Souvenirs d’une morte vivante. V. Brocher

Voici le journal intime de Victorine Brocher, ambulancière et combattante sous la commune (1871), à Paris. Cette sacrée bonne femme témoigne de ce qu’elle a vécu entre 1848 et 1872. Jeune fille, Victorine habitait avec ses parents dans le quartier des Halles. Son père faisait partie de la Garde nationale et de plusieurs comités. La vie familiale militante est agitée, la situation à Paris dégénère, c’est la déchéance de Louis Philippe qui part en exil à Bruxelles. La Révolution gronde en 1848 mais Victorine survit, fonde une famille et note chaque évènement qui mène la République à la Commune et ses atrocités. Ce document est également le journal d’une femme du peuple qui raconte son quotidien, la perte de ses enfants en bas âge dans un Paris insalubre et affamé. Condamnée à mort, en 1871, elle échappera de justesse à la sentence. Victorine confie ses espoirs, ses amours, les privations, la Semaine sanglante…elle retrace ses luttes pour défendre la République en rendant un vibrant hommage aux parisiens qui ont contribué à la marche du progrès pour un meilleur avenir ; notre présent.

La folle histoire de Félix Arnaudin. M. Large

La folle histoire de Félix Arnaudin par Large

Marc Large est un journaliste français, écrivain, réalisateur et dessinateur de presse. Pour écrire ce roman attachant, il s’est intéressé à un homme, un visionnaire qui a immortalisé la Grande Lande au XIXème siècle. En effet, en 1856, le projet impérial vise à implanter de plus en plus de forêts de pins au détriment de la Lande et de ses bergers perchés sur leurs échasses. Félix Arnaudin, fils de propriétaires, est un amoureux inconditionnel de la Lande. Ne supportant pas la défiguration des paysages de son enfance, Félix va consacrer sa vie à répertorier les contes, légendes, chansons…en dessinant et en photographiant sa terre natale et son folklore. Marc Large rend, ici, un bel hommage à celui qu’on appelait « le fou » ; un homme passionné et incompris qui a laissé derrière lui une œuvre magnifique, d’une valeur inestimable. Rédigé dans un style poétique, ce roman nous fait voyager en Gascogne, à l’ombre de la dune du Pilat. Dans cette fiction, l’auteur retrace aussi l’histoire bouleversante d’un amour interdit entre Félix et la servante de la famille, Marie. Bon moment de lecture.

Le territoire du vide. A. Corbin

Le territoire du vide

Alain Corbin est un spécialiste de l’histoire des sens. Dans ce document, il nous parle de la naissance des plages au XVIIIème siècle ; un nouveau territoire. Pour débuter, l’auteur nous explique ce que représente l’océan dans l’inconscient collectif et pourquoi l’homme a longtemps ignoré les plaisirs de la villégiature maritime. Au XVIIIème siècle naît le désir de rivage en Europe du nord, spécifiquement à travers la beauté des paysages hollandais. En dehors des considérations religieuses, des médecins britanniques s’intéressent aux propriétés thérapeutiques de l’eau de mer ; la nature comme remède. D’autre part, les premiers voyages en Italie, dans la baie de Naples, éveillent les sens, conforte l’élite dans sa maîtrise de la nature, des flots. Un public de connaisseurs de peinture des paysages s’agrandit et les premiers guides touristiques apparaissent ; le dessin d’un nouveau plaisir. Le XVIIIème siècle se caractérise par une certaine mélancolie et le fameux spleen. Dès lors, les curistes se ruent sur les rivages d’Angleterre et d’Allemagne, encouragés par les médecins et les hygiénistes. L’invention de la plage accompagne les vertus de l’eau de mer et de l’air pur. Malgré la mode balnéaire, peu de gens savent nager et les femmes craignent le viol oculaire en se cachant au fond des cabines de bain. Parallèlement, les costumes de bain évoluent au fil du temps : chemises, pantalons, peignoirs, jupons, tricots…et finalement, toutes les catégories sociales se confondent au milieu des vagues. Le XIXème siècle marque la naissance des stations balnéaires, notamment en France, et d’un spectacle social. Considéré comme un classique, ce document assez pointu, renseigne à propos des représentations de la mer et du rivage en faisant référence aux mythes antiques.

