Encore vivant. P. Souchon

Encore vivant

A l’instar de Gérard Garouste, Pierre Souchon dévoile, dans ce roman autobiographique surprenant, les méandres de sa maladie. Diagnostiqué bipolaire à l’âge de vingt ans, Pierre Souchon est interné une première fois, se fait soigner et jure de ne jamais retourner à l’hôpital psychiatrique. Ardéchois, il déménage à Paris pour trouver un emploi de journaliste, rencontre Garance et l’épouse. Ces moments de plénitude vont alors l’inciter à arrêter son traitement médical. Malheureusement, quelques mois plus tard lors d’une crise maniaco-dépressive, Pierre Souchon se retrouve enfermé en asile psychiatrique, exposé une nouvelle fois au monde médical et à une panoplie de patients paranos, schizophrènes, suicidaires…des personnages hauts en couleur comme Lucas, Jim, Cédric, Mounarelle… Au cours des visites quotidiennes de son père, Pierre Souchon tente de reconstituer l’histoire de ses ancêtres sur la terre Cévenole; délires identitaires. Au fil des pages, c’est bien le regard lucide de Pierre Souchon sur sa maladie, et ses irrémédiables conséquences, qui bouleverse. Son style est plein de fureur, de démesure et d’humour. La lectrice assiste impuissante à la chute d’un homme, troublant d’intelligence, qui tente de s’accrocher: « Ecris. Une fois encore, et pour toujours, tu le sais bien, au fond que nous ne tenons qu’à coups de littérature. »  Le titre du roman « Encore vivant » est inspiré par le nom d’un séquoia à feuillage persistant: « Sempervirens ». Parution: 16 août 17. Bon moment de lecture.

Histoire du lion Personne S. Audeguy

Histoire du lion personne

Amis de la cause animale, voici un roman singulier qui relate la vie d’un lion entre 1786 et 1796. Sur une piste du fleuve Sénégal, un jeune africain orphelin, nommé Yacine, trouve un lionceau abandonné à l’ombre d’un baobab. Yacine adopte le petit félin et décide de l’appeler « Kena » ce qui signifie « Personne » dans la langue de sa tribu; référence à Ulysse dans l’Odyssée. Jean-Gabriel Pelletan, directeur de la Compagnie royale du Sénégal, va finalement recueillir Yacine et « Personne ». Sous son toit, le lionceau grandit et devient l’inséparable compagnon du chien de la maison: Hercule. Ensemble, les deux animaux sont expédiés, en bateau, vers la Ménagerie Royale de Versailles. En 1788, Jean Dubois, naturaliste représentant de la Ménagerie, accueille « Personne » et Hercule au port du Havre. La drôle de petite troupe rejoint à pied la capitale dans une ambiance troublée. Symbole universel du pouvoir, le lion « Personne » devient l’objet de débats. Pour les riches, le lion est une distraction. Pour les autres, une bouche à nourrir inutilement. Le transfert de tous les animaux de la Ménagerie de Versailles vers le Jardin des Plantes, transforme le lion « Personne » en une attraction courue. Stéphane Audeguy désigne le lion comme personnage principal de ce conte qui traite du statut des animaux au XVIIIème siècle. Au fil des premières pages, la vision poétique de la beauté de l’Afrique sauvage, proposée par l’auteur, émerveille. Bien conscient de l’impossibilité de se mettre à la place d’un lion et de lui donner la parole, l’auteur évoque le destin d’un félin domestiqué parallèlement à l’histoire de France. Stéphane Audeguy conte, avec talent, la mutation des jardins d’agrément en parcs zoologiques. Excellent moment de lecture. Prix Wepler 2016. Prix Littéraire de la Fondation 30 millions d’amis 2016.

