La mer. Dr. D. Cracknell

Si vous passez vos vacances au bord de la mer, vous devinez à quel point le littoral vous fait du bien. L’auteure de ce joli livre bleu a grandi en Angleterre dans la ville côtière de Plymouth. Spécialisée en biologie marine et microbiologie, Deborah Cracknell a longtemps travaillé dans un aquarium où elle a pu observer les multiples bienfaits de l’univers marin sur les visiteurs. Dans son ouvrage illustré, l’auteure s’appuie notamment sur des études internationales pour révéler le rôle réparateur des océans sur notre santé. En nous invitant à optimiser ces effets bénéfiques, grâce à nos sens, la biologiste encourage à protéger les océans sur le long terme. Moment de lecture salutaire.

Éloge de la faiblesse. A. Jollien

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Alexandre Jollien est un philosophe, né handicapé en 1975. Sous forme de dialogues avec Socrate, ce récit philosophique (publié en 1999) retrace son douloureux cheminement : de sa naissance à ses années de pensionnaire au sein d’un centre spécialisé pour infirmes moteurs et cérébraux. Loin de sa famille, Alexandre Jollien décrit sa vie en communauté, entouré de camarades handicapés et d’éducateurs. Curieux, philosophe et perspicace, il s’interroge à propos de la normalité et démontre comment il a transformé sa « faiblesse » en force. Au fil des pages, Alexandre Jollien nous dévoile, avec humour et intelligence, sa joie d’évoluer malgré les obstacles. Prix Mottart. Prix Montyon de l’Académie française. Bon moment de lecture.

 

Mrs Hemingway N. Wood

Mrs Hemingway

Saviez-vous qu’Ernest Hemingway s’est marié quatre fois avant de se suicider en 1961? L’auteure anglaise, Naomi Wood, expose une autre facette de l’écrivain mythique. Séducteur, Ernest Hemingway reproduisait invariablement le même scénario: tromper sa femme avec sa future épouse. Avec talent, et dans un style élégant, Naomi Wood donne la parole à chaque « Mrs Hemingway » : Hadley, Pauline, Martha et Mary. Au fil des pages, chacune porte un regard sur sa vie maritale et retrace un épisode du parcours d’Ernest : de la Côte d’Azur au Paris bohème des années folles en passant par la guerre d’Espagne puis à Cuba et aux Etats-Unis. Alcoolique, impulsif, menteur et infidèle, Ernest Hemingway avait pourtant le don d’attirer les femmes par sa beauté, son talent et sa personnalité. À travers ce roman, et ces quatre histoires d’amour, l’auteure nous laisse entrevoir l’homme qu’il était. Excellent moment de lecture. 

Les jours de ton absence. R. Walsh

Les jours de ton absence par Walsh

En débutant la lecture de ce roman, je dois avouer à quel point j’étais sceptique. Rosie Walsh expose, ici, les dessous d’une histoire d’amour extravagante. Fraîchement divorcée, Sarah rend visite à sa famille, en Angleterre, à la date anniversaire d’un accident de voiture meurtrier. Sur les lieux du drame, et par un drôle de hasard, Sarah rencontre Eddie. Épris, les tourtereaux vont s’aimer passionnément pendant une (longue) semaine. Puis, Eddie annonce son départ pour l’Espagne en promettant de rester en contact avec Sarah. Mais, finalement, Eddie disparaît. Persuadée que le silence d’Eddie cache quelque chose, Sarah ameute toute la population et traque le moindre signe de vie. L’entourage de la jeune femme tente de la raisonner mais celle-ci insiste très lourdement en envoyant beaucoup trop de messages. Pour la lectrice, ces deux-cents premières pages mènent à une impasse tant l’intrigue agace. La traduction n’arrange rien et la lectrice est sur le point d’abandonner la lecture. Mais, bizarrement, il commence à se passer quelque chose : la fiction s’emballe. Rosie Walsh injecte du suspense et joue avec nos émotions. Et cela marche ! Bon moment de lecture.