Isola. A. Avdic

Isola par Avdic

En s’inspirant du célèbre roman d’Agatha Christie, « Ils étaient dix », Asa Avdic propulse la lectrice en 2037, sur l’île d’Isola où six candidats vont devoir se distinguer dans le cadre d’un recrutement secret-défense. Du début à la fin, ce polar suédois se révèle efficace, à la fois captivant et glaçant. Le seul bémol concerne le choix de l’année 2037 car la vie des personnages ressemble étrangement à la nôtre. Tour à tour, l’auteure nous fait entendre la voix des candidats dont celle d’Anna Francis, une femme qui a dirigé un camp de réfugiés dans le protectorat de Kyzul Kym. Après cette expérience, Anna est particulièrement vulnérable. Mère célibataire, elle confie sa petite fille à sa propre mère afin de pouvoir participer à ce projet ; une seconde chance. Sur l’île, Anna a pour mission de mettre en scène sa mort puis d’observer, en cachette, la réaction des autres candidats et leur résistance au stress. Tout est préparé minutieusement. Pourtant rien ne se passe comme prévu. Sur place, Anna revoit Henry, un ancien collaborateur dont elle a été amoureuse. Puis, certains candidats disparaissent mystérieusement. Ce thriller psychologique est une vraie aventure. La lectrice se laisse prendre au jeu, tourne les pages avec frénésie. Au fil de la lecture, Asa Avdic nous tient en haleine, met la pression sans jamais casser le rythme. Bien construit, ce thriller psychologique est une indéniable réussite. Excellent moment de lecture.

Là où les esprits ne dorment jamais. J. Werber

Là où les esprits ne dorment jamais par Werber

Jonathan Werber a eu la bonne idée de s’intéresser aux trois sœurs Fox, les reines du spiritisme au 19ème siècle. De l’autre côté de l’Atlantique, les sœurs prétendent communiquer avec les morts et deviennent célèbres internationalement. Mais n’est-ce pas une incroyable supercherie ? L’agence Pinkerton décide d’infiltrer un agent pour percer le mystère du clan Fox. Pour ce faire, les détectives recrutent une magicienne de rue, Jenny Marton. Dès les premières pages, la lectrice se laisse emporter du côté de New-York, en 1888. Jenny est un personnage particulièrement attachant qui vit chez sa mère avec son lapin et sa colombe. Rien n’est plus agréable que de la suivre dans ses péripéties, au fil des pages de cette enquête réjouissante. Avec ferveur, Jonathan Werber nous plonge dans l’univers de la famille Fox, retrace leur histoire et leur extraordinaire succès. Débordant d’imagination, l’auteur nous parle d’illusionnisme et de magie en livrant quelques tours de passe-passe. Bon moment de lecture.

Les aérostats. A. Nothomb

Les Aérostats par Nothomb

L’an dernier, Amélie Nothomb a publié « Soif », le roman de sa vie. En cette rentrée littéraire 2020, l’écrivaine a choisi de faire paraître ce petit roman, léger comme l’air. Ange est étudiante en philosophie à Bruxelles. Parallèlement à ses études, la jeune femme donne des cours particuliers à Pie, un garçon de seize ans qui souffre de dyslexie. Deux solitudes vont se rencontrer sous les yeux du père de Pie qui les observe à travers un miroir sans tain. Au fil des leçons, Ange lui transmet l’amour de la littérature en l’obligeant à lire des classiques comme « Le rouge et le noir » ou « L’Iliade » et « L’Odyssée ». En tournant les pages, la lectrice reste perplexe face à tant de dialogues et si peu de descriptions. La fin du roman est brutale et imprévisible. Finalement, la lectrice assiste à une leçon de littérature et à une visite guidée de la capitale belge ; la ville d’Amélie Nothomb et la mienne. Le titre énigmatique fait certainement référence à la fragilité des deux personnages principaux. « La jeunesse est un talent, il faut des années pour l’acquérir. »

 

Le grand vertige. P. Ducrozet

Le grand vertige par Ducrozet

Ce roman, à la page, happe la lectrice dès le premier mouvement (chapitre). Il est, ici, question d’écologie et plus précisément de lutte contre le réchauffement climatique. Adam Thobias prend la tête du réseau « Télémaque » dont l’épicentre se situe à Bruxelles, au Parlement Européen. Ce réseau est constitué de scientifiques, d’ingénieurs et spécialistes en matière environnementale. Discrètement, Adam contacte ses nombreux agents internationaux et les missionne en Amazonie, dans la jungle birmane, en Inde ou en Chine. La lectrice se passionne pour ce réseau et ses membres dans une sorte de course contre la montre ; la sauvegarde de notre planète. A cet instant, le roman frôle le polar et captive véritablement. En Amazonie, une fameuse plante concentre l’énergie solaire à un niveau spectaculaire. Adam mandate Nathan pour la ramener en Europe afin d’étudier son fonctionnement. En définitive, la finalité des missions reste nébuleuse, les services secrets s’en mêlent et Adam montre un autre visage. Peu à peu, la lectrice se perd dans cette fiction dont le rythme s’essouffle mais dont le grand mérite est de nous interpeller à propos de l’état de notre planète. A la fois fable écologique et roman noir, le cri de Pierre Ducrozet procure un certain vertige.