Mata Hari. La dernière danse de l’espionne. P. Collas

Mata Hari, la dernière danse de l'espionne par Collas

Mata Hari est entrée dans la légende, à l’aube du 15 octobre 1917, lorsqu’elle fut fusillée à Vincennes pour haute trahison. Mais qui était Mata Hari? Philippe Collas s’emploie à retracer le parcours de cette mystérieuse danseuse néerlandaise afin de mieux comprendre sa destinée. L’auteur de cette biographie est particulièrement bien placé pour faire revivre la reine du Paris de la Belle Epoque puisqu’il est l’arrière petit-fils de Pierre Bouchardon, juge d’instruction au procès. En nous faisant pénétrer dans les mécanismes de l’espionnage et du contre-espionnage français, l’auteur cherche à nous éclairer sur cette affaire qui s’est déroulée pendant la première guerre mondiale. Véritable plaidoyer pour la défense de cette icône sulfureuse, Philippe Collas fouille méticuleusement dans les archives familiales et les archives de l’armée française pour rétablir la vérité. Il nous présente une femme incroyable, mythomane, grande séductrice polyglotte et manipulatrice. Une femme qui aimait un peu trop l’uniforme. Bon moment de lecture.

Burn-Out. Le vrai du Faux! Dr. A. Afdjei, Dr. A. Delabos, F. Michalon

Burn out : le vrai du faux ! - Ali Afdjei

Le Burn-Out n’est pas une maladie imaginaire. Il désigne un épuisement professionnel qui se caractérise par un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail. En France, 12% des actifs sont touchés par cet état de stress qui se différencie de la dépression. Rechercher la nature de ce stress, consulter, mieux s’alimenter, lever le pied…sont des pistes proposées par trois spécialistes, auteurs de ce document. Des expériences et témoignages, de célébrités et anonymes, viennent nous éclairer, parfois avec humour, sur ce fléau de la vie moderne. Judicieusement, ce petit livre a le grand mérite d’ouvrir les portes de la guérison.

49 ans et demi…E. Rébillon

49 ans et demi

A 52 ans, Muriel Hermine est devenue Championne du monde, toutes catégories, de natation synchronisée. Cette grande sportive, résiliente, préface le joli roman d’Edith Rébillon en soulignant l’importance du mental à l’approche de la cinquantaine. A la manière d’un journal intime et dans un style sans prétention, l’auteure nous raconte une histoire très actuelle, empreinte de sincérité. L’héroïne s’appelle Victoire; elle vit avec le père de sa fille, en Bretagne. Victoire commence à livrer ses confidences au moment où elle se retrouve dans l’impasse d’un divorce violent. Accidentée de l’amour, Victoire part avec sa fille sous le bras et refait sa vie à Paris. Dans cette nouvelle vie, pleine d’opportunités, Victoire se réinvente. Beaucoup de lectrices s’identifieront à cette femme qui pleure, se dispute, se souvient, analyse, se découvre, aime…A travers ce roman, Edith Rébillon nous parle de l’urgence de vivre à l’aube de nos 50 ans. Le titre, « 49 ans et demi », fait référence à l’enfance. Un roman touchant qui se lit facilement. Bon moment de lecture.

 

Remède de cheval. M.C. Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 2 : Remède de cheval par Chesney

Si la lecture représente, pour vous, une activité barbante, voici un roman qui peut vous faire changer d’avis. Agatha Raisin, une quinquagénaire anglaise, mène l’enquête après le décès de son vétérinaire préféré. Au fil des pages, nous découvrons un personnage étonnant: Agatha est une femme à la personnalité affirmée, curieuse et rusée. James Lacey, un ancien militaire séduisant, va contribuer à l’enquête tout en éveillant les fantasmes d’Agatha. L’auteure, M.C. Beaton, dose parfaitement le suspense dans cette enquête rondement menée. Il existe déjà un autre tome des aventures d’Agatha Raisin: « Quiche fatale » ; tout un programme. Un roman de gare, léger et drôle, à glisser dans vos valises. Bon moment de lecture.

