Les moissons funèbres. J. Ward

Les moissons funèbres par Ward

Il règne un malentendu à propos du thème principal de ce roman américain. En quatrième de couverture, la lectrice découvre le sujet : la mort de cinq jeunes hommes noirs qui sont tous morts dans des circonstances violentes au Mississippi. En réalité, il faut bien comprendre que ces décès n’ont aucun lien entre eux et que ces jeunes n’ont pas été victimes de bavures policières avant de commencer la lecture. Les amis de Jesmyn Ward sont morts à cause de la drogue, de la dépression, de la violence routière…Ce roman est, en fait, un récit autobiographique qui expose les difficultés de la communauté afro-américaine. La lectrice aime la voix poétique de Jesmyn Ward qui raconte, de manière très touchante, son enfance et sa jeunesse dans une famille déchirée. De l’encre de sa plume coulent une colère, une amertume, une tristesse profonde, une soif de revanche ; au bord de la victimisation. La force des mères, de cette communauté noire qui se battent pour leurs enfants, impressionne. L’auteure épate grâce à son parcours vers la réussite et malgré les obstacles. Tandis que les hommes de son entourage profitent, trompent et abandonnent leurs familles. Le déterminisme social, le ravage des cyclones et inondations, le racisme, les disparités sociales, l’amour et l’amitié sont les grands thèmes de ce roman bouleversant. Bon moment de lecture.

Poupée volée. E. Ferrante

Poupée volée par Ferrante

L’auteure de la saga « L’amie prodigieuse » a publié ce roman, italien et féminin, en 2009. Derrière le mystère de la réelle identité d’Elena Ferrante, se cache certainement une mère tant elle parle de la maternité avec justesse. Leda, la narratrice, est une femme au caractère bien trempé qui part seule en vacances au bord de la mer. Sur la plage, Leda observe une famille italienne dont Nina et sa petite fille Elena. Un jour, la poupée d’Elena disparaît et la petite fille reste inconsolable. La poupée n’est pas perdue, elle a été volée par Leda. Mais pourquoi ce geste ? En analysant sa conduite, Leda revient sur son passé et se souvient de sa soif de liberté, de sa difficulté à assumer son rôle de mère et d’épouse. La poupée joue ici un rôle de catalyseur. Les thèmes de la famille, du couple, de l’abandon, de la culpabilité…sont traités avec talent. Anti-héroïne, Leda apparaît comme une femme irascible et égoïste, incapable de se confronter à la frustration…tout ce qu’une femme, une mère, tente de rejeter dans sa propre existence. Excellent moment de lecture.

Sauvons les oiseaux ! D. Boone

Danièle Boone - Sauvons les oiseaux ! - 10 actions pour (ré)agir !.

Ce petit livre, publié avec le soutien de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, nous propose dix actions pour réagir face à la diminution des populations de volatiles : préserver les haies, installer des mangeoires, mettre de l’eau à disposition, bannir les pesticides… à la campagne comme en ville. D’après les scientifiques, l’état des lieux est alarmant. En cause : le réchauffement climatique et l’émergence de nouveaux virus, l’utilisation intensive de pesticides, la multiplication des chats domestiques, le manque de refuges… Engagée dans la défense de la nature, Danièle Boone tire le signal d’alarme et nous invite à participer au sauvetage de nos oiseaux. Nous pouvons tous y contribuer en nous rapprochant des associations et en agissant concrètement pour respecter la faune de notre région.

Armance. Stendhal

Armance par Stendhal

Si vous aussi vous connaissez une fille qui s’appelle Armance, offrez-lui le premier roman de Stendhal (1827), peu connu du grand public. Stendhal situe son roman en France, à l’époque de la Restauration. Un aristocrate, Octave de Malivert, est amoureux de sa jeune et tendre cousine : Armance de Zohiloff. L’amour est-il réciproque ? Oui mais malheureux. Octave se refuse à aimer Armance pour une raison secrète. À la suite d’un accident, il souffrirait d’un mal mystérieux. Dans un élan d’amour, les deux tourtereaux se tournent autour sans jamais réussir à atteindre leur bonheur. Héros romantique et mélancolique, Octave est incapable de se satisfaire. Naïve, Armance ne vit que pour ce bel amour et subit les humeurs de son cousin dans la souffrance. André Gide a dit à propos du roman : « De tous les livres de Stendhal, je tiens celui-ci pour le plus délicat et le plus joliment écrit. » La lectrice ne partage pas l’avis de Gide car l’impossibilité d’aimer exaspère tout au long de ce récit énigmatique.

