Spring Hope. S. Savage

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Ce joli petit livre est un album de souvenirs. Une femme, devenue vieille, se souvient de son enfance et d’un lieu en Caroline du Sud: Spring Hope. A la manière de Georges Perec, Sam Savage débute ses phrases par « je me souviens… ». Les thèmes abordés sont ceux de l’enfance, la figure de la mère, les discriminations raciales, la nature, la famille, le temps qui passe, la littérature…Ce petit roman est, en fait, une oeuvre d’imagination où Sam Savage pèse chaque mot et rend hommage à sa mère: « une lectrice cosmopolite dans une ville insignifiante… ». Un livre à lire lentement en savourant chaque mot. « J’ai envie de dire que la page s’est noyée dans la rivière du temps. » Bon moment de lecture.

La part des flammes. G. Nohant

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Gaëlle Nohant s’inspire du tragique incendie du Bazar de la Charité, le 4 mai 1897 à Paris, pour construire ce bon roman. Provoqué par un cinématographe, l’incendie avait fait des centaines de victimes dont un grand nombre de femmes aristocrates. De cette fournaise va très vite se dégager des rumeurs colportées par la presse de l’époque. Trois femmes, trois destins vont se croiser dans les flammes du Bazar de la Charité: la duchesse Sophie d’Alençon, la comtesse Violaine de Raezal et la jeune Constance d’Estingel. Trois héroïnes rebelles en quête de liberté. La part des flammes représente ce que chaque personnage va, en définitive, laisser dans cet incendie. C’est un portrait captivant, de la haute société parisienne du XIXème siècle, que nous offre, avec talent, Gaëlle Nohant. De son style métaphorique se dégagent une force, une justesse, un vécu. Fruit d’un long travail de recherche, ce roman soigne particulièrement le détail pour évoquer un personnage, une atmosphère, un lieu. La lectrice se retrouve dans les rues de Paris où du côté des pauvres règnent la misère et la tuberculose et, d’un autre, la bonne société qui fait la charité. Il est question de religion et de croyances dans cette fiction bouleversante, mais aussi des progrès de la médecine à cette époque . En croisant des personnages fictifs et réels, l’auteure passionne la lectrice qui plonge, avec plaisir, dans un moment de lecture romanesque. Un excellent roman sur la féminité et l’Amour dans l’esprit d’une époque. Prix France Bleu. Page des Libraires 2015.

Mariage à l’indienne. K. Daswani

Mariage à l'indienne

Par hasard, j’ai trouvé ce roman, rose et kitch, dans une gare. Sa première parution date pourtant de 2006. Kavita Daswani raconte l’histoire d’une jeune indienne, Anju, à la recherche du prince charmant à Bombay puis à New-York où elle s’installe en célibataire. Le thème principal de ce roman léger est celui de la condition de la femme indienne aujourd’hui. A la fois drôle et pathétique dans sa démarche, Anju est un personnage véritablement attachant; une femme tiraillée entre coutume et liberté qui souffre de solitude et d’un manque d’amour. La lectrice suit volontiers les pérégrinations amoureuses de cette indienne devenue journaliste de mode dans un monde ultra superficiel. Ce roman amusant est un voyage; une découverte exotique succulente. Finalement, Kavita Daswani nous entraîne bien plus loin que le terminus du train. Bon moment de lecture.

Prenez votre santé en main! Dr. F. Saldmann

Le nouveau livre du Docteur Saldmann nous enseigne comment utiliser nos ressources personnelles afin d’améliorer notre vie. Il existe de petits gestes simples à pratiquer au quotidien: le gargarisme, apprendre à se moucher, assurer une bonne hygiène etc… Le Docteur Saldmann insiste sur l’importance de ne pas prendre de poids avec l’âge et donne quelques méthodes pour freiner notre appétit. Le sport, pratiqué trente minutes par jour, peut nous aider à gérer efficacement notre capital santé. L’importance d’une bonne alimentation est également soulignée tout comme une sexualité épanouie qu’il présente comme un secret de longévité. Enfin, cultiver l’optimisme serait un autre moyen de vivre plus longtemps . Ce médecin nous parle du corps mais aussi des forces de l’esprit et livre, en bonus, quelques astuces pour gérer nos angoisses et notre stress quotidien.