AGATHA. F. Deghelt

Tout le monde connaît Agatha Christie, l’auteure anglo-saxonne la plus lue après Shakespeare (4 millions de livres vendus par an!). Pourtant, le grand public ignore un épisode énigmatique de sa vie personnelle: la mise en scène de sa propre disparition pendant dix jours. Décembre 1926: Agatha Christie disparaît mystérieusement en laissant sa voiture abandonnée en pleine campagne. Le mari d’Agatha est rapidement accusé de meurtre car la police enquête et découvre sa double vie. Que s’est-il passé dans la tête de la reine du polar? Avec une certaine élégance, Frédérique Deghelt se glisse dans la peau de la célèbre romancière pour nous livrer son interprétation. Dans un tête-à-tête avec la lectrice, la narratrice évoque longuement la perte de sa mère, la trahison de son grand amour et son incapacité à écrire. Cachée dans un hôtel chic du Yorkshire, où elle est inscrite sous le nom de la maîtresse de son mari, Agatha rencontre quelques personnages qui vont la pousser dans sa réflexion. Cette fiction romantique, très réussie, passionne et interpelle. L’auteure s’interroge judicieusement à propos de la frontière entre la fiction et la réalité. Avec succès et sur un air de musique folk, Frédérique Deghelt nous replonge dans l’atmosphère surannée d’un grand hôtel. Excellent moment de lecture.

Deux petits pas sur le sable mouillé. A-D. Julliand

Deux petits pas sur le sable mouillé

Publié aux éditions « J’ai Lu », voici le récit poignant d’une mère de famille confrontée à la maladie de ses deux enfants. Thaïs a deux ans lorsqu’elle marche sur une plage;  deux petits pas sur le sable mouillé. Sa mère, enceinte, remarque son pas incertain et décide de consulter. Sa petite fille passe une série d’examens et le diagnostic tombe: Thaïs souffre d’une maladie génétique orpheline rare; elle est en sursis. Sans pathos et avec beaucoup de pudeur, Anne-Dauphine Julliand raconte son calvaire, la souffrance, la douleur, le doute, le chagrin…mais aussi d’intenses moments d’amour et de joie. Quelques mois plus tard, Azylis, une autre petite fille arrive…avec la même maladie. Cette fois, il n’est peut-être pas trop tard pour guérir? La sagesse de Gaspard, le grand frère de quatre ans, impressionne: « C’est pas grave la mort, c’est triste mais c’est pas grave. » Loïc, le papa, souffre à sa manière. Le couple semble vaciller mais, finalement, l’amour est plus fort dans l’épreuve. Comment être heureux face à la maladie? Anne-Dauphine Julliand nous apporte une réponse: vivre le moment présent même si l’insouciance s’est enfuie à jamais. Ce récit est un cri d’amour. « Il faut ajouter de la vie aux jours lorsqu’on ne peut pas ajouter de jours à la vie. » Moment de lecture émouvant.

Article 353 du Code Pénal. T. Viel

Tanguy Viel - Article 353 du code pénal.

Voici le dernier roman de Tanguy Viel dont le titre peut induire en erreur. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’un extrait du code pénal! En bon Breton, Tanguy Viel nous embarque, du côté de Brest, dans une fiction désespérément drôle. Martial Kermeur a été arrêté par la police après avoir passé par dessus bord Antoine Lazenec, lors d’une sortie en mer. Que s’est-il passé? C’est ce que le jeune juge d’instruction tente de comprendre en interrogeant le quinquagénaire meurtrier. D’emblée, l’atmosphère du roman fait penser à l’excellent film de Claude Miller: « Garde à vue » . Dans le bureau confiné du juge, Martial Kermeur s’interroge et se laisse aller aux confidences. Comme dans les précédents romans de l’auteur, les paysages maritimes ressemblent aux états d’âme du narrateur. Avec habilité, Tanguy Viel se glisse dans la peau du personnage principal. Dans un langage simple et imagé, Martial Kermeur exprime sa détresse; un enchaînement de circonstances malheureuses sur fond de crise industrielle. Tanguy Viel dose parfaitement son cynisme pour nous offrir des instants d’ironie. Un roman court et bouleversant sur l’intime conviction. Lecture Coup de Cœur! Grand Prix RTL-Lire 2017.