L’autre Rimbaud. D. Le Bailly

L'autre Rimbaud par Le Bailly

David Le Bailly est un journaliste qui se passionne pour les « sans-voix », les hommes rayés de la mémoire collective comme le frère invisible d’Arthur Rimbaud. Pour ce faire, il retrace la vie familiale : Arthur et Frédéric Rimbaud sont nés au 19ème siècle, en Ardennes, dans une famille française classique. Les deux frères entrent au collège de Charleville, complices et solidaires. En 1866, les fils Rimbaud posent ensemble sur un cliché afin d’immortaliser leur première communion. C’est cette photo qui illustre la couverture du roman. Seul problème : Frédéric a été, petit à petit, effacé de la photo. Pourquoi ? Y avait-il un bon Rimbaud et un mauvais ? David Le Bailly va mener l’enquête tout en cherchant à réhabiliter ce frère déchu. Arthur est le poète doué et célèbre. Frédéric a arrêté ses études pour devenir un modeste conducteur d’omnibus. Leur mère, séparée du père, est fière d’Arthur, son enfant prodige. Par contre, elle est terriblement déçue par le comportement de Frédéric. Son incompréhension vire à la méchanceté et à l’humiliation publique.  De son côté, Arthur se lie à Verlaine, connaît de multiples déboires puis voyage en Afrique. La complicité entre les deux frères s’étiole…Arthur le traite d’idiot, s’en éloigne définitivement. Le travail de documentation de David Le Bailly impressionne même s’il obtient peu d’informations. L’auteur écume les bibliothèques, analyse les archives et témoignages d’époque, prend contact avec les descendants de la famille Rimbaud pour mieux comprendre le contexte familial. Dès les premières pages, le sujet du roman interpelle la lectrice. Comment fabrique t-on un mythe ? Finalement, en mêlant le réel à la fiction, David Le Bailly montre l’autre visage d’Arthur Rimbaud et tente de réhabiliter son frère maudit. Bon moment de lecture.

Dans les brumes du matin. T. Bouman

Dans les brumes du matin par Bouman

Ce polar se déroule en Pennsylvanie, au milieu d’une nature sauvage composée de collines verdoyantes. Henry est l’officier de police du canton de Wild Thyme où il patrouille régulièrement. Il connaît bien cette région rurale des Etats-Unis et ses habitants comme la famille Swales qui possède des terres bordant le rivage du lac Maiden’s Grove. En échange de travaux, le clan loue une partie de son domaine à un couple de marginaux : Kevin et Penny. Parents et toxicomanes, ceux-ci viennent de se faire retirer la garde de leur fille par les services de protection de l’enfance. Henry connaît déjà ce couple pour une affaire récente de violence conjugale. C’est pour cette raison que notre narrateur n’est pas inquiet lorsqu’il est appelé au domaine suite à la disparition mystérieuse de Penny. Tous les soupçons se portent sur Kevin…pourtant, quelque chose ne colle pas. Dans les brumes du matin, la lectrice monte à bord du pick-up d’Henry pour suivre les péripéties de son enquête : le corps d’un homme a été retrouvé dans le fleuve Susquehanna… Personnage attachant et chasseur à ses heures, Henry n’en finit pas de se dévoiler, de se confier à la lectrice. Veuf, il entretient d’abord une relation discrète avec une femme mariée, une jolie brune nommée Shelly. Pourtant, sa femme, Polly, reste omniprésente ; un chagrin qui ne passe pas. Tom Bouman nous embarque dans cette longue fiction aux tonalités bucoliques et aux accents de country blues. Même si le roman comporte quelques longueurs, l’auteur nous tient en haleine tout au long de cette fiction rurale. Bon moment de lecture.

 

Rien n’est noir. C. Berest

Depuis sa mort, en 1954, Frida Kahlo est devenue une icône, un sujet à la mode, à la fois chic et bohème. Née au Mexique, Frida est victime d’un grave accident alors que sa santé est fragile. Alitée sur son lit d’hôpital, la jeune mexicaine désire s’exprimer et commence à peindre plusieurs auto-portraits. Sa rencontre avec l’artiste mexicain Diego Rivera l’électrise. L’homme est immédiatement séduit par la femme, par son talent et la force d’expression qui habite ses tableaux. Malgré la différence d’âge, les deux artistes se marient pour le meilleur et pour le pire : infidélités, mensonges et trahisons. Claire Berest nous conte la vie chaotique du couple sur une décennie, au moment où Diego est adulé internationalement et où Frida se révèle. A travers une palette de couleurs, l’auteure retrace une vie de femme, ses souffrances, ses espoirs et désespoirs en se focalisant sur la dimension charnelle ; le corps brisé de Frida. La lecture des premiers chapitres est mitigée ; impression de tourner en rond entre les lignes. Finalement, la vie tumultueuse de l’artiste emporte la lectrice jusqu’au bout de la fiction. Grand Prix des Lectrices du « ELLE » 2020.