Rue des Pâquerettes. M. Charef

Rue des Pâquerettes

Mehdi Charef publie un récit autobiographique, première partie d’une trilogie. L’auteur algérien se souvient de cette année 1962, au moment où sa famille quitte Oran pour rejoindre leur père en France. Faute de logement, la famille campe dans un bidonville de Nanterre, là où va s’entasser la main d’œuvre immigrée. La lectrice découvre l’univers de cet enfant en exil, inscrit à l’école de la rue des Pâquerettes. La voix du petit berger résonne au-delà des mots pour décrire le quotidien, la banlieue, le choc des cultures…mais aussi ce maître, monsieur Raffin, qui lui enseigne la littérature française et la poésie. Du haut de ses dix ans, le narrateur évoque, avec tendresse, son amour pour ce père qui lui a tant manqué mais aussi la souffrance de sa mère. Sur son chemin, ce narrateur, particulièrement attachant, croise quelques personnages atypiques : monsieur Grégoire, la prostituée du café, Fékir, Bao, Gwenn…Avec talent, Mehdi Charef raconte une enfance au soleil puis le déracinement, du rire aux larmes. Avec émotion, nous découvrons sa solitude, sa naïveté, sa curiosité ; le temps des premiers émois. Bon moment de lecture.

Le Balcon de Dieu. E. Ebodé

Le balcon de Dieu

Eugène Ebodé publie un réquisitoire sous la forme d’un roman. L’écrivain nous parle de la situation de Mayotte, ce département français au bord de l’implosion. Un couple idéaliste blanc, Sud-Africain, s’installe à Mayotte pour apporter son assistance à la population locale. Après quelques démarches administratives laborieuses, Donovan enseigne l’anglais à l’école et Mélania ouvre son cabinet de kinésithérapeute. Le couple s’implique, s’engage…mais jusqu’où ? Eugène Ebodé a lui même enseigné le français, durant deux ans, sur cette île paradisiaque où la nature est luxuriante et les lagons étincelants. Rapidement, le couple découvre l’envers du décor : une île française à l’abandon comme ses hordes d’enfants mahorais. Délabré, l’archipel est soumis à toutes sortes de violences climatiques et sociales : glissements de terrain meurtriers, bidonvilles insalubres, violence, manque d’infrastructures, inceste, contamination de l’alimentation par des pesticides, islam rigoriste…effaré, le couple constate à quel point les solidarités locales ne fonctionnent pas, notamment à cause du passif esclavagiste de Mayotte et de cette haine, entre communautés, qui persiste. A travers sa fiction, Eugène Ebodé rend hommage aux écrivains locaux pour que l’écriture ne déserte pas. L’auteur cherche à interpeller le lecteur mais son plaidoyer étouffe l’intrigue, le rythme du récit est saccadé. Finalement, ce roman se lit comme le discours d’un homme qui nous alerte à propos de l’état de désolation de « l’île aux parfums ».

Inventer les couleurs. G. Paris

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Gilles Paris retombe en enfance et publie un roman d’apprentissage joliment illustré par les dessins d’Aline Zalko. C’est l’histoire d’un garçon, Hyppolite, qui vit seul avec son papa suite au départ de sa mère avec le père de Gégé. Le père d’Hyppolite travaille à l’usine, du côté de Longjumeau, pendant que son fils unique fréquente Antar, Firmin et Fatou dans une école où ils font les quatre cents coups. Heureusement, Hyppolite dessine des maisons arc-en-ciel, invente des couleurs, se plonge dans son imaginaire pour échapper au quotidien. Le point fort de ce livre jeunesse repose sur la poésie qui se dégage du texte, magnifiée par le flamboyant coup de crayon de la dessinatrice. Il s’adresse aux lecteurs de plus de dix ans, accompagnés d’un adulte, pour bien interpréter les mots, parfois crus, et le sens du texte. Dans ce roman illustré, il est question de mixité, de liberté, d’amour, d’imagination…pour voir la vie autrement. Bon moment de lecture.

De terre et de mer. S. Van der Linden

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Comme à son habitude, Sophie Van der Linden nous livre une fiction délicate dont le personnage principal est peintre. À la veille de la première guerre mondiale, Henri débarque sur l’île de B. pour renouer avec Youna, la femme poète qui occupe son cœur. Mais rien ne se passe comme prévu et Henri erre sur l’île où il va rencontrer quelques personnages pittoresques. Par petites touches, par image, l’auteure cisèle son texte. Au fil des pages, la lectrice découvre la beauté de l’île à travers des paysages, des sensations ; l’état d’un lieu préservé de la modernité. Comme dans un tableau de Corot ou d’Eugène Boudin, une forme de romantisme émerge de ce roman d’amour singulier. Bon moment de lecture.