Lointain. M. Modiano

Le talent est-il héréditaire? Marie, la fille du Prix Nobel de Littérature (2014), nous propose un joli roman où le passé et le présent s’entrecroisent. La narratrice se souvient de sa rencontre avec un jeune écrivain américain et d’une tournée théâtrale à travers l’Europe. Pour la lectrice, il est difficile de ne pas comparer l’écriture du père et de la fille car certaines similitudes stylistiques sautent aux yeux. Comme dans les romans de Patrick Modiano, la fiction est construite sur l’évocation de souvenirs; la narratrice se tourne vers le passé pour chercher des traces. La part autobiographique est également perceptible. En effet, Marie Modiano est une artiste, à la fois comédienne et chanteuse, qui se base sur ses souvenirs de tournées pour construire son roman. Ici aussi, la narratrice se perd dans différents lieux, rues, villes…Enfin, nous retrouvons les thèmes prédominants de la solitude et d’une histoire d’amour malheureuse. Ses similitudes n’enlèvent rien au talent de Marie Modiano. Son écriture est délicate, poétique, mélancolique…L’auteure nous propose un univers, un climat singulier qui lui est propre. Le titre « Lointain » évoque la distance dans le temps mais aussi l’arrière de la scène au théâtre. Bon moment de lecture.

La méthode Chataignier. F. Chataignier

La méthode Chataigner: 7 étapes simples pour atteindre votre poids de forme et le garder longtemps

Voici une méthode qui fait rimer gourmandise, bien être et belle silhouette. En partant du principe que le surpoids est le résultat d’un dérèglement chimique, Frédérique Chataigner nous invite à réguler nos carences, rééquilibrer notre organisme. Grâce à un simple test, vous pourrez déceler vos insuffisances hormonales (sérotonine, dopamine…) et adapter votre alimentation: manger quotidiennement des œufs, des bananes, des avocats, cuisiner avec du beurre clarifié (ghee)…La seconde partie du livre se consacre aux recettes faciles, gourmandes et délicieusement exotiques. Cette fois, vous apprendrez à cuisiner autrement pour manger mieux, durablement. Seul bémol: les désagréables et insurmontables périodes de jeûne.

Les Années Solex. E. de Boysson

Les années Solex

A l’instar de sa couverture, le dernier roman d’Emmanuelle de Boysson est une fiction pleine de fraîcheur. « Les Années Solex » symbolisent, ici, l’adolescence, la soif de liberté et les premiers émois d’une jeune française en pleine période « yéyé ». Juliette, l’héroïne du roman, a quatorze ans lorsqu’elle fait la rencontre de Patrice; inoubliable premier amour. Amoureuse et espiègle, Juliette va braver les interdits et se rebeller contre son milieu bourgeois pour s’émanciper. Sur un air nostalgique, Emmanuelle de Boysson nous fait revivre l’atmosphère colorée des années 70: la couleur menthe à l’eau, les tubes du juke-box, la mode hippie, les pages tâchées de « Mademoiselle âge tendre » … Ce joli roman d’émancipation, aux allures de journal intime, touchera particulièrement un lectorat féminin mélancolique. Bon moment de lecture.