Miss Jane. B. Watson

Miss Jane

Ce roman est une pépite, un beau texte peaufiné pendant treize ans par Brad Watson. Voici le décor : une ferme misérable du Mississippi où Jane Chisolm vient au monde, en 1915. Malheureusement, la petite fille naît avec une malformation gynécologique. Dans ce milieu rural, et à cette époque, les chances de bénéficier d’une opération sont rares. Il n’existe aucun protocole médical capable de corriger son infirmité. Suivie dès la naissance par son médecin de famille, le docteur Thompson devient rapidement un père de substitution pour Jane car sa famille est pour le moins atypique : un père alcoolique, une mère acariâtre et une sœur qui ne rêve que de partir. Pourtant, l’enfance de la fillette est simple au milieu d’une nature belle et sauvage. A six ans, elle fait son entrée à l’école et se confronte immédiatement à la cruauté des autres élèves.  A l’adolescence, la jeune femme s’expose inévitablement à l’amour, choisissant de taire ses sentiments à cause de son handicap… Même si le roman a été écrit par un homme, je le conseille aux femmes. Les lectrices pourront facilement se projeter, s’identifier à cette jeune fille privée d’une intimité. Un roman poétique et bouleversant à propos du handicap et du regard des autres ; une leçon de courage. Prix des Lecteurs 2020. Excellent moment de lecture. 

Soit dit en passant. Woody Allen

Soit dit en passant par Allen

Woody Allen est un réalisateur américain singulier, amoureux des actrices et de New-York, sa ville natale. Les inconditionnels de ses films, comme moi, ne se lassent pas de revoir « Manhattan », « Annie Hall » , « Match Point » ou, plus récemment, « Un jour de pluie à New-York ». Les premières pages de ses mémoires évoquent une enfance heureuse à Brooklyn dans une famille juive atypique avec une mère autoritaire et un père mafieux. Une certaine passion pour le cinéma se confirme à l’adolescence tout comme son intérêt pour la musique, les matchs de Baseball et les filles. Âgé de 84 ans aujourd’hui, Woody Allen est, tout d’abord, l’un des derniers témoins de la vie artistique new-yorkaise des années cinquante, soixante… Le nombre d’acteurs et actrices qu’il a côtoyé est véritablement impressionnant. Auteur de gags, humoriste, comédien puis réalisateur, il a débuté sa carrière à l’âge de 16 ans en se faisant remarquer du côté de Broadway. Après deux mariages et une histoire d’amour avec Diane Keaton, Woody Allen rencontre sa muse pour le meilleur et pour le pire : Mia Farrow. Traité en paria depuis les accusations d’attouchements sur sa fille adoptive Dylan, Woody Allen tient à donner, ici, sa version des faits et il a raison (la vengeance est malheureusement le moteur de beaucoup de femmes malheureuses). Cependant, au fil des justifications, le livre se transforme parfois en plaidoyer. Finalement, Woody Allen a épousé une autre fille adoptive de sa compagne, Soon-Yi, son épouse depuis 22 ans. Le cinéaste se dévoile tout au long de cette passionnante autobiographie qui lui ressemble, à la fois drôle et cynique. Même si son manque de confiance agace, Woody Allen paraît sincère tout au long du livre. Nous connaissions le travail du cinéaste, nous connaissons maintenant l’homme. Bon moment de lecture.

Sous le charme de Lillian Dawes. K. Mosby

Sous le charme de Lillian Dawes par Mosby

J’ai découvert ce joli roman pendant le confinement alors qu’il a été publié il y a plusieurs années. Katherine Mosby nous présente Gabriel, un jeune homme renvoyé de son pensionnat au moment du décès de son père. Installé chez son frère Spencer, Gabriel va découvrir la vie d’adulte bohème à Manhattan et tomber sous le charme d’une femme belle et indépendante dans le New-York des années 50. Katherine Mosby nous embarque totalement dans cette fiction attachante, en décrivant parfaitement les codes et les règles d’un milieu bourgeois américain à cette époque ( la tante Lavinia est un personnage particulièrement irrésistible). Suivre les pensées de Gabriel, son obsession et ses sentiments naissants pour cette femme mystérieuse a été un réel plaisir de lecture. Qui est Lillian ? Pourquoi utilise t-elle plusieurs identités ? Humour, cynisme et suspense sont au rendez-vous. A la fois chic et rétro, ce roman coup de cœur est réellement divertissant.