La goûteuse d’Hitler. R. Postorino

La goûteuse d'Hitler par Postorino

Saviez-vous qu’Hitler utilisait des femmes allemandes pour valider sa nourriture ? En lisant un journal, Rosella Postorino découvre l’existence de Margot Wölk, la dernière goûteuse du Führer. Inspirée, l’auteure italienne nous raconte l’expérience singulière de cette femme allemande qui a risqué quotidiennement sa vie durant la Seconde Guerre mondiale. La narratrice de cette fiction puissante s’appelle Rosa Sauer. Contre sa volonté, elle va goûter les plats du Führer alors que son mari est porté disparu en Russie. Dès les premières pages, la lectrice est décontenancée par le point de vue de la narratrice : une allemande qui fréquente les nazis et tombe amoureuse d’un SS. Sans jamais porter de jugement, l’auteure nous interpelle : qu’auriez-vous fait à la place de Rosa ? En s’appuyant sur diverses anecdotes, Rosella Postorino replace Hitler dans sa position d’être humain : un homme végétarien, paranoïaque, souffrant de flatulences et d’insomnies. Dans ce roman captivant, il est question de désir, d’amour, d’amitié, de fidélité, de culpabilité…Ce livre a déjà remporté une série de Prix littéraires en Italie, certainement parce qu’il relate remarquablement l’histoire singulière d’une femme à une époque particulière de notre histoire. Excellent moment de lecture.

L’enfant de Bruges. G. Sinoué

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Ce thriller, publié en 1999, se déroule à Bruges, au XVème siècle. À cette période, la première place financière d’Europe attire de nombreux marchands et provoque une floraison dans les domaines artistiques et culturels. Jan Van Eyck, le grand peintre primitif flamand, est un personnage central du roman. Gilbert Sinoué nous ouvre les portes de son atelier et nous renseigne à propos de l’état des connaissances et différentes techniques picturales, en pleine Renaissance. Il est question, ici, de conspirations, de religions et de complots ; un grand secret. Van Eyck et d’autres artistes deviennent la cible de mystérieux criminels. Jan, le jeune fils adoptif du maître, assiste à d’étranges assassinats et se retrouve menacé à son tour… Mais pourquoi ? Grâce à un impressionnant travail de recherche, Gilbert Sinoué maîtrise le suspense jusqu’au bout de sa fiction, même si la fin déçoit. Cette fresque historique a le grand mérite de nous propulser à travers les brumes de Flandre en 1441. Bon moment de lecture.

Après Constantinople. S. Van Der Linden

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Comment choisir un livre ? Pour ma part, j’avoue avoir acheté ce roman parce que je suis (aussi) l’homonyme de l’auteure. C’est donc la curiosité qui m’a fait découvrir cette fiction sensuelle, délicate. Sophie Van Der Linden nous entraîne dans les confins de l’Empire ottoman, au XIXème siècle, à l’heure de l’orientalisme. Participant à une mission diplomatique, un peintre parisien prolonge son voyage afin d’acquérir une fustanelle, un pantalon traditionnel ample et évasé. Égaré, il se retrouve prisonnier dans un domaine où règne une sultane à la peau d’ébène… La lectrice se laisse emporter par la beauté et la poésie des tableaux de ce peintre singulier, Georges-Henri François. Grâce au talent de l’auteure, la lectrice accède à la représentation de son art : une perspective, le velouté des textures, une nuance de couleur, des jeux de lumière…L’imaginaire s’emballe, les sens sont en éveil tout au long de la lecture de cette fiction poétique. Avec un certain sens de l’esthétisme, Sophie Van Der Linden nous propose un voyage en orient teinté de romantisme. Excellent moment de lecture.