Les Cygnes de la Cinquième Avenue. M. Benjamin

Les Cygnes de la Cinquième Avenue par Benjamin

Dans le New York des années 50, les femmes de la haute société étaient surnommées « Les cygnes de la Cinquième Avenue » .  Aux yeux du monde, ces femmes incarnaient l’élégance, la beauté, la puissance… et portaient des noms célèbres comme Vanderbilt, Stuyvesant ou Roosevelt. Parmi ces cygnes, Babe Paley se distinguait des autres grâce à son style. Mariée au magnat de la presse, Bill Paley, Babe mène une vie de femme superficielle, inaccessible et trompée. Sa rencontre avec l’écrivain prodige Truman Capote va bousculer sa vie. Fasciné par la jet set, Truman accède au cercle très fermé « des Cygnes de la Cinquième Avenue » grâce à Babe. Régulièrement, il côtoie ces femmes gracieuses mais aussi leurs histoires familiales et leurs secrets. Grâce à son style caméléon, Mélanie Benjamin se glisse, avec talent, dans la peau de ses personnages pour dresser un portrait impitoyable de la jet set new yorkaise. Auteure décomplexée, elle redonne également vie au personnage de Truman Capote, homosexuel immature et cynique. Entre fiction et réalité, le conte de fée va malheureusement virer au tragique. Bon moment de lecture.

Le vertige des falaises. G. Paris

Quelque part le long des côtes de l’Afrique, imaginez une île sur laquelle se dresse une maison d’architecte; un palais de verre bâti sur des falaises. Le décor du dernier roman de Gilles Paris est planté; un univers visuel singulier où la lectrice aime se promener. Comme dans ses livres précédents, Gilles Paris a le don de se mettre à la hauteur d’une enfant de 9 ans. Marnie, ce personnage attachant, a le défaut de coller trop souvent ses oreilles aux portes de la maison et son œil aux serrures. Son jardin secret est plein de mystères et d’herbes hautes dans lesquelles elle aime se rouler. En compagnie de Jane, sa confidente, Marnie se promène dangereusement au bord des falaises. Deux femmes veillent sur l’adolescente effrontée: sa mère Rose et sa grand-mère Olivia. Pourtant, Marnie n’a déjà plus beaucoup d’illusions. La maladie, le malheur et la violence n’épargnent pas la famille Mortemer. Les hommes, non plus, n’échapperont pas à leur destin.  Dans ce roman choral, empreint de poésie et de sensibilité, chaque personnage donne sa version des faits. Au fil des pages et des émotions, Gilles Paris lève le voile sur les mystères de cette étrange famille. Bon moment de lecture.

Voyages en Autistan. J. Schovanec

Voyages en Autistan - Chroniques des "Carnets du monde" - Saison 2 - Schovanec Josef

Porteur du syndrome d’Asperger et docteur en philosophie, Josef Schovanec intervient, chaque semaine, dans l’émission radiophonique « Carnets du monde » (Europe 1). Il publie également la seconde saison de ses chroniques: « Voyages en Autistan » . A ses yeux, l’Autistan est une contrée à part, le monde des autistes. Voyageur polyglotte, Josef nous parle de ses expériences singulières et s’interroge sur la normalité avec beaucoup d’humour. Son huitième voyage, au sujet de la science des valises, est un exemple frappant de sa vision des choses. Avec intelligence et poésie, il nous confronte à nos comportements de personnes valides et nous invite à une plus grande ouverture sur son monde.  A méditer. Bon moment de lecture.

Votre cerveau. M. Cymes

Michel Cymes, médecin et présentateur d’émissions médicales sur France Télévisions, a toute notre confiance. Son dernier livre rassure et fait du bien. Avec humour, Michel Cymes explique comment chouchouter notre cerveau, véritable tour de contrôle du corps. Pour bien vieillir, il nous invite à le faire travailler, à bien s’alimenter et à pratiquer un sport. Tous les passages du livre ne passionnent pas la lectrice (communication non violente…) mais ont le mérite d’être pertinents. En s’appuyant sur des études scientifiques récentes, Michel Cymes en profite pour dénoncer certains dogmes: les neurones ne se détruisent pas, ils se régénèrent avec l’âge. La fin du livre se consacre aux maladies du cerveau comme la maladie d’Alzheimer, Parkinson, la dépression, l’AVC…Bon moment de lecture.