 

Rebecca. D. du Maurier

Rebecca

Après avoir lu la récente biographie de Daphné du Maurier (« Manderley forever » de Tatiana de Rosnay), je me suis plongée, avec curiosité, dans la lecture de « Rebecca » (1940). Cette nouvelle traduction est une réussite évidente; un moment d’évasion digne d’un superbe livre comme « Gatsby le Magnifique » . Dès la première phrase, la lectrice est conquise et se laisse envoûter par le texte: « J’ai rêvé la nuit dernière que je retournais à Manderley. » La voix de la narratrice, Madame de Winter, nous embarque dans une fiction pleine de mystère et de rebondissements. Au fil des pages, la lectrice suit l’évolution de cette narratrice maladroite, envahie par son imaginaire mais qui va, peu à peu, saisir les rênes de sa vie. Rebecca est, en réalité, le prénom de la première femme de Maxim de Winter, noyée en mer. Il est donc question de rivalité entre la nouvelle femme de Maxim et le fantôme de l’épouse qui hante le domaine de Manderley en Cornouailles. Le thème de l’obsession domine cette fiction finement construite. Manderley, ce très beau manoir, est, ici, un personnage à part entière qui évolue au fil des saisons pour notre plus grand plaisir de lecture.  Avec talent, la romancière dote ses personnages d’une psychologie fine et complexe; l’inquiétante Madame Danvers en est le meilleur exemple. Cette fiction romanesque, qui repose sur un malentendu, tient la lectrice en haleine jusqu’à la dernière phrase; un grand classique de la littérature. Lecture coup de coeur.

L’année de la pensée magique. J. Didion

Dans nos sociétés occidentales, la mort est un sujet tabou. C’est pour cette raison que ce récit, qui analyse l’expérience du deuil, a rencontré un très large public. Autobiographique, ce journal du malheur, tenu par Joan Didion, traite de l’absence et de la confrontation au vide. En effet, en décembre 2003, voici que cette journaliste et écrivaine se retrouve subitement veuve; son mari, l’écrivain John Gregory Dunne, est foudroyé par la mort. Au même moment, leur fille, gravement malade, se trouve dans le coma à l’hôpital. Sincère et humble face au deuil, Joan Didion revient sur sa vie de couple et sur les lieux où ce tandem a vécu de New-York à Honolulu en passant par Los Angeles. La pensée magique représente la force de l’imagination, le sentiment de pouvoir contrôler les événements. Entre-temps, le texte a été adapté au théâtre notamment à Paris. Considérée comme une auteure culte aux Etats-Unis, Joan Didion, âgée de quatre vingt ans, est actuellement la nouvelle égérie de la campagne Céline. Prix Médicis Essai. National Book Award. 

Body blues. Elsa Boublil

Elsa Boublil nous confie un secret dans ce récit poignant. La journaliste mélomane raconte son enfance abusée par deux adultes en qui elle avait toute confiance. La petite fille va, alors, se construire dans le silence et dans la peur, en cachant son traumatisme alors que son corps s’exprime à travers diverses maladies. C’est, finalement, sa rencontre avec son mari, Philippe Torreton, qui va lui permettre d’exorciser sa souffrance en couchant ses maux sur le papier. Trente ans plus tard, l’auteure nous livre pudiquement son bouleversant secret. Aujourd’hui, mère de deux petits enfants, elle se bat pour éviter de leur transmettre ses angoisses et ses terreurs.  Sur un air de Jazz, Elsa Boublil décide de transformer sa douleur en force.