Il est à toi ce beau pays. J. Richard

Il est à toi ce beau pays par Richard

Il faut d’abord saluer le formidable travail de documentation réalisé par l’auteure de cette fresque historique. Archives et documents illustrent abondamment cette fiction dense dont le thème principal est la colonisation. Tout commence par l’histoire vraie d’un pygmée nommé Ota Benga. Originaire du Congo, l’homme a été exposé dans la cage du zoo du Bronx. Jennifer Richard nous embarque sur trois continents pour revivre le pillage ordonné par Léopold II au Congo et l’instauration de la ségrégation aux Etats-Unis d’Amérique à la fin du XIXème siècle. Avec brio, l’écrivaine franco-américaine revient sur cette période méconnue, douloureuse, incroyablement cruelle et violente avec une lucidité qui touche au cœur. Sans rien édulcorer, Jennifer Richard raconte les ravages, les tueries, l’orgueil des conquérants : la bêtise humaine à l’état brut. Pourquoi la statue de Léopold II a-t-elle été récemment déboulonnée à Anvers ? Si vous voulez le comprendre, je vous conseille de lire ce roman époustouflant qui renseigne à propos de notre passé de conquérants. Au fil de la lecture, vous partirez en compagnie des explorateurs Stanley et Brazza en pleine jungle africaine mais aussi à Paris ou à Londres avec Jules Ferry et, enfin, aux Etats-Unis aux côtés de ceux qui ont lutté contre la ségrégation raciale. Après la mort de Georges Floyd, ce roman est encore, et plus que jamais, d’actualité. Excellent moment de lecture.

Terra Incognita. A. Corbin

Terra incognita : une histoire de l'ignorance XVIIIe-XIXe siècle

Dans cet essai, Alain Corbin retrace l’histoire de l’ignorance des hommes autour des questions scientifiques. Au XIXème siècle, par exemple, les fonds marins étaient encore silencieux, mystérieux et dangereux. Heureusement, les abysses sous-marines stimulaient le rêve et la littérature (Jules Verne, Victor Hugo…). Pour bien comprendre notre passé, il faut comprendre l’état de l’ignorance de nos ancêtres et des savants. Longtemps, les événements météorologiques sont restés énigmatiques. Un ouragan, l’explosion d’un volcan ou un tremblement de terre signifiaient un signe de Dieu. Avant l’ascension du Mont Blanc, les montagnes représentaient principalement des obstacles et personne n’est allé aux pôles ou a atteint la stratosphère avant le 20ème siècle. Le savoir évolue dans le temps grâce aux découvertes. Aujourd’hui, nous sommes loin de tout connaître. L’émergence de la Covid-19 n’est-elle pas la meilleure preuve de cette ignorance ? Historien du sensible, Alain Corbin nous renseigne, ici, à propos de différentes questions scientifiques comme l’importance des pôles qui s’impose dans cet essai savant. Bon moment de lecture.

Rivage de la colère. C. Laurent

Rivage de la colère par Laurent

1968, Maurice vient de déclarer son indépendance aux Britanniques. Ceux-ci retiennent dans leur escarcelle les îles Chagos, un chapelet de petites îles exotiques habitées par un peuple analphabète et pauvre. Diego Garcia, atoll de sable blanc, se transforme illico en base militaire américaine, en pleine guerre froide ; certaines prisons ont des allures de paradis. Expulsés dans un bidonville de Port-Louis, les chagossiens décident de partir en délégation pour faire valoir leurs droits. Cette fiction est, avant tout, une déclaration d’amour d’un fils à sa mère, une voix criante de vérité : Joséphin raconte la lutte incessante de sa Mamita pour récupérer son île natale. Au fil des pages, le narrateur ravive la passionnante histoire d’amour qui unissait ses parents. L’auteure nous embarque totalement dans cette fiction exotique, poétique, où l’intime se mêle subtilement à l’histoire. Il y est question d’injustice, de doute, d’amour filial, d’amitié et du grand amour. En puisant dans ses racines mauriciennes, Caroline Laurent fait rejaillir l’histoire d’un territoire et ses coutumes. Lecture idéale pour cet été singulier, ce roman permet de voyager au large des Seychelles tout en restant chez soi ; pêcher le poulpe ou ramasser des coquillages « porte-bonheur » sur le rivage. La chaleur de l’été se confondra à la chaleur tropicale du roman. A l’ombre des banians centenaires, deux êtres singuliers, Marie et Gabriel, vont s’aimer éperdument. Bon moment de lecture.

Le détail du monde. R. Bertrand

Pendant le confinement, nous avons assisté à l’éclosion d’un printemps singulier où la nature a repris ses quartiers : le chant des oiseaux à la place des voitures, la dissipation de la pollution au-dessus de nos villes, l’éclatante floraison des arbres et des fleurs au grand bonheur des abeilles…un émerveillement qui a ravivé notre besoin de nous reconnecter à un environnement malmené. Trop souvent inattentifs au monde, nous avons oublié les mots pour décrire une simple fleur, un oiseau, un paysage. Dans cet essai, Romain Bertrand évoque notre rapport à la nature, cette méconnaissance et cette incapacité à détailler le monde tout en dressant la chronique de son oubli. L’auteur revient sur le parcours des naturalistes, formidables portraitistes et philosophes, soucieux de bien décrire le monde afin d’en prendre soin, même si ces passionnés ont finalement basculé de la contemplation à la mise à mort. Car à l’époque de Charles Darwin et Alfred Russel Wallace, les érudits rêvaient aussi le monde entre quatre murs décorés de trophées : animaux empaillés, collections de papillons épinglés… Romain Bertrand dénonce ici le paradoxe de ces pionniers habités à la fois par le désir insensé d’inventorier la nature et de se l’approprier ; l’amour apache. Dans un style poétique, l’auteur explore le territoire de l’histoire naturelle au temps de Goethe et Humboldt lorsque les sciences se combinaient à la poésie, la peinture et la littérature ; une littérature abondante dans laquelle l’homme ne prenait pas le dessus car tout comptait infiniment (« Les voyages de Gulliver » de Jonathan Swift, « Robinson Crusoé » de Daniel Defoe…). Plus tard, Francis Ponge exprime à travers ses poèmes, son incapacité à rester dans le ton et la texture du monde. Captivé par son sujet, Romain Bertrand nous fait voyager dans le temps et dans de lointaines contrées en ravivant des sensations bucoliques. Au fil des pages, l’auteur nous incite à renouer le dialogue avec la nature. Bon moment de lecture.