Trois saisons d’orage. C. Coulon

Trois saisons d'orage par Coulon

Cécile Coulon est une jeune auteure française talentueuse. Dans son dernier roman, elle nous raconte une histoire puissante et crée un climat singulier. Nous sommes au XXème siècle, dans un village français: « une pierre cassée au milieu d’un pays qui s’en fiche. »  Dans ce monde rural baptisé « Les Fontaines » , trois générations d’hommes vont se succéder. André, un jeune médecin, quitte Lyon et ouvre un cabinet au village, près des ouvriers et des paysans. Tombé sous le charme d’une vieille maison, à l’est du massif des « Trois-Gueules » , il s’y installe et coule des jours heureux en compagnie de son fils Benedict. Quelques années plus tard, Benedict épouse la belle Agnès dont il aura une fille prénommée Bérangère. A l’école du village, Bérangère fréquente Valère, un fils de paysans. Amis puis amoureux, les deux adolescents s’aiment au grand jour. Les familles se connaissent, s’apprécient. Au fil des pages, la lectrice redoute une issue tragique; une tragédie classique. Cécile Coulon entretient remarquablement le suspense. Et, au moment où le rythme semble ralentir, un événement vient tout bouleverser. La nature reprend toujours ses droits. Très bon moment de lecture.

 

XY de l’identité masculine. E. Badinter

XY, de l'identité masculine par Badinter

Cet essai, publié en 1992, nous offre un regard sur l’identité masculine à la fin du XXème siècle. A l’origine, l’homme possède une part de féminin (XY) car il est né du ventre de sa mère (XX). Tout au long de sa jeunesse, le petit garçon va chercher à se séparer de sa génitrice, la trahir, pour pouvoir construire son identité. Avec justesse, Elisabeth Badinter s’interroge sur la masculinité en s’appuyant notamment sur les œuvres littéraires de Diderot, Voltaire, Baudelaire ou Hemingway. Qu’est-ce qu’un homme? Pour y répondre, la philosophe analyse l’évolution de la masculinité à travers l’histoire, les sciences et les cultures. Une large part de cet essai se consacre à la virilité, l’homosexualité et la paternité. Intelligemment, Elisabeth Badinter dessine, ici, les contours flous de l’homme du XXIème siècle. Bon moment de lecture.

Mon Paris littéraire. F. Busnel

Mon Paris littéraire

Sous des allures de guide officiel, ce livre d’escapade nous réserve quelques belles surprises; découvrir Paris autrement. Notre animateur préféré ne s’est pas contenté d’indiquer des adresses; il se livre à des confidences, propose une promenade au bord de la Seine et dévoile quelques endroits confidentiels. Au fil de notre lecture, nous découvrons un François Busnel mondain, esthète et épicurien, qui, après un dîner à « La Closerie des Lilas », aimait mixer chez « Castel ».  Cependant, ce grand amoureux de Paris apprécie également les choses simples: admirer un très vieil arbre, bouquiner au Jardin des Plantes, s’installer sur un banc ensoleillé du XVIIème arrondissement…Sans langue de bois, l’animateur présente une sélection de librairies mais aussi des parcs, des restaurants et des curiosités comme les adresses de certains personnages de romans: la maison où Cosette épouse Marius dans « Les Misérables » , la pension du « Père Goriot » , l’adresse des « Trois Mousquetaires » , les lieux évoqués par Modiano…Grâce à son « Paris littéraire », François Busnel nous invite à découvrir la capitale sous un autre angle. Bon moment de lecture.

Attachement féroce. V. Gornick

Devenu culte aux Etats-Unis, ce roman (1987) autobiographique, consacré aux relations mère-fille, est aujourd’hui disponible en français. En s’appuyant sur toutes sortes d’anecdotes et de souvenirs de jeunesse, à New-York, Vivian Gornick décortique sa relation complexe avec sa mère juive. Lucide, Vivian évoque cette mère toute puissante et charismatique; son attachement féroce. Les voisins et voisines de l’immeuble du Bronx défilent, au fil des pages, pour nous offrir un univers de portraits attachants et souvent drôles. Il est question, ici, d’amour, de féminisme, d’éducation, d’identité, de liberté…Vivian Gornick rend un vibrant hommage à sa mère mais également à la ville de New-York, toile de fond de ce roman universel. Excellent moment de lecture.