Vers la beauté. D. Foenkinos

Vers la beauté par Foenkinos

Je termine ma « cure Foenkinos » par ce dernier roman. L’idée de départ est assez géniale : Antoine, un professeur des Beaux-Arts de Lyon, plaque tout pour devenir gardien de salle au musée d’Orsay.  L’idée est vraiment belle. Cependant, à peine arrivé au musée, Antoine doit quitter son poste en laissant la lectrice frustrée tant il y avait, là, une opportunité de parler plus profondément de l’Art et de la beauté. David Foenkinos n’avait-il pas prouvé sa sensibilité à la beauté picturale dans son joli livre consacré à Charlotte Salomon ? L’auteur revient ensuite sur le passé d’Antoine pour mieux comprendre sa fuite, sa souffrance. Il est évidemment question de rupture sentimentale et de dépression, thèmes de prédilection de l’auteur à succès. La lectrice découvre également le personnage de Camille, une jeune étudiante attachante, douée pour le dessin. Mais Camille cache un terrible secret qui la hante. Antoine ressent la douleur de son élève. Cette sensibilité crée une réelle connivence entre ces deux personnages…Le problème c’est que cette beauté qui apaise, qui sauve le monde, n’arrive pas à sauver les personnages du roman et cette contradiction perturbe profondément la lecture. Pourquoi ne pas avoir choisi l’espérance, la consolation ou la sincérité pour parler de la beauté ? Bon moment de lecture.

Poissons volants. F. Filleul

Poissons volants par Filleul

Lauréat du « Prix Fintro Ecritures noires » (2018), dont je suis moi-même finaliste, François Filleul publie son premier roman : un polar social andalou. La fiction se déroule dans la ville de Linéa, triste cité balnéaire où la crise a laissé un vide. Face au détroit de Gibraltar, les trafics sont légion et les migrants tentent leur chance sur une terre dite « promise ». Dans ce paysage désenchanté où s’échouent les baleines pendant la saison des « poissons volants », des invasions de rats et de cafards viennent parasiter la vie locale. Un soir de Nouvel an, sept personnes sont assassinées brutalement dans le lotissement de La Duquesa. Quelques jours plus tard, un homme est retrouvé mort sur la plage. Y aurait-il un point commun entre ces deux affaires ? L’inspecteur-chef Fulgor Duran se charge de l’enquête dans une chaleur étrange et caniculaire. Riche en rebondissements, son investigation va le mener sur quelques pistes délicates. Tout en maintenant le suspense, l’auteur construit méticuleusement son intrigue sans omettre le moindre détail. François Filleul nous plonge, avec talent, dans un roman d’ambiance à l’atmosphère singulière. Bon moment de lecture.

Le journal d’une femme de chambre. O. Mirbeau

Qui a dit que les livres « classiques » étaient souvent barbants ? Le roman le plus célèbre d’Octave Mirbeau est, à mes yeux, instructif et captivant. À travers le journal fictif d’une femme de chambre, nommée Célestine, la lectrice découvre l’univers du personnel de maison, en France, vers 1900. Catin, capricieuse et instable, Célestine change de place comme on change de chemise. Le roman débute par son arrivée en Normandie, dans une propriété où elle est employée comme femme de chambre. Le cocher est venu la chercher à la gare, un certain Joseph. Célestine critique tout ce qui l’entoure. La jolie servante n’a pas sa langue dans sa poche, son ton amuse lorsqu’elle décrit la vie cachée de ses maîtres, leurs petites manies, les mains qui se baladent, les infidélités, la saleté…Il est question ici de déterminisme social, du statut de la femme, du couple, de religion, de sexe… Dans un style caricatural, Octave Mirbeau arrive à nous émouvoir grâce au personnage malchanceux de Célestine. Mais l’auteur nous montre également la face cachée des domestiques… Après son succès littéraire, ce roman a été, plusieurs fois, adapté au cinéma. Bon moment de lecture.

Le mystère Henri Pick. D. Foenkinos

Le mystère Henri Pick par Foenkinos

Tomber sur un « mauvais » roman c’est comme tomber de cheval, il faut immédiatement remonter en selle, lire un autre livre du même auteur. Après la lecture décevante de « Deux sœurs », j’ai décidé de lire une autre fiction de David Foenkinos : « Le mystère Henri Pick » . Impossible de se défaire d’un sourire durant les cent premières pages qui sont un vrai régal ; une réconciliation. David Foenkinos a eu l’idée géniale de nous faire découvrir « la bibliothèque des livres refusés » sur la côte bretonne. Par hasard, une éditrice parisienne y déniche une pépite : « Les dernières heures d’une histoire d’amour » dont l’auteur serait un certain Henri Pick. Curieuse, l’éditrice cherche à découvrir ce prodige et apprend qu’il s’agit du pizzaïolo de Crozon. Malheureusement, Henri Pick est mort et le mystère de sa double vie d’écrivain-restaurateur éveille de nombreuses passions. Avec humour et cynisme, David Foenkinos nous parle de l’univers de l’édition parisienne, de ses auteurs, de la fabrique d’un succès… en jouant continuellement avec les mots. Comme à son habitude, l’auteur analyse méticuleusement le mécanisme du couple en disséquant la rupture sentimentale, la passion amoureuse et ses répercussions. Dans cette intrigue drôle, David Foenkinos dévoile une autre facette de son talent. Excellent moment de lecture. 

