pujade-Renaud nous entraîne dans l’Antiquité entre Carthage et l’Italie. Comme toujours, les hommes s’affrontent: manichéens, païens, juifs et chrétiens se battent aux quatre coins de l’Empire romain. Inspirée par les textes de St Augustin, l’auteure puise dans l’audace de ses « confessions » pour romancer la vie d’une femme dont il ne reste aucune trace: la concubine de St Augustin, Elissa, la mère de son fils qu’il finira par répudier. Brisée, elle s’installe chez sa soeur Faonia et son mari potier à Carthage. Malgré le chagrin, Elissa continue de suivre, dans l’ombre, le parcours de St Augustin devenu évêque d’Hippo Regius. A travers la parole de son héroïne, Claude Pujade-Renaud écrit un texte admirable, empreint de poésie et de sensualité. Les souvenirs des temps heureux, auprès de son homme et de son fils adoré, affluent: « Tu aimais la courbe de ma nuque, le parfum de mes cheveux. Ma passion des fleurs, des couleurs, la robe violette achetée à Rome, mes courgettes grillées sur la braise…Tu aimais m’entendre chantonner en me coiffant, rire et babiller avec notre fils. Tu aimais lorsque j offrais mon visage à la pluie de septembre. Tu m’aimais. » De toute beauté, ce roman nostalgique nous parle d’Amour mais aussi de grâce et de péché. Claude-Pujade-Renaud ressuscite une femme, une époque, pour nous transporter au-delà des siècles. Prix du Roman Historique.

Souvenir de l’amour, Chrysis. J. Fergus

Chrysis par Fergus

La découverte du tableau « orgie », peint par l’artiste Gabrielle Jungbluth, marque le point de départ de ce roman sensuel publié en Pocket. Jim Fergus déroule son imaginaire comme une toile de maître sur laquelle il compose, mélange ses couleurs et construit sa ligne: un cow boy et son cheval traversent les Etats-Unis afin de rejoindre la légion étrangère en France, lors de la première guerre mondiale. Au même moment, Gabrielle Jungbluth intègre l’atelier Humbert à Paris. L’artiste cherche l’inspiration dans « le village » de Montparnasse et  choisit le surnom de Chrysis. L’improbable rencontre entre le cow boy et Chrysis cristallise une belle et fragile histoire d’amour. Cette vie romancée replonge la lectrice, avec allégresse, dans le Paris des années folles. Le talent de Jim Fergus repose sur la composition de ce roman fascinant. Le mélange des couleurs  est sublime; la profondeur vertigineuse. Une certaine tension érotique dans le mouvement vient parfaire cette toile au caractère singulier.

De là, on voit la mer. P. Besson

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Inspiré du film de Claude Sautet, «  les choses de la vie » , ce petit roman de Philippe Besson traite du couple. L’histoire se déroule en Toscane, à Livourne, dans un villa d’où on voit la mer. Comme à son habitude, l’auteur utilise les mêmes lignes de force: l’amour, l’infidélité, la trahison, l’ennui…Son héroïne est Louise, une romancière française d’une quarantaine d’années; une femme forte et égoïste, mariée depuis dix ans à François. Elle part dans la villa de Livourne, pour écrire son roman, pendant que François reste à Paris. En Italie, Louise rencontre Luca, un jeune italien qui va réveiller son désir et devenir son amant. Mais, comme dans le film de Claude Sautet, François est victime d’un grave accident de voiture et Louise va devoir rentrer à Paris pour se retrouver face à un choix. Philippe Besson nous parle, ici, d’hésitations sentimentales et de l’usure du temps. Il dresse le portrait d’une femme puissante, libre, qui se retrouve affaiblie par ses sentiments. Ce roman très actuel et très bien écrit, décrypte le fonctionnement du couple. Bon moment de lecture.

Murmurer à l’oreille des femmes. D. Kennedy

 Murmurer à l'oreille des femmes

Même si le titre de ce roman paraît un peu « cavalier », il faut reconnaître que l’idée de publier des nouvelles à propos d’histoires d’amour, est attrayante. Ce roman est accessible car il se lit rapidement et facilement mais surtout parce qu’il est évident, pour la lectrice, de s’identifier à une de ces douze nouvelles. Douglas Kennedy démontre, ici, à quel point la part d’ombre de chacun, le quotidien, les névroses et les obsessions pèsent sur le couple. Petit bémol: rien de très réjouissant, très peu d’espoir donné à la lectrice à propos d’amour. Cependant, Douglas Kennedy a le mérite de se poser de bonnes questions en construisant ce puzzle sentimental.

La Déesse des petites victoires. Y. Grannec

Yannick Grannec nous raconte la vie du couple Kurt et Adèle Gödel ou l’histoire de deux mondes. En effet, Kurt Gödel  fut l’un des plus grands mathématiciens du siècle dernier alors que sa femme, ancienne danseuse de bar, sacrifia sa vie pour être l’épouse du génie. Le mérite du roman est de nous renseigner sur la vie de cet homme hors du commun, invivable au quotidien, mais surtout de nous replonger dans l’Europe et l’Amérique des années vingt aux années quatre-vingt. A travers le regard d’une jeune documentaliste, chargée de récupérer les archives de Kurt Gödel, Yannick Grannec retrace le parcours de ce couple improbable. Le roman n’est pas vraiment captivant mais si vous aimez les théorèmes, principes, hypothèses ou probabilités vous découvrirez le travail de Gödel mais aussi celui d’Einstein, Morgenstern, Turing et autres scientifiques de l’époque. A mes yeux, c’est la rencontre entre Anna Roth (la documentaliste) et Adèle (la femme de Gödel), deux femmes en miroir, qui suscite l’intérêt de la lectrice car elles se trouvent, à un moment de leur vie, confrontées au même choix amoureux. Le titre rend hommage à Adèle et à ses petites victoires remportées sur la vie. Prix des Libraires.

Le bonheur conjugal. T. B. Jelloun

Le bonheur conjugal par Ben Jelloun

Il était temps, pour moi, de lire ce roman, à succès, en version poche. Tahar Ben Jelloun nous parle, ici, du couple mais, en aucun cas, de bonheur. En effet, le thème principal de ce roman oriental est bien l’enfer conjugal où se retrouvent enfermés deux individus qui pensaient s’aimer pour la vie. A Casablanca, un grand artiste peintre se remémore sa rencontre, en 1986, avec celle qui deviendra sa femme, la mère de ses enfants. Cloué au lit après un accident vasculaire cérébral, l’artiste donne sa version des faits, persuadé que son mariage est à l’origine de sa déchéance. Le style métaphorique et le caractère Bergmanien de la fiction donnent un ton singulier à la lecture. La première partie: « l’homme qui aimait trop les femmes » est particulièrement aboutie. La seconde partie: « ma version des faits » se présente comme un droit de réponse de la femme. Cette idée originale plaît énormément mais c’est surtout la façon dont Tahar Ben Jelloun raconte qui passionne la lectrice. L’aveuglement de l’amour, l’infidélité, le mensonge, le secret, la frustration, l’origine sociale, la différence culturelle…font partie des nombreux thèmes traités avec intelligence. La lectrice découvre, à travers les chapitres, une très large palette d’émotions avec laquelle l’auteur jongle aisément. Peut être faut il être passé par l’étape du mariage pour apprécier ce roman moral qui questionne. Il en est de même pour l’auteur qui maîtrise, ici, parfaitement son sujet. Excellent moment de lecture.