Comme tous les après-midi. Z. Pirzâd

Comme tous les après-midi

Zulma publie, en édition poche, ce joli petit livre couleur pistache. L’auteure iranienne, Zoyâ Pirzâd, nous donne accès à la littérature persane grâce à ces dix-huit courtes nouvelles qui se situent entre le conte et la fable. Dans un langage simple, imagé et poétique, Zoyâ Pirzâd met en scène des personnages caractéristiques qui illustrent les préoccupations quotidiennes des femmes iraniennes . Les principaux thèmes du livre sont ceux de la société, de l’amour, du temps qui passe et de la nature humaine. De ce livre coloré se dégage une force émotionnelle puissante; un recueil de métaphores. « Les fleurs au centre de ce couvre-lit » et « Les pétunias de Raheleh » sont mes textes préférés. Un moment de lecture comme une invitation au voyage.

Manderley for ever. T. de Rosnay

Manderley for ever par Rosnay

Voici une biographie captivante de Daphné du Maurier signée par Tatiana de Rosnay, très inspirée par cette romancière anglaise disparue en 1989. Pour réaliser ce portrait, Tatiana de Rosnay fait le chemin à l’envers jusqu’aux Cornouailles et nous parle, avec passion, de son auteure fétiche. La lectrice découvre une femme d’un autre temps, une auteure prolixe (Rebecca, L’auberge de la Jamaïque, Ma cousine Rachel, Les oiseaux et autres nouvelles, La poupée etc…) mais aussi une épouse et une mère de famille complexe car Daphné du Maurier préférait parfois les murs de ses belles maisons à la compagnie des hommes. Très bien documentée, cette biographie se lit comme un roman et dévoile le côté sombre d’une auteure sensible et tourmentée. Bon moment de lecture.

Chemins. M. Lesbre

Chemins

Une scène singulière est à l’origine de ce joli roman: un soir, à Paris, Michèle Lesbre aperçoit un homme, assis sous un réverbère, lisant le livre d’Henry Murger « Scènes de la vie bohème  » .  Alors, elle se souvient, avec émotion, des lectures de son père. C’est vrai que le style de Michèle Lesbre s’apparente à celui de Modiano. Infiniment nostalgique, l’auteure se plonge avec mélancolie dans son passé à la recherche de lieux, de personnes, d’objets et de livres. Son style est poétique,tendre et facilement abordable. La lectrice accompagne volontiers l’auteure dans ce voyage, au bord d’un canal, où entre les peupliers défilent les souvenirs. Il est question, ici, des origines et de la mémoire. Au hasard des chemins et des rencontres, Michèle Lesbre part en quête d’un père trop vite disparu; son intime étranger. Excellent moment de lecture.

Temps Glaciaires. F. Vargas

Temps glaciaires par Vargas

Les bons romans policiers sont rares. Ce thriller démarre par quelques meurtres déguisés en suicide. Le commissaire Adamsberg, son adjoint Danglard et la lieutenante Retancourt débutent leur enquête sur des scènes de crimes qui ont en commun un signe énigmatique en forme de H. Fred Vargas nous immerge dans un univers singulier pour nous parler d’histoire de France. Au début, son style amuse et dynamise la lecture pleine de rebondissements. Même si l’intrigue semble bien ficelée, le détour par l’Islande est beaucoup trop long et le rythme s’essouffle au cours de la lecture.

Sami, Goliath, Oscar, Ousmane et les autres. C. Clément

Sami, Goliath, Oscar, Ousman et les autres... par Claire Clément

Voici un roman jeunesse, sélectionné par « Les Incorruptibles », qui plaît beaucoup aux jeunes de 10 à 14 ans. Très actuel, ce livre évoque des thèmes comme l’abandon, l’immigration, le secret, l’amitié et l’entraide dans une cité française. Un jeune garçon, nommé Oscar, est hospitalisé. Son ami, Sami, perd son lapin nain. L’histoire commence. Suspense et aventures sont au programme de cette fiction où se croisent de nombreux personnages attachants. Claire Clément s’adresse aux jeunes dans un style simple, parfois poétique. Quelques notes de rap viennent dynamiser ce roman jeunesse plein d’espoir. Bon moment de lecture.