Jamais deux sans trois. Agatha Raisin. M.C. Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 16 : Jamais deux sans trois, Méfiez-vous des femmes parfaites par Beaton

Le seizième tome des aventures d’Agatha Raisin est un peu plus corsé que les précédents. L’enquête démarre par un mari jaloux qui demande à Agatha de suivre sa femme pour prouver l’adultère. Agatha prend l’épouse en filature mais celle-ci paraît irréprochable…Au même moment, Agatha enquête sur l’horrible assassinat d’une adolescente. Et si une troisième affaire venait s’immiscer dans son travail d’enquête ? Agatha est égale à elle-même avec ses maux, ses problèmes vestimentaires et ses peines de cœur. Un autre volume facile à lire et distrayant !

Deux sœurs. D. Foenkinos

Deux soeurs par Foenkinos

David Foenkinos est un auteur et réalisateur français qui aborde, dans la plupart de ses romans, des thèmes captivants, populaires et dramatiques. Certaines de ses fictions ont d’ailleurs été adaptées, avec succès, au cinéma (La Délicatesse, les Souvenirs, le Mystère Henry Pick…). Cette fois, l’auteur nous raconte l’histoire tragique de deux sœurs. La cadette, Mathilde, est une jolie jeune femme qui vacille dans une grave dépression suite à une rupture amoureuse. Peu de temps après, alors qu’elle se passionnait pour son métier de professeure de français, Mathilde est mise à l’écart après avoir giflé un élève. Pour couronner le tout, la voici contrainte de quitter son appartement. David Foenkinos décrit, avec un certain talent, l’effondrement d’une femme au moment où elle enchaîne les souffrances et assiste à la rupture de son propre destin. Comme à son habitude, l’auteur analyse également le couple et ses dérèglements. Mais quand tout va mal, qui est vraiment là pour vous secourir ? Face à son immense désarroi, sa grande sœur, Agathe, décide de la soutenir en l’accueillant chez elle. Mathilde s’installe dans l’appartement familial aux côtés du bébé et du mari d’Agathe. Evidemment, la présence de Mathilde va parasiter le couple car la jeune femme se révèle jalouse, manipulatrice et envieuse du bonheur de sa sœur. Même si les deux sœurs n’ont pas beaucoup d’affinités, la lectrice assiste, écœurée, à une mise en scène caricaturale qui dévoile la bassesse humaine comme personne ne souhaite la connaître. Pourquoi David Foenkinos entraîne t-il la lectrice dans cette histoire sombre, profondément malsaine ?

Americanah Ch. N. Adichie

Americanah par Adichie

« Americanah » est un terme nigérian qui désigne quelqu’un qui est parti vivre aux Etats-Unis et qui revient au pays exactement comme le personnage principal de cet épais roman au style incisif. L’auteure nigériane raconte, ici, le parcours d’une jeune étudiante, Ifemelu, qui quitte le Nigéria pour étudier à Philadelphie. Commence alors, pour la jeune femme, une nouvelle vie d’immigrée qui se révèle compliquée. Face à son mal-être, Ifemelu se pose pour la première fois des questions à propos de son identité et la couleur de sa peau car, en Afrique, elle ne s’est jamais sentie noire. Afin de pouvoir partager ses réflexions à propos des questions raciales, politiques, culturelles…la jeune femme tient un blog qui devient populaire. Finalement, Ifemelu décide de rentrer au Nigéria où elle retrouve son grand amour Obinze. Après des années d’absence, Ifemelu rentre chez elle, dans sa patrie, mais elle doit bien admettre que tout a changé : son pays a évolué, Obinze a vieilli et elle-même est différente. Bon moment de lecture.