Une petite robe de fête. C. Bobin

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Grâce à l’émission « La Grande Librairie », j’ai découvert l’univers poétique de Christian Bobin. Ses ouvrages, comme « L’inespérée » et « Une petite robe de fête », bouleversent dans une symphonie de mots. Christian Bobin s’adresse à l’être aimé avec une tendresse infinie, la pureté d’un amour. ..des mots que toutes les lectrices sensibles aimeraient entendre ; une vision émerveillée de la vie dont il parle intensément.  « L’écriture est l’ange gardien de nos vies ». Bon moment de lecture.

La Maison. E. Becker

La Maison par Becker

Fascinée par l’univers des maisons closes, Emma Becker a travaillé dans un bordel berlinois pendant deux ans afin de nous livrer son expérience. En partant d’un point de vue journalistique, la jeune française s’est glissée dans la peau d’une « pute » pour pouvoir écrire, en toute honnêteté, son autofiction. Corsetée par une éducation catholique, l’auteure s’est inventée à travers le personnage de « Justine », prostituée libre dans une maison close de Berlin. Loin de la victimisation, il est ici question du choix d’une femme qui vend son corps. Curieuse, passionnée par la littérature française du 19ème siècle, Emma Becker assume totalement la démarche artistique que représente son objet littéraire dans un style cru, franc et adroit. Comment s’exprime le désir ? Loin de l’apologie de la prostitution, l’auteure démontre qu’il est aujourd’hui possible d’exercer librement ce métier tabou dans de bonnes conditions. Les lecteurs assouviront leur propre part de curiosité dans ce roman décomplexé. Bon moment de lecture. Prix du « RomanNews » 2019, Prix du roman « Blù Jean-Marc Roberts » 2019.

Couleurs Sarah. S. Poniatowski-Lavoine

Couleurs Sarah

Architecte d’intérieur, designer et créatrice de mode, Sarah Poniatowski-Lavoine impose son style à travers ses collections ; un univers polychrome. Inspirée par son enfance, et quelques réminiscences, ses créations élégantes métamorphosent allègrement nos intérieurs. Dans ce nouveau livre, la jolie esthète nous invite à oser les couleurs ; des teintes entières, joyeuses et lumineuses comme elle. Au fil des pages, les combinaisons de couleurs sont présentées comme de nouvelles cartes à jouer en matière de décoration. Beige, rouge victorieux, tournesol ou « bleu Sarah », trente teintes se déploient comme autant de possibilités pour embellir et aménager l’espace tout en évoquant de merveilleux voyages.

Le prince à la petite tasse. E. De Turckheim

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Ce petit livre est une joyeuse découverte. Emilie De Turckheim nous raconte une expérience singulière : accueillir un réfugié dans son appartement parisien. Reza est un migrant Afghan qui fuit son pays en guerre depuis dix ans ; une décennie d’errance. Emilie, Fabrice et leurs deux enfants décident de partager leur quotidien avec Reza en lui faisant instantanément confiance. Comment communiquer avec quelqu’un qui ne parle pas la même langue ? Ensemble, ils vont partager leurs expériences, leurs coutumes, leurs croyances et quelques confidences. L’importance des mots se révèle au fil des pages de ce journal surprenant. Grâce à cette rencontre bouleversante, Emilie De Turckheim nous offre un élan de fraternité bourré d’espoir, d’humour et de curiosité. Bon moment de lecture.