Flamboyant Second Empire ! X. Mauduit et C. Ergasse

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La France est entrée dans la modernité entre 1852 et 1870, sous le Second Empire et grâce à Napoléon III, longtemps décrié par Victor Hugo ou Emile Zola. Homme complexe et visionnaire, l’empereur a cherché à améliorer la vie de ses concitoyens et à réduire la misère. Sous son impulsion, le Baron Haussmann transforme Paris, le chemin de fer se développe, le niveau de vie des français s’accroît, les femmes accèdent à l’enseignement supérieur, la révolution industrielle est en marche et les sciences évoluent. Sous Napoléon III, les inventions pullulent, l’art foisonne, les affaires et les fortunes se développent. L’impératrice Eugénie contribue également au rayonnement de la France grâce à la mode et aux fêtes impériales. Le patrimoine culturel français provient de cette période singulière, inspirante pour les peintres, architectes ou écrivains. D’ailleurs, l’empreinte de cette ère créative est encore visible aujourd’hui partout en France. Une époque flamboyante à redécouvrir grâce à ce livre écarlate, bourré d’humour. Bon moment de lecture.

L’empreinte. A. Marzano-Lesnevich

Couverture L'Empreinte

Alexandria Marzano-Lesnevich, étudiante en droit à Harvard, raconte comment ses convictions vacillent le jour où elle se retrouve confrontée au cas d’un pédophile, condamné à mort : Ricky Langley a assassiné un garçon de six ans dont le t-shirt est maculé de sperme. La jeune étudiante en droit analyse cette affaire qui vient la confronter inopinément à sa propre histoire : durant l’enfance, son grand-père a abusé d’elle et de sa petite sœur. Ce qui captive, dans ce récit singulier, c’est tout d’abord l’angle choisi par l’auteure pour retracer l’affaire criminelle. Dans sa longue et minutieuse enquête, son propre récit croise et entrecroise celui du meurtrier en nous interpellant sur des questions fondamentales : un avocat peut-il rester impartial ? Une enfance douloureuse peut-elle « excuser » un crime ? L’enfance nous détermine -t-elle inexorablement ? En s’appuyant sur des archives judiciaires, articles de journaux, reportages télévisés, et même une pièce de théâtre, l’auteure façonne sa narration et tente de rester au plus près de la réalité. La lectrice est impressionnée par le style, l’intelligence et la maîtrise de l’auteure. Ce récit auto-biographique est un témoignage bouleversant, empreint de violence, de secrets de famille et de mensonges. Prix du Livre Etranger JDD/France Inter. Excellent moment de lecture.

Vital ! Dr. F. Saldmann

Couverture

Voici un recueil de bons conseils pour optimiser votre santé. Le docteur Saldmann publie un nouveau livre ; lui qui est passé maître dans l’art de vulgariser la médecine. Avec humour, il nous parle d’hygiène : laver son corps, sa bouche, ses ongles et son anus ! En s’appuyant sur des études scientifiques, il explique comment la saleté nous empoisonne et pourquoi la poussière fait grossir. Le mental et le physique étant étroitement liés, Frédéric Saldmann nous invite à vieillir jeune en adoptant un nouveau mode de vie. Après quarante ans, diminuons nos portions alimentaires, pratiquons un sport et le twist pour éviter la constipation ! Savez-vous à quel point la lumière est précieuse pour le bon fonctionnement de votre métabolisme ? L’importance du sommeil, de l’alimentation et du sexe sont des sujets abordés sans complexe. D’après l’auteur, le bonheur soigne alors arrêtons de nous faire du mauvais sang, de mentir ou de subir à longueur de journée ; câlinons-nous. En refermant cette bible, il reste à appliquer ces grands principes au quotidien afin de renforcer notre capital santé, c’est vital !

La lumière est à moi. G. Paris

La lumière est à moi et autres nouvelles par Paris

L’enfance cabossée est le dénominateur commun des ouvrages de Gilles Paris. Après le succès de son roman « Autobiographie d’une courgette », adapté au cinéma en 2016, Gilles Paris nous invite à découvrir dix-neuf nouvelles qu’il faut lire avec délectation. La plus jolie nouvelle, celle qui reflète une atmosphère singulière et exotique, est selon moi : « Les pétales jaunes de Panarea. » Dans ce recueil poétique, il est question d’enfance, d’adolescence, de culpabilité, de mensonges, de secrets mais aussi d’amour et de tendresse ; premiers émois. Les enfants ou adolescents sont attachants, souvent spectateurs de la souffrance des adultes. Chaque lecteur, lectrice, retrouvera, dans ce recueil, une part intime de sa jeunesse. Au fil des pages, Gilles Paris passe de l’ombre à la lumière pour faire vibrer nos émotions. Bon moment de lecture.