Les moissons funèbres. J. Ward

Les moissons funèbres par Ward

Il règne un malentendu à propos du thème principal de ce roman américain. En quatrième de couverture, la lectrice découvre le sujet : la mort de cinq jeunes hommes noirs qui sont tous morts dans des circonstances violentes au Mississippi. En réalité, il faut bien comprendre que ces décès n’ont aucun lien entre eux et que ces jeunes n’ont pas été victimes de bavures policières avant de commencer la lecture. Les amis de Jesmyn Ward sont morts à cause de la drogue, de la dépression, de la violence routière…Ce roman est, en fait, un récit autobiographique qui expose les difficultés de la communauté afro-américaine. La lectrice aime la voix poétique de Jesmyn Ward qui raconte, de manière très touchante, son enfance et sa jeunesse dans une famille déchirée. De l’encre de sa plume coulent une colère, une amertume, une tristesse profonde, une soif de revanche ; au bord de la victimisation. La force des mères, de cette communauté noire qui se battent pour leurs enfants, impressionne. L’auteure épate grâce à son parcours vers la réussite et malgré les obstacles. Tandis que les hommes de son entourage profitent, trompent et abandonnent leurs familles. Le déterminisme social, le ravage des cyclones et inondations, le racisme, les disparités sociales, l’amour et l’amitié sont les grands thèmes de ce roman bouleversant. Bon moment de lecture.

Poupée volée. E. Ferrante

Poupée volée par Ferrante

L’auteure de la saga « L’amie prodigieuse » a publié ce roman, italien et féminin, en 2009. Derrière le mystère de la réelle identité d’Elena Ferrante, se cache certainement une mère tant elle parle de la maternité avec justesse. Leda, la narratrice, est une femme au caractère bien trempé qui part seule en vacances au bord de la mer. Sur la plage, Leda observe une famille italienne dont Nina et sa petite fille Elena. Un jour, la poupée d’Elena disparaît et la petite fille reste inconsolable. La poupée n’est pas perdue, elle a été volée par Leda. Mais pourquoi ce geste ? En analysant sa conduite, Leda revient sur son passé et se souvient de sa soif de liberté, de sa difficulté à assumer son rôle de mère et d’épouse. La poupée joue ici un rôle de catalyseur. Les thèmes de la famille, du couple, de l’abandon, de la culpabilité…sont traités avec talent. Anti-héroïne, Leda apparaît comme une femme irascible et égoïste, incapable de se confronter à la frustration…tout ce qu’une femme, une mère, tente de rejeter dans sa propre existence. Excellent moment de lecture.

Sauvons les oiseaux ! D. Boone

Danièle Boone - Sauvons les oiseaux ! - 10 actions pour (ré)agir !.

Ce petit livre, publié avec le soutien de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, nous propose dix actions pour réagir face à la diminution des populations de volatiles : préserver les haies, installer des mangeoires, mettre de l’eau à disposition, bannir les pesticides… à la campagne comme en ville. D’après les scientifiques, l’état des lieux est alarmant. En cause : le réchauffement climatique et l’émergence de nouveaux virus, l’utilisation intensive de pesticides, la multiplication des chats domestiques, le manque de refuges… Engagée dans la défense de la nature, Danièle Boone tire le signal d’alarme et nous invite à participer au sauvetage de nos oiseaux. Nous pouvons tous y contribuer en nous rapprochant des associations et en agissant concrètement pour respecter la faune de notre région.

Armance. Stendhal

Armance par Stendhal

Si vous aussi vous connaissez une fille qui s’appelle Armance, offrez-lui le premier roman de Stendhal (1827), peu connu du grand public. Stendhal situe son roman en France, à l’époque de la Restauration. Un aristocrate, Octave de Malivert, est amoureux de sa jeune et tendre cousine : Armance de Zohiloff. L’amour est-il réciproque ? Oui mais malheureux. Octave se refuse à aimer Armance pour une raison secrète. À la suite d’un accident, il souffrirait d’un mal mystérieux. Dans un élan d’amour, les deux tourtereaux se tournent autour sans jamais réussir à atteindre leur bonheur. Héros romantique et mélancolique, Octave est incapable de se satisfaire. Naïve, Armance ne vit que pour ce bel amour et subit les humeurs de son cousin dans la souffrance. André Gide a dit à propos du roman : « De tous les livres de Stendhal, je tiens celui-ci pour le plus délicat et le plus joliment écrit. » La lectrice ne partage pas l’avis de Gide car l’impossibilité d’aimer exaspère tout au long de ce récit énigmatique.