ORAHE. La méthode Estelle Lefébure

A quelques années de la cinquantaine, Estelle Lefébure est toujours aussi belle. Son secret? Une philosophie de vie qu’elle confie dans ce livre cartonné, illustré de magnifiques photos.  Adepte du paddle, du yoga, de la natation, de la sophrologie et de la marche, la top mène une vie saine entre Saint Barth et la France. Intolérante au gluten et au lactose, elle livre, ici, des recettes faciles et accessibles. Sa méthode, basée sur la nutrition, le sport et la beauté est pleine de bon sens et donne vraiment envie de changer nos mauvaises habitudes de citadines. Mention spéciale pour les astuces de voyage. Moment de lecture zen.

A Lisbonne, j’ai pensé à toi. L. Ruffato

 

La littérature brésilienne était à l’honneur lors du dernier Salon du Livre de Paris (2015). En achetant ce roman, j’ai découvert un auteur brésilien méconnu au style urbain, réaliste et atypique. Construit à partir de quatre conversations enregistrées entre l’auteur et un clandestin brésilien installé à Lisbonne, ce roman retrace le parcours de Serghino. Après une série d’échecs dans son pays natal, Serghino, le narrateur, part à la recherche de l’eldorado au Portugal. Les phrases, ponctuées de mots exotiques, s’étirent au fil des pages pour mieux captiver notre attention. Pauvre, simple et crédule, Serghino raconte son exil, la tête pleine de rêves de grandeur. Ce clandestin est un personnage attachant coincé dans une existence sans issue. La lecture de ce court roman est un voyage pour la lectrice qui découvre deux pays mais aussi les subtilités entre la langue brésilienne et le vocabulaire lisboète. Luiz Ruffato soulève, avec talent et humour, la question de l’identité. Excellent moment de lecture.

Journal de la création. N. Huston

Passionnée par « l’éternel féminin », j’attendais beaucoup de cet essai autobiographique publié par Nancy Huston en 1990. Ce fût certainement, à l’époque, une petite révolution féminine. Pourtant, aujourd’hui, il me paraît, quelque peu, désuet et frustrant. Les meilleurs passages sont liés à ses rêves de future mère, ses doutes, ses réflexions. Toute l’étude biographique à propos de couples célèbres face à la création et la maternité (Fitzgerald, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ou Virginia et Leonard Woolf etc…) prend une place considérable dans cet essai. L’auteure convoque trop de monde. C’est bien son journal et tout ce qui touche à sa propre expérience, son ressenti de femme, qui capte la lectrice. Nancy Huston donne l’impression de ne pas vouloir se livrer entièrement en se cachant derrière l’expérience d’autres intellectuels. Il est pourtant vrai que le rapport entre la création et la procréation, d’une part, et le rapport entre corps et esprit, d’autre part, sont des sujets qui passionnent. Est-il possible d’être mère et créatrice?

Les vitamines du soleil. M. Dugain

Cette nouvelle est extraite du recueil de Marc Dugain: « En bas, les nuages » (2008). Idéale pour emporter en voyage, cette version Folio (2 euros) relate la rencontre d’un auteur français, expatrié au Maroc, avec une femme mystérieuse . Soleil et vitamines mais aussi suspense, originalité et rebondissements sont les principaux ingrédients de cette nouvelle efficace. Marc Dugain nous parle de ses doutes d’écrivain mais aussi du genre humain et de sa part d’ombre. Bon moment de lecture.

Le cas Eduard Einstein. L. Seksik

Le cas Eduard Einstein par Seksik

Paru en poche, ce roman dévoile la vie familiale méconnue du Prix Nobel de Physique: Albert Einstein (1921). Laurent Seksik a construit son roman à partir de documents et faits réels. Il donne la parole à trois personnages: Eduard, ce fils schizophrène interné et abandonné par son père au moment du divorce de ses parents; Mileva, la mère dévouée d’Eduard et première épouse d’Albert; Albert Einstein lui même, père divorcé, remarié et exilé aux Etats-Unis en 1933. La lectrice découvre la vie d’Eduard à l’asile et le combat de sa mère au quotidien. L’auteur nous parle aussi de la vie intime, tragique, d’Albert sur fond de nazisme et de fascisme. C’est la blessure profonde d’un homme que Laurent Seksik nous raconte avec talent et intelligence. Une histoire bouleversante pleine d’humour et de finesse qui traite de la complexité d’un génie. Excellent moment de lecture.