J’écris ton nom. S. Sbille

J'écris ton nom par Sbille

Dans son premier roman, Sylvestre Sbille nous renvoie aux années noires de l’Occupation en Belgique et plus spécifiquement à l’attaque du convoi n°20, le soir du 19 avril 1943. Ses personnages principaux, Youra et Choura, sont deux frères juifs idéalistes qui se lancent dans la résistance. Inspiré par la réelle personnalité de Youra Livchitz, Sylvestre Sbille retrace le destin de ce médecin bruxellois, à l’origine de  l’opération de sabotage d’un train de l’enfer. La lectrice découvre le personnage de Régine, une infirmière juive, qui donne accès à l’intérieur du convoi de la mort ; l’effroi. Le regard sur Kurt Asche, responsable de la question juive, est implacable, à l’image du monstre qu’il était. Tout au long de la fiction, l’officier allemand fait régner la terreur sous son règne maléfique. Pourtant, la frontière entre les collabos et les résistants reste étonnamment floue… Avec passion et violence, l’auteur évoque une jeunesse belge éprise de liberté et d’espoir malgré l’obscurité. En perpétuel questionnement, ses réflexions viennent parfois parasiter la lecture de ce roman sombre et bouleversant. Le titre fait référence au poème de Paul Eluard dont les mots résonnent encore aujourd’hui. Bon moment de lecture.

Caitlin. A. Nihoul

Caitlin par Nihoul

Ce polar, particulièrement bien construit, vient de remporter le Prix Saga Café. « Caitlin » est le prénom de l’amour de jeunesse du narrateur : Ian. Vingt-trois ans plus tard, en apprenant la soudaine disparition de Caitlin en Ecosse, Ian rejoint l’île de Laggan pour enquêter. Épouse de Morgan, le couple a eu deux enfants et vit dans un château relevé de ses ruines. Personnage énigmatique, Morgan est l’ami d’enfance d’Ian qui est devenu un auteur à succès. Sa jolie assistante, Mairead, vient compliquer l’enquête. Mais où se trouve Caitlin ? Arnaud Nihoul nous embarque dans une fiction à suspense poétique et bien ficelée, au milieu d’une nature sauvage dominée par les embruns. Bon moment de lecture.

La Curée. E. Zola

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Ce classique d’Emile Zola se déroule sous le Second Empire, à Paris, une période faste d’amusement et de transformation de la capitale. En effet, le Baron Haussmann perce les grands boulevards, change la physionomie de la ville, favorise l’enrichissement par la spéculation et repousse les ouvriers vers les faubourgs. D’ailleurs, le titre illustre parfaitement ce dépeçage du vieux Paris. Pour Emile Zola, le Second Empire déchaîne les appétits, favorise la dépravation spéculative et politique mais aussi la dépravation des mœurs par une recherche des plaisirs et jouissances. Renée est, ici, un personnage central qui incarne la trahison. Cette belle jeune femme se retrouve enceinte après un viol. Pour cacher son malheur, sa famille organise un mariage arrangé avec Aristide Saccard qui est veuf et père de deux enfants : Maxime et Clotilde. Les époux vivent dans un luxueux hôtel particulier de la plaine Monceau. Renée fait finalement une fausse couche. Instable et frivole, elle séduit Maxime, son beau-fils. Cupide et stratège, Aristide ne se doute de rien, bien trop occupé à spéculer sur les chantiers d’expropriations de la ville. Finalement, Maxime se détourne de Renée en épousant Louise. Pour la lectrice, Renée est à l’image des fleurs exotiques qui décorent son grand salon : belles, vénéneuses et éphémères. Tout au long de sa fiction, Zola démontre l’amoralité de ses personnages, emportés par la décadence d’un règne. Ce classique nous offre une incroyable photographie de Paris, une archive de la société parisienne au XIXème siècle. Bon moment de lecture.

Le bal des folles. V. Mas

Le bal des folles par Mas

Célèbre événement du Carnaval de Paris au XIXème siècle, « le bal des folles » avait lieu, chaque année, à l’hospice de la Salpêtrière en présence de personnalités. Pour l’occasion, les malades du service de neurologie étaient déguisées en arlequins, pierrettes, gitanes ou mousquetaires. Le temps d’une soirée, les internées dansaient joyeusement parmi les convives. En effet, celles qui étaient désignées comme hystériques ou folles par leurs familles et l’équipe médicale du professeur Charcot, attendaient avec impatience ce moment libérateur de la mi-Carême. Comme dans le roman d’Anna Hope, « La salle de bal » (2017), le premier roman de Victoria Mas lève le voile sur l’internement abusif de ces femmes, dominées par la société masculine d’une époque : Eugénie qui dialogue avec les morts, Thérèse la prostituée, Louise violée par son oncle…des personnages touchants, enfermés entre les murs crasseux d’un hospice digne d’une prison. La jeune auteure nous emporte dans une fiction saisissante. Ce portrait de Paris, véritable plaidoyer pour la condition féminine est, avant tout, un hymne à la liberté. A l’instar de sa mère, Victoria Mas se distingue pour la « toute première fois » dans le monde artistique.  Bon moment de lecture. Prix Stanislas, Prix Première Plume…