Rue des Pâquerettes. M. Charef

Rue des Pâquerettes

Mehdi Charef publie un récit autobiographique, première partie d’une trilogie. L’auteur algérien se souvient de cette année 1962, au moment où sa famille quitte Oran pour rejoindre leur père en France. Faute de logement, la famille campe dans un bidonville de Nanterre, là où va s’entasser la main d’œuvre immigrée. La lectrice découvre l’univers de cet enfant en exil, inscrit à l’école de la rue des Pâquerettes. La voix du petit berger résonne au-delà des mots pour décrire le quotidien, la banlieue, le choc des cultures…mais aussi ce maître, monsieur Raffin, qui lui enseigne la littérature française et la poésie. Du haut de ses dix ans, le narrateur évoque, avec tendresse, son amour pour ce père qui lui a tant manqué mais aussi la souffrance de sa mère. Sur son chemin, ce narrateur, particulièrement attachant, croise quelques personnages atypiques : monsieur Grégoire, la prostituée du café, Fékir, Bao, Gwenn…Avec talent, Mehdi Charef raconte une enfance au soleil puis le déracinement, du rire aux larmes. Avec émotion, nous découvrons sa solitude, sa naïveté, sa curiosité ; le temps des premiers émois. Bon moment de lecture.

Le Balcon de Dieu. E. Ebodé

Le balcon de Dieu

Eugène Ebodé publie un réquisitoire sous la forme d’un roman. L’écrivain nous parle de la situation de Mayotte, ce département français au bord de l’implosion. Un couple idéaliste blanc, Sud-Africain, s’installe à Mayotte pour apporter son assistance à la population locale. Après quelques démarches administratives laborieuses, Donovan enseigne l’anglais à l’école et Mélania ouvre son cabinet de kinésithérapeute. Le couple s’implique, s’engage…mais jusqu’où ? Eugène Ebodé a lui même enseigné le français, durant deux ans, sur cette île paradisiaque où la nature est luxuriante et les lagons étincelants. Rapidement, le couple découvre l’envers du décor : une île française à l’abandon comme ses hordes d’enfants mahorais. Délabré, l’archipel est soumis à toutes sortes de violences climatiques et sociales : glissements de terrain meurtriers, bidonvilles insalubres, violence, manque d’infrastructures, inceste, contamination de l’alimentation par des pesticides, islam rigoriste…effaré, le couple constate à quel point les solidarités locales ne fonctionnent pas, notamment à cause du passif esclavagiste de Mayotte et de cette haine, entre communautés, qui persiste. A travers sa fiction, Eugène Ebodé rend hommage aux écrivains locaux pour que l’écriture ne déserte pas. L’auteur cherche à interpeller le lecteur mais son plaidoyer étouffe l’intrigue, le rythme du récit est saccadé. Finalement, ce roman se lit comme le discours d’un homme qui nous alerte à propos de l’état de désolation de « l’île aux parfums ».

Inventer les couleurs. G. Paris

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Gilles Paris retombe en enfance et publie un roman d’apprentissage joliment illustré par les dessins d’Aline Zalko. C’est l’histoire d’un garçon, Hyppolite, qui vit seul avec son papa suite au départ de sa mère avec le père de Gégé. Le père d’Hyppolite travaille à l’usine, du côté de Longjumeau, pendant que son fils unique fréquente Antar, Firmin et Fatou dans une école où ils font les quatre cents coups. Heureusement, Hyppolite dessine des maisons arc-en-ciel, invente des couleurs, se plonge dans son imaginaire pour échapper au quotidien. Le point fort de ce livre jeunesse repose sur la poésie qui se dégage du texte, magnifiée par le flamboyant coup de crayon de la dessinatrice. Il s’adresse aux lecteurs de plus de dix ans, accompagnés d’un adulte, pour bien interpréter les mots, parfois crus, et le sens du texte. Dans ce roman illustré, il est question de mixité, de liberté, d’amour, d’imagination…pour voir la vie autrement. Bon moment de lecture.

De terre et de mer. S. Van der Linden

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Comme à son habitude, Sophie Van der Linden nous livre une fiction délicate dont le personnage principal est peintre. À la veille de la première guerre mondiale, Henri débarque sur l’île de B. pour renouer avec Youna, la femme poète qui occupe son cœur. Mais rien ne se passe comme prévu et Henri erre sur l’île où il va rencontrer quelques personnages pittoresques. Par petites touches, par image, l’auteure cisèle son texte. Au fil des pages, la lectrice découvre la beauté de l’île à travers des paysages, des sensations ; l’état d’un lieu préservé de la modernité. Comme dans un tableau de Corot ou d’Eugène Boudin, une forme de romantisme émerge de ce roman d’amour singulier. Bon moment de lecture.