La Lettre à Helga. B. Birgisson

Ce roman déroutant fait partie de la sélection 2015 du Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points. Sa publication, en 2013, a été un vrai succès dans les pays nordiques. Pourquoi? Parce que cette déclaration d’amour est une sorte d’ovni littéraire. La lectrice entre dans un univers intime et sauvage qui traite pourtant des choses simples de la vie comme l’amour, le désir et la mort. Le narrateur est un vieux berger islandais du nom de Bjarni Gislason. En écrivant une lettre à Helga, son grand amour, il revient sur ses choix et sa vie en tentant de trouver des réponses. Le style de l’auteur est aussi rude que le climat d’Islande et la vie à la ferme. Bergsveinn Birgisson ne fait aucun détour, il appelle un chat un chat: « …je te palpais de mes doigts voluptueux et inspectais avec précision les protubérances de la poitrine et la consistance de sa chair. Tu gémissais de bonheur. Te voir nue dans les rayons de soleil était revigorant comme la vision d’une fleur sur un escarpement rocheux. Je ne connais rien qui puisse égaler la beauté de ce spectacle. La seule chose qui me vienne à l’esprit est l’arrivée de mon tracteur Farmall. Arracher l’armature et le carton protégeant le moteur pour découvrir cette merveille éclatante qui allait me changer la vie. » Ce roman qui sent la terre et les bêtes nous parle aussi de tradition, de culture et de transmission. La confidence de Bjarni nous touche et nous bouleverse par sa simplicité. Bon moment de lecture.

Paris Intérieur. P. Le Guillou

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Les expatriés, comme moi, sont d’éternels touristes à Paris. Alors, un récit comme celui de Philippe Le Guillou capte instantanément mon attention sur la table d’une librairie. Promeneur mais aussi citoyen du deuxième arrondissement de Paris, l’auteur nous guide dans son quartier, n’hésite pas à entrer dans les commerces et ses églises puis visite quelques monuments. Sur un ton nostalgique, il nous raconte le Sentier, la Bourse, les Grands Boulevards, Montorgueil etc…Parfois poète, parfois rétrograde, Philippe Le Guillou se dévoile en arpentant les trottoirs de cet arrondissement de Paname qui évolue avec son temps, malgré lui. La lectrice se régale de souvenirs, d’histoire et de légendes. Beaucoup de personnages attachants comme celui de Dehbia, la propriétaire de « la Grappe d’Orgueil », figure emblématique. La lectrice accompagne Philippe Le Guillou dans ses promenades chroniques jusqu’à la frontière avec l’autre monde; un autre arrondissement.  Bon moment de lecture.

Le Chardonneret. D. Tartt

Le Chardonneret par Tartt

Il faut du temps et de la patience pour lire l’épais roman de Donna Tartt. Pour commencer, il est impossible de ne pas tomber sous le charme du tableau de Carel Fabritius (1654) représentant un chardonneret captif. La lectrice rentre dans le roman avec facilité et enthousiasme car Donna Tartt maîtrise son sujet et chasse la moindre trace de lassitude. Théo Decker est le jeune héros New-Yorkais de cette fiction, et notre narrateur par la même occasion. A l’âge de treize ans, Théo est victime d’un attentat au Metropolitan Museum et perd sa mère dans la catastrophe. Avant de quitter les lieux du drame, il s’empare du tableau représentant « le chardonneret ». La suite des évènements ressemble à une descente aux enfers pour cet adolescent abandonné par son père. De New-York à Amsterdam en passant par Las Vegas, la lectrice se laisse entraîner dans ce thriller captivant. Donna Tartt nous parle d’une Amérique à deux faces: celle des privilégiés adeptes du raffinement et l’autre qui montre une Amérique inculte, dominée par l’argent, la violence et la drogue. Finalement, Donna Tartt est une miniaturiste qui soigne le détail comme de la dentelle de Delft; parfois à l’excès. Il faut attendre la fin du roman pour découvrir l’analyse passionnante du tableau et les ultimes confidences de Théo, à l’âge de vingt sept ans. Prix Pulitzer 2014.