Un château à Ipanema. M. Batalha

Couverture Un château à Ipanema

Nous sommes à Rio de Janeiro, en 1904. L’ambassadeur de Suède et sa femme, Johan et Birgit Jansson, s’installent dans la petite station balnéaire d’Ipanema, non loin de Copacabana. Ils se font construire un château et transforment Ipanema en une destination paradisiaque et prisée. L’auteure, Martha Batalha, s’inspire de la vraie vie de ce couple loufoque pour construire son roman. La première partie du livre captive. Birgit est une femme instable, mère de trois garçons, amoureuse et aimée par son mari. Ipanema a le pouvoir d’apaiser ce couple, malgré les tempêtes. Ensemble, ils aiment se promener sur le rivage…avant le drame. Ensuite, le rythme s’emballe. Les personnages se multiplient, les péripéties aussi et la lectrice se retrouve déboussolée. Pourtant, l’auteure a le mérite de nous faire découvrir un pan de l’histoire du Brésil. Il est question d’évolution urbaine jusqu’à l’émergence des favelas mais également de l’apparition du sida dans la communauté homosexuelle et de la place des femmes dans la société. Le style de Martha Batalha est vif et coloré ; elle parsème son roman de vocabulaire brésilien et de traditions culinaires. Avec talent, elle décrit la force des sentiments, la beauté des paysages et des villes, l’intérieur d’édifices ou d’appartements…comme elle décrit le quotidien d’une famille, d’une domestique ou l’état d’un couple au bord de la rupture. Moment de lecture singulier.

Dictionnaire du Bassin d’Arcachon. O. de Marliave

Olivier de Marliave - Dictionnaire du bassin d'Arcachon.

Vous aimez la baie d’Arcachon ? Savez-vous ce qu’est un gaillet ? L’oyat ? Connaissez-vous les origines de la dune du Pilat ? Ce dictionnaire illustré nous renseigne sur l’histoire, les traditions, la faune et la flore de cette magnifique région du Sud Ouest de la France. Olivier de Marliave, son auteur, nous fait découvrir ceux qui ont fait la renommée du Bassin d’Arcachon : les frères Pereire, Xavier Mouls, Sophie Wallerstein… et, avant eux, les hommes à l’origine de la pisciculture, l’ostréiculture, la sylviculture…Grâce à ce livre passionnant, nous découvrons aussi l’hydraulique, les techniques de pêche et les activités nautiques du bassin ; un milieu sauvage et dangereux pour les marins au niveau des passes. Cet ouvrage captivant est indispensable à ceux qui souhaitent s’informer à propos de ce lieu de villégiature paradisiaque.

La folie Tristan. G. Sebhan

La folie tristan

Il règne un curieux climat dans les romans de Gilles Sebhan. « La folie Tristan » fait suite au vénéneux roman « Cirque mort » , une fiction angoissante dans laquelle des animaux de cirque étaient massacrés. Âme sensible s’abstenir (comme moi). Cette fois, le personnage du lieutenant Dapper a été blessé par balle et hospitalisé dans un vieil hôpital de province. Heureusement, son fils Théo a été retrouvé après trois mois de captivité mais les liens entre le père et le fils se sont distendus. Pour mieux comprendre ses réactions, Dapper convoque son passé d’enfant abandonné, maltraité par sa mère. Il décide d’enquêter sur les origines de sa naissance et à propos d’étranges disparitions d’enfants. Son enquête le mène à un certain docteur Tristan…Il est question d’amour, de cruauté, de filiation et de folie dans ce policier déroutant, bien loin du roman éponyme de Tristan et Yseult.

Salina. L. Gaudé

Pour bien commencer cette nouvelle année, voici un roman magnifique, publié en 2018. L’univers de cette fiction est imaginaire et antique mais Laurent Gaudé s’inspire de l’Afrique et de la situation actuelle des migrants pour raconter « Salina, les trois exils ». Salina est le personnage central de cette histoire ; une enfant aux larmes de sel, recueillie par le clan Djimba. Adolescente, Salina aime passionnément Kano mais la voici contrainte d’épouser Saro qui, au contraire de l’aimer, la maltraite pour la soumettre. Un jour, Saro agonise au combat. Salina éveille la colère du clan en accablant son mari au lieu de l’apaiser. Maudite, Salina va vivre une existence d’humiliation, de rage et de colère, loin du clan, à l’orée du désert. Finalement, au milieu d’un paysage minéral et désolé, Salina meurt à son tour. Son dernier fils, Malaka, va lui chercher une sépulture ; lui offrir un dernier repos sur une île, un cimetière… Fable mystérieuse d’amour, de vengeance et de haine, ce roman est à la fois puissant et profondément bouleversant. Excellent moment de lecture.