Encre sympathique. P. Modiano

Encre sympathique par Modiano

Le dernier roman de Patrick Modiano (Prix Nobel de littérature en 2014) s’inscrit dans la lignée de son oeuvre : une quête d’identité et de mémoire. Le titre évoque une encre invisible qui révèle les mots sous certaines conditions ; une voile qui se déchire comme dans un rêve. Dans cette fiction, un personnage principal masculin part à la recherche d’une femme disparue : Jean se remémore une période de sa jeunesse, au moment où il enquêtait sur la disparition de Noëlle Lefebvre pour le compte du détective Hutte. Au fil des pages, la lectrice déambule dans le Paris de Modiano, d’une poste restante à certains endroits énigmatiques du 15ème arrondissement à partir de noms issus d’un mystérieux agenda. D’Annecy à Rome, Jean reconstitue peu à peu des fragments de souvenirs ; le puzzle de son passé. L’absence, l’oubli, la mémoire, l’identité…sont les principaux thèmes de ce roman très réussi, des thèmes récurrents, imprégnés d’une mélancolie modianesque. Pour couronner le tout, Patrick Modiano ne nous laisse pas complètement sur notre faim. Excellent moment de lecture.

Manifesto. L. De Récondo

Manifesto

Ce roman a connu un certain succès depuis sa publication en 2018. Dans cette fiction, et en présence de sa mère, Léonor de Récondo veille son père à l’agonie dans une chambre d’hôpital. Le roman, à la fois difficile et lumineux, alterne entre la voix de l’auteure et la parole de son père en compagnie d’Ernest Hemingway. Au cours des chapitres, les deux hommes reviennent sur leur passé commun du côté de Pampelune, en Espagne. Au début de la lecture, l’alternance des voix déconcerte mais au fil des pages, c’est la beauté de l’écriture qui nous guide. Il est bien sûr question de la mort que Léonor de Récondo regarde bien en face mais aussi de la vie. Grâce à sa plume poétique, l’auteure nous parle de beauté, d’amour, d’art et de généalogie tout au long de ce manifeste vibrant d’émotions. « Pour mourir libre, il faut vivre libre ». Bon moment de lecture.

Belgiques. J. Jauniaux

Jean Jauniaux nous raconte ses « Belgiques » à travers quelques nouvelles et récits touchants, empreints d’une nostalgie palpable. La lectrice trouve un certain plaisir à se replonger dans ces souvenirs du plat pays teintés d’humour : « Aller en Chine, c’est simple. Le plus difficile, c’est de quitter Vilvoorde » (Brel). Dans ce recueil, il est question de la révolution de 1830, de la catastrophe du Bois du Cazier, des élèves de l’Athénée de Mons, des grandes figures de la radio et télévision belges…sans oublier quelques illustres personnages comme Marcel Thiry, Paul Delvaux, Achille Chavée (« La chaise est toujours assise ») et Jean Jauniaux, lui-même, qui mêle subtilement le réel à l’imaginaire. L’enfance, les vacances à Saint-Idesbald et la perte de sa mère lui inspirent des pages tendrement poétiques. « La mémoire flotte comme un bateau de papier qu’un enfant dépose au fil d’un ruisseau. » Bon moment de lecture.

Mon premier jeûne en pratique. N. Sacreste

Mon premier jeûne en pratique - Nathalie Sacreste - Leduc.s Pratique

Notre corps est une fabuleuse machine qui peut facilement se détraquer. Nathalie Sacreste est une diététicienne-naturopathe qui livre, ici, sa méthode afin de jeûner intelligemment. Réflexe ancestral, le jeûne thérapeutique permet de nous auto-guérir en remettant les compteurs de notre métabolisme à zéro. Sur base d’études cliniques et différents ouvrages médicaux, la naturopathe nous donne 15 bonnes raisons de jeûner grâce à différents programmes : 16 heures, 24 heures ou quelques jours. Enfin, des recettes saines, pour mieux s’alimenter, viennent compléter ce guide salutaire.

Une bête au Paradis. C. Coulon

Une bête au paradis par Coulon

Cécile Coulon publie un nouveau roman efficace qui débute par une scène d’amour troublante et déterminante pour la suite de la lecture. « Le Paradis » est un domaine agricole où vivent et travaillent Emilienne, Louis, Blanche et Gabriel. Blanche et Gabriel, les petits-enfants d’Emilienne, ont perdu leurs parents dans un accident de voiture. Louis, le garçon de ferme, travaille comme une bête tout en étant secrètement amoureux de Blanche. La lectrice regarde vivre ces personnages, en huis clos, et suit le parcours de Blanche de son enfance orpheline à sa vie de femme. Adolescente, Blanche rencontre son premier amour, Alexandre. La jeune femme se voue à son homme tout en se désignant comme gardienne du Paradis. Plus ambitieux, Alexandre rêve d’un ailleurs, cherche à gagner de l’argent. Au fil des chapitres, Cécile Coulon explore le monde rural pour nous livrer un roman charnel où la passion mène à la folie. Sa façon de décrire le rapport du corps féminin au corps animal est une révélation. Il est question de désir, d’amour, de retour à la terre, de violence et de vengeance. Mais qui est la bête au Paradis ? Bon moment de lecture. Prix littéraire du Monde.