Cherub. R. Muchamore

Cette série anglaise, dont le seizième tome vient d’être publié, plaît beaucoup aux adolescents. « Cherub » est un département ultrasecret, des services de renseignement britanniques, qui recrute des agents âgés de dix à dix sept ans. Le premier tome raconte comment James Adam, 14 ans, est recruté dans un orphelinat pour suivre un entraînement d’enfer. Première mission pour notre jeune agent secret. Humour et suspense au programme. Bon moment de lecture.

Libres, insoumises et audacieuses. C. Champenois et C. Bendayan

Ce livre nous est présenté comme « un regard sur le monde » ; Claire Champenois expose les portraits de dix-sept femmes venues d’Orient jusqu’en France. Dans le détail, chacune raconte son parcours, parle de sa famille et nous confie une part d’intimité. Pour la majorité, il a d’abord été question d’un combat pour leur liberté et leur indépendance malgré le milieu social, l’éducation et la double culture. Certaines ont bravé la violence, la peur et bien d’autres obstacles pour atteindre le sommet de leur vie professionnelle et gérer une vie de femme, de mère. Rachida Dati ou Najat Vallaud-Belkacem sont, ici, les plus célèbres mais il y a aussi d’autres témoignages stupéfiants: une cinéaste, une astronome, une soprano, une chef d’orchestre, une restauratrice…Les belles photos de Catherine Bendayan contribuent à porter un autre regard sur ces femmes libres, insoumises et audacieuses.

La fille qui n’aimait pas les fins. Y. Hasssan et M. Radenac

Un roman jeunesse, écrit à quatre mains, qui conte l’histoire d’une collégienne amoureuse des livres. Face à sa boulimie de lecture, Maya s’inscrit à la bibliothèque où elle fait la connaissance de Manuelo, un vieux monsieur énigmatique. Les auteurs traitent intelligemment de thèmes très actuels qui poussent nos jeunes lecteurs à la réflexion. Bien sûr, on aimerait que la passion de Maya pour la littérature soit contagieuse. En attendant, le processus d’identification fonctionne chez beaucoup de nos jeunes lecteurs car Maya est une jeune fille sensible qui cherche sa place dans une famille recomposée après une séparation douloureuse. Maya prend la parole puis Manuelo; cette alternance de point de vue est bénéfique pour la compréhension de l’histoire. Beaucoup de fraîcheur dans ce roman constructif. Bon moment de lecture.

Chien de printemps. P. Modiano

Ambiance Sépia pour ce petit roman publié en 1993. Le narrateur revient sur sa rencontre fortuite, trente ans auparavant, avec le photographe Francis Jansen. En 1964, un jeune homme tente de faire de l’ordre dans les archives alors que le photographe disparaît mystérieusement au Mexique. L’écrivain devient alors le double du célèbre photographe et se souvient de son entourage: Colette, Nicole, Gil, Jacques Besse, Eugène Deckers, les Meyendorff etc.. La lectrice retrouve un style, une ambiance mais aussi Paris et les thèmes chers à l’auteur comme celui de l’identité, de la mémoire, du temps qui passe et de la mort. Modiano explore un territoire d’incertitudes et tente de reconstituer ses souvenirs. Cette fois, ce sont des photographies et un film d’action qui permettent, notamment, de retrouver les traces du passé. « Chien de Printemps » est une illusion qui oscille entre rêve et réalité. Bon moment de lecture.