Elizabeth II ou l’humour souverain. S. Clarke

Stephen Clarke - Elizabeth II ou l'humour souverain.

Si vous vous rendez à Londres, profitez du voyage pour lire ce petit livre amusant. Stephen Clarke y dévoile quelques anecdotes et indiscrétions à propos du sens de l’humour, so british, de la reine Elizabeth II. Rappelez-vous cette séquence où la reine apparaît, en personne, aux côtés de James Bond à l’occasion des Jeux Olympiques de Londres. Derrière son air sévère et coincé, la reine Elizabeth II serait, en réalité, une femme fantasque, moderne, guindée mais pas snob. Passionnée d’équitation et de son armée de chiens (corgis), la reine prendrait même du plaisir à singer quelques chefs d’Etats. En définitive, et d’après l’auteur, Sa Majesté est une femme profondément humaine contrairement aux paroles de la chanson « God save the queen » des Sex Pistols. Bon moment de lecture.

Porsche. Un art de vivre. T. Cortesi – M. Levivier

Porsche, un art de vivre

Aimez-vous les belles voitures ? Si la réponse est positive, vous prendrez du plaisir à feuilleter ce magnifique ouvrage, l’album de la grande famille des passionnés de l’univers Porsche. À travers ce livre grand format, à la couverture patinée, la lectrice découvre les témoignages de ceux qui font revivre des modèles devenus iconiques : Dominique raconte la restauration de sa Porsche 356 SC, Peter retrace la création de la marque « Lightspeed Classic », Régis cultive sa passion de collectionneur et dévoile sa 718 RSK Spyder de 1959…Chacun y détaille les performances techniques et mécaniques de son modèle préféré. Le journaliste Michaël Levivier (Moto Journal) collabore, ici, avec le photographe Thomas Cortesi pour nous faire rêver….en attendant la Porsche 100% électrique. Un livre à glisser sous le sapin…

L’autre côté du paradis. S. Koslow

L'autre côté du paradis

Sally Koslow nous plonge dans le Hollywood des années trente pour faire revivre le flamboyant Francis Scott Fitzgerald, le grand écrivain américain, auteur du splendide : « Gatsby, le magnifique ». Séparé de sa femme Zelda (internée pour problèmes psychiatriques), scénariste pour le cinéma, Scott rencontre Sheilah Graham, une jolie chroniqueuse mondaine qui revient de loin. En effet, Sheilah ne s’appelle pas Sheilah. Elle cache son identité et sa misérable enfance à Londres…Loin de la Seconde Guerre mondiale et du fantôme de Zelda, nos deux tourtereaux vont s’aimer passionnément. Pourtant, l’alcoolisme de Scott et ses nombreux déboires viendront parasiter leur grand amour. À partir de documents et journaux intimes, l’auteure a réussi à retracer, talentueusement, cette liaison romantique et chaotique. Les personnages de Scott et Sheilah sont attachants, cyniques, drôles, intelligents…Grâce au rythme, au style et à l’écriture de Sally Koslow, la lectrice entre dans l’intimité de ce couple glamour avec, finalement, l’étrange impression de l’avoir connu. Le titre est un hommage au roman : « L’envers du paradis » de….Francis Scott Fitzgerald. Le destin est ce que nous faisons de la fatalité. Excellent moment de lecture.

La cuisinière. M. B. Keane

Voici un roman américain passionnant à propos de celle qui a été désignée comme étant « la femme la plus dangereuse d’Amérique » au début du XXème siècle. Pourquoi cette femme était-elle dangereuse ? Le roman raconte l’histoire vraie de Mary Mallon, une immigrée irlandaise qui débarque à New York pour travailler comme cuisinière dans des maisons bourgeoises où, bizarrement, certaines personnes décèdent de la typhoïde. Un médecin finit par faire le lien entre Mary et la maladie. Il découvre qu’elle est, malheureusement, porteuse saine de la typhoïde.  Face à cette employée qui sème la mort, malgré elle, les autorités sanitaires américaines décident de l’isoler et donc de l’envoyer en quarantaine sur une île face à Manhattan. Grâce aux journaux de l’époque et d’autres ouvrages, l’auteure retrace le parcours d’une femme qui perd sa liberté et, son seul amour, Alfred. Ce roman à suspense passionne car il est écrit comme un thriller, une enquête à rebondissements. Le personnage de Mary est attachant par sa sensibilité, sa force, son naturel. La lectrice est constamment partagée entre injustice et interrogation. Finalement, ce roman captive et offre un regard précis sur la vie, au début du siècle dernier, des domestiques et ouvriers de New York. Excellent moment de lecture.