La goûteuse d’Hitler. R. Postorino

La goûteuse d'Hitler par Postorino

Saviez-vous qu’Hitler utilisait des femmes allemandes pour valider sa nourriture ? En lisant un journal, Rosella Postorino découvre l’existence de Margot Wölk, la dernière goûteuse du Führer. Inspirée, l’auteure italienne nous raconte l’expérience singulière de cette femme allemande qui a risqué quotidiennement sa vie durant la Seconde Guerre mondiale. La narratrice de cette fiction puissante s’appelle Rosa Sauer. Contre sa volonté, elle va goûter les plats du Führer alors que son mari est porté disparu en Russie. Dès les premières pages, la lectrice est décontenancée par le point de vue de la narratrice : une allemande qui fréquente les nazis et tombe amoureuse d’un SS. Sans jamais porter de jugement, l’auteure nous interpelle : qu’auriez-vous fait à la place de Rosa ? En s’appuyant sur diverses anecdotes, Rosella Postorino replace Hitler dans sa position d’être humain : un homme végétarien, paranoïaque, souffrant de flatulences et d’insomnies. Dans ce roman captivant, il est question de désir, d’amour, d’amitié, de fidélité, de culpabilité…Ce livre a déjà remporté une série de Prix littéraires en Italie, certainement parce qu’il relate remarquablement l’histoire singulière d’une femme à une époque particulière de notre histoire. Excellent moment de lecture.

L’enfant de Bruges. G. Sinoué

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Ce thriller, publié en 1999, se déroule à Bruges, au XVème siècle. À cette période, la première place financière d’Europe attire de nombreux marchands et provoque une floraison dans les domaines artistiques et culturels. Jan Van Eyck, le grand peintre primitif flamand, est un personnage central du roman. Gilbert Sinoué nous ouvre les portes de son atelier et nous renseigne à propos de l’état des connaissances et différentes techniques picturales, en pleine Renaissance. Il est question, ici, de conspirations, de religions et de complots ; un grand secret. Van Eyck et d’autres artistes deviennent la cible de mystérieux criminels. Jan, le jeune fils adoptif du maître, assiste à d’étranges assassinats et se retrouve menacé à son tour… Mais pourquoi ? Grâce à un impressionnant travail de recherche, Gilbert Sinoué maîtrise le suspense jusqu’au bout de sa fiction, même si la fin déçoit. Cette fresque historique a le grand mérite de nous propulser à travers les brumes de Flandre en 1441. Bon moment de lecture.

Après Constantinople. S. Van Der Linden

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Comment choisir un livre ? Pour ma part, j’avoue avoir acheté ce roman parce que je suis (aussi) l’homonyme de l’auteure. C’est donc la curiosité qui m’a fait découvrir cette fiction sensuelle, délicate. Sophie Van Der Linden nous entraîne dans les confins de l’Empire ottoman, au XIXème siècle, à l’heure de l’orientalisme. Participant à une mission diplomatique, un peintre parisien prolonge son voyage afin d’acquérir une fustanelle, un pantalon traditionnel ample et évasé. Égaré, il se retrouve prisonnier dans un domaine où règne une sultane à la peau d’ébène… La lectrice se laisse emporter par la beauté et la poésie des tableaux de ce peintre singulier, Georges-Henri François. Grâce au talent de l’auteure, la lectrice accède à la représentation de son art : une perspective, le velouté des textures, une nuance de couleur, des jeux de lumière…L’imaginaire s’emballe, les sens sont en éveil tout au long de la lecture de cette fiction poétique. Avec un certain sens de l’esthétisme, Sophie Van Der Linden nous propose un voyage en orient teinté de romantisme. Excellent moment de lecture.

Flamboyant Second Empire ! X. Mauduit et C. Ergasse

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La France est entrée dans la modernité entre 1852 et 1870, sous le Second Empire et grâce à Napoléon III, longtemps décrié par Victor Hugo ou Emile Zola. Homme complexe et visionnaire, l’empereur a cherché à améliorer la vie de ses concitoyens et à réduire la misère. Sous son impulsion, le Baron Haussmann transforme Paris, le chemin de fer se développe, le niveau de vie des français s’accroît, les femmes accèdent à l’enseignement supérieur, la révolution industrielle est en marche et les sciences évoluent. Sous Napoléon III, les inventions pullulent, l’art foisonne, les affaires et les fortunes se développent. L’impératrice Eugénie contribue également au rayonnement de la France grâce à la mode et aux fêtes impériales. Le patrimoine culturel français provient de cette période singulière, inspirante pour les peintres, architectes ou écrivains. D’ailleurs, l’empreinte de cette ère créative est encore visible aujourd’hui partout en France. Une époque flamboyante à redécouvrir grâce à ce livre écarlate, bourré d’humour. Bon moment de lecture.