Bain de lune. Y. Lahens

Yanick Lahens nous emmène loin de chez nous. Cette auteure caribéenne conte une saga familiale dramatique qui s’étend sur quatre générations de paysans dont certains opportunistes, en Haïti. Au début du roman, la lectrice est réellement transportée dans ce paysage exotique rural. Munie de son glossaire créole, le dépaysement est total. Malgré cette beauté, la violence, la cruauté et la sauvagerie de certains personnages nous déconcertent. Yanick Lahens raconte, avec ardeur, les histoires d’amour mais aussi les multiples conflits qui déchirent les familles Lafleur et Mésidor, habitants du village d’Anse Bleue. Sous un régime de dictature implacable, il est souvent question de séismes et d’ouragans.  Le style de Yanick Lahens est empreint d’une poésie puissante et tragique: « vivre et souffrir sont une même chose. » L’auteure aborde des thèmes universels comme ceux de l’amour, la mort, la nature, le sacré et l’invisible avec l’immuable île d’Haïti en toile de fond. Bon moment de lecture. Prix Fémina 2014.

La plus belle lettre de St Valentin par Sophie Marie Dumont. Premier prix du concours pour le magazine « Marie France »

Mon amour,

Chaque matin est une promesse de bonheur lorsque je pense à toi. Dès l’aube, j’observe les bateaux glisser sur la Seine comme ton regard qui caresse, à cet instant précis, le papier. Et je me dis qu’aucune sculpture, aucun tableau, aucun livre ou création ne pourra jamais égaler la beauté de mes sentiments pour toi. Je suis celle que tu attends depuis longtemps et je te propose de me découvrir en suivant quelques étapes: en parcourant les petites rues escarpées de Montmartre tu dénicheras mon versant romantique; en croisant les péniches du canal St Martin tu sentiras les tumultes de mon cœur; si tu t’amuses du côté du quartier latin tu connaîtras ma part d’enfance; si tu voyages du côté de Belleville tu découvriras mon goût pour l’exotisme; et si tu croises un couple d’amoureux sur le pont des Arts, tu devineras notre futur bonheur. Je te donne rendez-vous, samedi, dans un petit hôtel romantique de la rive gauche pour, enfin, t’aimer comme personne. A deux pas du Musée d’Orsay, tu ne pourras pas te tromper car tu y croiseras des galeristes, des artistes et quelques habitués de St Germain des Prés. Je te donne un indice: l’hôtel porte le nom d’un écrivain français. A vingt-heures, dirige toi vers la bibliothèque de l’hôtel, je t’y attendrai au coin du feu. Je sais que tu aimes le mystère. Désormais, il te suffit de suivre tout simplement le chemin qui te mène à notre histoire. Mais surtout n’oublie pas: de New-York à Shanghai, d’Amsterdam à Dubaï, quoiqu’il arrive: tu me trouveras au bout du monde.

Remise de peine. P. Modiano

Remise de peine

Ce roman est, pour moi, une des meilleures fictions de Patrick Modiano. En effet, l’auteur donne l’impression de nous faire partager une part plus intime de lui: son enfance avec son frère. Au début des années cinquante, Patrick, alias Patoche, et son frère Rudy sont confiés à de curieuses amies de leurs parents, éternellement absents. L’auteur a vingt-cinq ans lorsqu’il se remémore des lieux, des mots, des personnages, des jeux et des histoires…Ce qui est bouleversant, ici, c’est la capacité de Modiano à se mettre à la hauteur de l’enfant qu’il était et à retracer des souvenirs avec son frère comme leurs peurs et fantasmes liés au château du marquis de Caussade. Il y a, dans ce roman, une touche supplémentaire de mystère et de merveilleux qui procurent, à la lectrice, une vaste palette d’émotions tout au long de la lecture. Excellent moment de lecture.