Les émotions cachées des plantes. D. Van Cauwelaert

Les émotions cachées des plantes

Récemment, un garde forestier allemand, Peter Wohlleben, a dévoilé la part cachée des forêts dans son best-seller : « La vie secrète des arbres. » Didier Van Cauwelaert, fils d’une horticultrice et Prix Goncourt (1994), nous propose de découvrir les émotions des plantes. Après la lecture de son livre, vous ne regarderez plus votre plante verte de la même manière (et elle non plus). D’après les chercheurs, les plantes sont sensibles, capables d’émotions. Preuves à l’appui, l’auteur vulgarise toutes sortes de données scientifiques impressionnantes pour mieux nous renseigner sur le sujet. Ainsi, une plante serait capable de modifier sa structure, sa composition chimique et son apparence en vue de se défendre ou de séduire. D’après la revue « Science », le mécanisme de communication des végétaux s’apparente à notre système nerveux. Pour s’exprimer, les plantes disposeraient de différents niveaux de langage : odeurs, couleurs, molécules volatiles, signaux chimiques, signaux écho-acoustiques…Le chapitre consacré à l’influence de la musique sur les plantes est passionnant. D’après les chercheurs, la musique classique stimule non seulement la croissance mais aussi la résistance et la floraison de plantes qui réagissent aux vibrations. À l’heure où l’homme paie cher les dégâts causés par les pesticides, il est question de développer des engrais sonores ; mélodies thérapeutiques. Dans ce formidable plaidoyer pour le règne végétal, Didier Van Cauwelaert propose de restaurer une certaine harmonie, de bousculer nos repères et de cesser de trahir le règne végétal avant qu’il ne se retourne contre nous en nous privant d’oxygène. Bon moment de lecture. 

Leurs enfants après eux. N. Mathieu

Leurs enfants après eux par Mathieu

Nicolas Mathieu vient d’obtenir le Prix Goncourt pour ce roman français réaliste, fresque sociale d’une époque désillusionnée. Nous sommes en 1992, en Lorraine, dans une ville ouvrière en pleine désindustrialisation. Anthony est un adolescent de quatorze ans qui traîne avec son cousin. Ensemble, ils tuent l’ennui, fument, boivent et transgressent quelques interdits. Au cours de leurs virées, ils croisent d’autres jeunes comme Hacine, Clem, Romain, Sonia et Steph. Durant quatre étés, la lectrice va suivre ces enfants de milieux sociaux différents, le temps des premiers émois : Steph couche avec Simon qui couche avec Clem. Anthony aime Steph et espère secrètement. Hacine se met en couple avec Coralie… Heureusement, le style de Nicolas Mathieu est fluide. L’auteur ressuscite, avec justesse, les sensations, les états d’âme, les sentiments de ces jeunes qui rêvent d’un ailleurs. Dès les premières pages, la lectrice embarque dans cette fiction glauque, chargée de dialogues. Finalement, le désespoir de cette jeunesse française désespère totalement. L’alcool, la misère, la résignation et le désœuvrement finissent par plomber la lecture de ce long roman désenchanté. Prix Goncourt 2018.

Les huit montagnes. P. Cognetti

Les huit montagnes par Cognetti

Dans ce roman d’évasion, Paolo Cognetti nous invite à découvrir la force de la montagne. Inspiré, l’auteur italien raconte l’initiation d’un jeune garçon et son amitié pour Bruno, un montagnard taiseux. Citadin, Pietro découvre la région du Val d’Aoste lors de vacances en famille. L’été de ses onze ans, il parcourt les alpages en compagnie de Bruno et découvre une nature sauvage, un autre monde, une certaine liberté. Ā la recherche de lui même, Pietro va, ensuite, parcourir le monde pour finalement revenir sur les chemins escarpés de la montagne. Avec talent, Paolo Cognetti décrit les paysages de son enfance et les premières sensations d’un garçon face à la beauté de la nature. Il est également question d’amour filial dans ce roman bucolique récompensé par le Prix Strega, Prix Médicis Etranger. Bon moment de lecture.