L’empreinte. A. Marzano-Lesnevich

Couverture L'Empreinte

Alexandria Marzano-Lesnevich, étudiante en droit à Harvard, raconte comment ses convictions vacillent le jour où elle se retrouve confrontée au cas d’un pédophile, condamné à mort : Ricky Langley a assassiné un garçon de six ans dont le t-shirt est maculé de sperme. La jeune étudiante en droit analyse cette affaire qui vient la confronter inopinément à sa propre histoire : durant l’enfance, son grand-père a abusé d’elle et de sa petite sœur. Ce qui captive, dans ce récit singulier, c’est tout d’abord l’angle choisi par l’auteure pour retracer l’affaire criminelle. Dans sa longue et minutieuse enquête, son propre récit croise et entrecroise celui du meurtrier en nous interpellant sur des questions fondamentales : un avocat peut-il rester impartial ? Une enfance douloureuse peut-elle « excuser » un crime ? L’enfance nous détermine -t-elle inexorablement ? En s’appuyant sur des archives judiciaires, articles de journaux, reportages télévisés, et même une pièce de théâtre, l’auteure façonne sa narration et tente de rester au plus près de la réalité. La lectrice est impressionnée par le style, l’intelligence et la maîtrise de l’auteure. Ce récit auto-biographique est un témoignage bouleversant, empreint de violence, de secrets de famille et de mensonges. Prix du Livre Etranger JDD/France Inter. Excellent moment de lecture.

Vital ! Dr. F. Saldmann

Couverture

Voici un recueil de bons conseils pour optimiser votre santé. Le docteur Saldmann publie un nouveau livre ; lui qui est passé maître dans l’art de vulgariser la médecine. Avec humour, il nous parle d’hygiène : laver son corps, sa bouche, ses ongles et son anus ! En s’appuyant sur des études scientifiques, il explique comment la saleté nous empoisonne et pourquoi la poussière fait grossir. Le mental et le physique étant étroitement liés, Frédéric Saldmann nous invite à vieillir jeune en adoptant un nouveau mode de vie. Après quarante ans, diminuons nos portions alimentaires, pratiquons un sport et le twist pour éviter la constipation ! Savez-vous à quel point la lumière est précieuse pour le bon fonctionnement de votre métabolisme ? L’importance du sommeil, de l’alimentation et du sexe sont des sujets abordés sans complexe. D’après l’auteur, le bonheur soigne alors arrêtons de nous faire du mauvais sang, de mentir ou de subir à longueur de journée ; câlinons-nous. En refermant cette bible, il reste à appliquer ces grands principes au quotidien afin de renforcer notre capital santé, c’est vital !

La lumière est à moi. G. Paris

La lumière est à moi et autres nouvelles par Paris

L’enfance cabossée est le dénominateur commun des ouvrages de Gilles Paris. Après le succès de son roman « Autobiographie d’une courgette », adapté au cinéma en 2016, Gilles Paris nous invite à découvrir dix-neuf nouvelles qu’il faut lire avec délectation. La plus jolie nouvelle, celle qui reflète une atmosphère singulière et exotique, est selon moi : « Les pétales jaunes de Panarea. » Dans ce recueil poétique, il est question d’enfance, d’adolescence, de culpabilité, de mensonges, de secrets mais aussi d’amour et de tendresse ; premiers émois. Les enfants ou adolescents sont attachants, souvent spectateurs de la souffrance des adultes. Chaque lecteur, lectrice, retrouvera, dans ce recueil, une part intime de sa jeunesse. Au fil des pages, Gilles Paris passe de l’ombre à la lumière pour faire vibrer nos émotions. Bon moment de lecture.