Rue des boutiques obscures. P. Modiano

Ce roman, publié en 1978, ressemble à un film du cinéaste belge André Delvaux (« Un soir, un train », « Benvenuta », « Rendez-vous à Bray  » …) tant la limite entre l’onirique et le mystère est floue. Les thèmes de la mort et du temps qui passe sont omniprésents dans les deux oeuvres ce qui rend l’atmosphère singulièrement étrange et inquiétante. Modiano est profondément marqué par la Belgique flamande alors que Delvaux est le symbole même du cinéma belge moderne. L’histoire du roman est celle de Guy Roland, un détective amnésique qui part à la recherche de son passé. La lectrice retrouve les pièces du puzzle préféré de Modiano: des noms, des lieux, des bottins, des voix, ses parents, son frère Rudy, l’enfance, l’évocation de l’Occupation, Paris et sa banlieue…L’enquête de Guy Roland le mène de Paris à Mégève jusqu’à Bora Bora et Rome où il retrouve une adresse: 2 rue des boutiques obscures. Comme toujours chez Modiano, le narrateur tente de reconstituer un passé sans vraiment y parvenir. Sous prétexte d’une enquête, Modiano se demande: qu’est-ce qu’une vie? L’excipit du roman: « Elle a déjà tourné le coin de la rue, et nos vies ne sont-elles pas aussi rapides à se dissiper dans le soir que ce chagrin d’enfant? » répond à l’incipit: « Je ne suis rien. » Prix Goncourt 1978.

L’herbe des nuits. P. Modiano

L'Herbe des nuits

Ce roman publié en 2012 est un mélange d’oubli et de mémoire, là où Modiano excelle. Jean, le narrateur de cette quête, remanie son carnet noir, aux notes disparates, afin de reconstituer le passé et comprendre certains faits. A Paris, au cours des années soixante, il rencontre Dannie, une jeune femme aux multiples identités, qu’il va chercher à cerner. « Qu’est-ce que tu dirais si j’avais tué quelqu’un? » lui avait elle demandé; en vain. C’est donc bien plus tard, grâce au commissaire Langlais et son rapport d’enquête, que notre narrateur va pouvoir analyser cette zone d’ombre. Comme d’habitude, dans les romans de Modiano, la frontière entre le réel et l’onirique est floue tout comme la notion de temps: « ..le temps palpite, se dilate, puis redevient étale, et peu à peu vous donne cette sensation de vacance et d’infini que d’autres cherchent dans la drogue, mais que moi je trouvais tout simplement dans l’attente. » Modiano traverse Paris dans un brouillard nostalgique où il croise les fantômes du passé et nous offre une oeuvre cartographique. Bon moment de lecture.

La gaieté. J. Lévy

La gaieté par Lévy

Lire un roman de Justine Lévy, c’est comme ouvrir une boite de bons chocolats: on déguste. Dans ce quatrième roman, Louise, alias Justine Lévy, a décidé d’arrêter d’être triste lors de sa première grossesse. Il est vrai qu’elle en connaît un bout sur la tristesse et le chagrin. Elle se souvient de la rencontre avec le père de ses enfants au moment où elle hésitait « entre la défenestration et le meurtre ». Au cours de la lecture, son mal-être nous empoigne tandis que ses petits remèdes font sourire: « …mes « Nicorette » qui me font zozoter » .  Malheureusement, les grossesses convoquent l’enfance et certains mauvais souvenirs ressurgissent. Louise se pose des questions, cherche les réponses et escamote sa mémoire à volonté. Ce roman ressemble à une confidence encombrée de tristesse. Le style de Justine Lévy est toujours aussi direct, plein de dérision, d’humour et de cynisme. Les phrases sont longues comme ses cheveux d’enfant avant qu’une méchante marâtre ne les coupe. Sa mère est omniprésente; il est également question du père (BHL) qui apparaît toujours comme l’homme fort de la situation. Elle décrit également son quotidien en famille avec Pablo et ses enfants. Il faut bien avouer que les passages les plus réjouissants sont ceux qui racontent justement son quotidien de mère et quelques anecdotes enfantines. Mais Louise est toujours rattrapée par ses peurs, ses angoisses et son éternelle crainte de l’abandon. Alors, la lectrice ressent l’envie de la rassurer, de taire ses incertitudes et de lui préparer un bon couscous au beurre avec des raisins secs. Heureusement, Louise fait barrage aux mauvaises transmissions… Mieux que le Xanax, le Doliprane ou le Cymbalta, espérons que la gaieté fasse bientôt son effet. Bon moment de lecture.