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. H. Murakami

Au sud de la frontière à l'ouest du soleil - Haruki Murakami

Grâce aux conseils de mon libraire, j’ai choisi ce roman d’amour pour, enfin, découvrir l’écrivain japonais Haruki Murakami. La fiction se déroule à Tokyo vers la fin des années soixante. Hajime est un enfant unique, réputé égoïste et capricieux par les japonais. Ā  douze ans, il fait la connaissance de sa voisine, Shimamoto-san, elle aussi enfant unique. Entre eux, une tendre complicité se forge ; le temps des premiers émois. Comme dans beaucoup d’histoires, la vie va naturellement séparer les deux jeunes complices. Chacun va vivre sa vie d’adulte sans jamais oublier l’autre. De son côté, Hajime rencontre quelques femmes puis se marie. Ā quarante ans, le voici père de deux petites filles, serein dans son couple. Professionnellement, Hajime est l’heureux propriétaire de deux clubs de Jazz. Tout lui sourit. Un jour de pluie, une jolie femme s’installe au bar de son club….les retrouvailles avec Shimamoto-san bouleverse profondément Hajime qui plonge dans la quête d’un inaccessible absolu. Faut-il vivre loin de son premier amour ou chercher à le retrouver ? Excellent moment de lecture.

Fils du feu. G. Boley

Fils du feu par Boley

C’est un fait : nos ados lisent de moins en moins. Heureusement, certaines lectures sont obligatoires au cours de français (merci !). Et voici le parfait exemple d’un roman qui peut réconcilier les plus de quinze ans avec la lecture. Guy Boley est l’auteur de ce roman poétique qui raconte une vie dans un microcosme, un quartier de Besançon, à la fin des années cinquante. Un enfant, Jérôme, décrit son quotidien entre l’école, la forge et la maison familiale où il retrouve ses voisins, sa grand-mère, ses parents, son petit-frère et sa sœur. Le narrateur est émerveillé par cette forge où il voit son père travailler avec Jacky dans un univers de feu, de fer et de mythologie. Puis, surgit un drame qui va laisser place au vide ; un vide à combler. Guy Boley nous offre un roman singulier constellé d’univers, de mots, de métaphores et d’images. La lectrice se laisse emporter par la vie paisible de ce quartier populaire ; un monde artisanal qui va finir par basculer dans la modernité. Comment se construire malgré son passé ? Un roman bouleversant d’intelligence, écrit dans un style incandescent ; une leçon de vie bien utile aux ados d’aujourd’hui. Excellent moment de lecture.

Le jeune homme de Crawley. J. Wulc

Le Jeune Homme De Crawley ; L'histoire Du Leader De The Cure

Jérémy Wulc est un scénariste, fan inconditionnel du groupe anglais « The Cure ». En voulant rendre hommage à Robert Smith (le leader du groupe), Jérémy Wulc signe une oeuvre de fiction originale, largement inspirée de la vie du chanteur punk. Si vous avez adoré les albums du groupe, vous aimerez cette étonnante histoire qui dévoile la part obscure du chanteur anglais ; le jeune homme de Crawley. Ā vrai dire, ce n’est pas le style de l’auteur qui captive la lectrice mais la construction qui se révèle singulière et judicieuse. Tout au long de l’intrigue, les mots défilent aisément comme les souvenirs. L’auteur raconte comment l’amitié, l’amour, le succès mais aussi les doutes, l’alcool et les drogues ont jalonné la vie du musicien. Grâce à sa relation privilégiée avec Robert Smith, Jérémy Wulc signe un récit atypique qui traduit son admiration. Bon moment de lecture.

L’échange des princesses. C. Thomas

L'échange des princesses par Thomas

Chantal Thomas nous propose un livre qui s’apparente à un document et non pas à un roman. En s’appuyant sur de nombreuses archives et correspondances, la romancière nous raconte le véritable échange qui s’est déroulé, en 1722, entre les royaumes de France et d’Espagne. Conformément à une stratégie politique, la princesse de Montpensier se fiance, à douze ans, à Don Luis (futur roi d’Espagne) et l’infante d’Espagne, âgée de quatre ans seulement, est promise à Louis XV. Grâce à une profusion de détails et anecdotes, Chantal Thomas fait revivre ce chassé-croisé, tombé dans l’oubli. Le début du livre captive la lectrice, le récit historique est romancé à souhait et l’enfance sous la royauté est un thème passionnant. Pourtant, au fil des pages, l’auteure reproduit trop de documents illisibles qui finissent par hacher la lecture. « L’échange des princesses » a été adapté au cinéma, par Marc Dugain, en 2017.