Un château à Ipanema. M. Batalha

Couverture Un château à Ipanema

Nous sommes à Rio de Janeiro, en 1904. L’ambassadeur de Suède et sa femme, Johan et Birgit Jansson, s’installent dans la petite station balnéaire d’Ipanema, non loin de Copacabana. Ils se font construire un château et transforment Ipanema en une destination paradisiaque et prisée. L’auteure, Martha Batalha, s’inspire de la vraie vie de ce couple loufoque pour construire son roman. La première partie du livre captive. Birgit est une femme instable, mère de trois garçons, amoureuse et aimée par son mari. Ipanema a le pouvoir d’apaiser ce couple, malgré les tempêtes. Ensemble, ils aiment se promener sur le rivage…avant le drame. Ensuite, le rythme s’emballe. Les personnages se multiplient, les péripéties aussi et la lectrice se retrouve déboussolée. Pourtant, l’auteure a le mérite de nous faire découvrir un pan de l’histoire du Brésil. Il est question d’évolution urbaine jusqu’à l’émergence des favelas mais également de l’apparition du sida dans la communauté homosexuelle et de la place des femmes dans la société. Le style de Martha Batalha est vif et coloré ; elle parsème son roman de vocabulaire brésilien et de traditions culinaires. Avec talent, elle décrit la force des sentiments, la beauté des paysages et des villes, l’intérieur d’édifices ou d’appartements…comme elle décrit le quotidien d’une famille, d’une domestique ou l’état d’un couple au bord de la rupture. Moment de lecture singulier.

Dictionnaire du Bassin d’Arcachon. O. de Marliave

Olivier de Marliave - Dictionnaire du bassin d'Arcachon.

Vous aimez la baie d’Arcachon ? Savez-vous ce qu’est un gaillet ? L’oyat ? Connaissez-vous les origines de la dune du Pilat ? Ce dictionnaire illustré nous renseigne sur l’histoire, les traditions, la faune et la flore de cette magnifique région du Sud Ouest de la France. Olivier de Marliave, son auteur, nous fait découvrir ceux qui ont fait la renommée du Bassin d’Arcachon : les frères Pereire, Xavier Mouls, Sophie Wallerstein… et, avant eux, les hommes à l’origine de la pisciculture, l’ostréiculture, la sylviculture…Grâce à ce livre passionnant, nous découvrons aussi l’hydraulique, les techniques de pêche et les activités nautiques du bassin ; un milieu sauvage et dangereux pour les marins au niveau des passes. Cet ouvrage captivant est indispensable à ceux qui souhaitent s’informer à propos de ce lieu de villégiature paradisiaque.

La folie Tristan. G. Sebhan

La folie tristan

Il règne un curieux climat dans les romans de Gilles Sebhan. « La folie Tristan » fait suite au vénéneux roman « Cirque mort » , une fiction angoissante dans laquelle des animaux de cirque étaient massacrés. Âme sensible s’abstenir (comme moi). Cette fois, le personnage du lieutenant Dapper a été blessé par balle et hospitalisé dans un vieil hôpital de province. Heureusement, son fils Théo a été retrouvé après trois mois de captivité mais les liens entre le père et le fils se sont distendus. Pour mieux comprendre ses réactions, Dapper convoque son passé d’enfant abandonné, maltraité par sa mère. Il décide d’enquêter sur les origines de sa naissance et à propos d’étranges disparitions d’enfants. Son enquête le mène à un certain docteur Tristan…Il est question d’amour, de cruauté, de filiation et de folie dans ce policier déroutant, bien loin du roman éponyme de Tristan et Yseult.

Salina. L. Gaudé

Pour bien commencer cette nouvelle année, voici un roman magnifique, publié en 2018. L’univers de cette fiction est imaginaire et antique mais Laurent Gaudé s’inspire de l’Afrique et de la situation actuelle des migrants pour raconter « Salina, les trois exils ». Salina est le personnage central de cette histoire ; une enfant aux larmes de sel, recueillie par le clan Djimba. Adolescente, Salina aime passionnément Kano mais la voici contrainte d’épouser Saro qui, au contraire de l’aimer, la maltraite pour la soumettre. Un jour, Saro agonise au combat. Salina éveille la colère du clan en accablant son mari au lieu de l’apaiser. Maudite, Salina va vivre une existence d’humiliation, de rage et de colère, loin du clan, à l’orée du désert. Finalement, au milieu d’un paysage minéral et désolé, Salina meurt à son tour. Son dernier fils, Malaka, va lui chercher une sépulture ; lui offrir un dernier repos sur une île, un cimetière… Fable mystérieuse d’amour, de vengeance et de haine, ce roman est à la fois puissant et profondément bouleversant. Excellent moment de lecture.