 

La Sonate à Bridgetower. E. Dongala

La sonate à Bridgetower
(Sonata mulattica) par Dongala

Amis mélomanes, voici un roman passionnant à propos de George Bridgetower, un très jeune violoniste, de couleur, qui a séduit l’Europe à la fin du 18ème siècle. Élève du grand compositeur Haydn, l’enfant prodige se produit sur les scènes de Bruxelles, Paris puis en Grande Bretagne avant de rejoindre l’Autriche, son pays d’origine. Avec talent, Emmanuel Dongala sort de l’oubli ce jeune musicien mulâtre en nous le présentant dans le contexte historique de son époque où se croisent des célébrités comme le chevalier de Saint Georges, Lavoisier, Dumas, Olympe de Gouges… Avec surprise, nous découvrons une élite africaine, souvent métisse, qui évoluait dans les cours européennes de l’époque. Il est, ici, question de la condition noire mais aussi des prémisses du féminisme en Europe. De retour en Autriche, George se liera d’amitié à Beethoven qui lui dédiera une sonate (Sonata Mulattica), avant de changer d’avis. Un roman d’apprentissage précieux pour les amoureux du classique. Excellent moment de lecture.

La Cache. C. Boltanski

Christophe Boltanski dresse, ici, un portrait original de sa famille. Comme dans une partie de Cluedo, la lectrice découvre les pièces en enfilade d’un hôtel très particulier de la rue de Grenelle. Derrière une belle façade, la famille Boltanski mène une vie bourgeoise, à la fois foutraque et bohème. Christophe, le petit-fils, nous présente Myriam alias sa mère-grand fantasque; Etienne son grand-père mystérieux et leurs enfants: Jean-Elie, Christian et Luc (père de Christophe). Chaque membre de cette famille d’intellectuels partage un héritage de névroses. D’où provient cette angoisse incessante, cette peur de l’autre, des maladies, de la nourriture?  Tout au long du roman, le petit-fils fait le chemin à l’envers pour tenter d’expliquer: l’exil du grand-père juif, le déracinement, la première guerre mondiale puis la seconde, sa reconversion  au catholicisme et cette fameuse cache de l’hôtel particulier. Dans un style empreint de mélancolie et de sincérité, Christophe Boltanski raconte un tas d’anecdotes familiales, des détails drôles (ou pas), des chapitres de son enfance entre les murs de cette étrange maison, plans à l’appui. En qualité de grand reporter, Christophe Boltanski maîtrise son sujet, s’épanche, s’égare parfois. Beaucoup de passages captivent la lectrice, comme l’hommage flamboyant à sa mère-grand, mais d’autres lassent. Bon moment de lecture. Prix Femina 2015.

Les Vies de Papier. R. Alameddine

Pour moi, recevoir un livre est un cadeau. Et pour vous? Si la réponse est positive, vous êtes, peut-être, un grand lecteur ou une grande lectrice comme la narratrice du roman: Aaliya, 72 ans. Habitante de Beyrouth, cette femme solitaire revient sur les chemins sinueux de ses lectures, évoque ses auteurs préférés, ses nombreuses traductions et sa propre initiation à la musique classique. Sur un air de Chopin, Aaliya se souvient de sa librairie ouverte en pleine guerre quand elle se sentait vivante au milieu du chaos de Beyrouth; enfuie en littérature. Dans son grand appartement, au milieu de ses vies de papier, elle revit ses illusions, ses déceptions tout en se désolant de la perte du mystère en littérature. Confrontée à sa mère et à sa propre vieillesse, Aaliya s’interroge sur sa vie de femme isolée dans une ville en constante évolution. Dans ce roman truffé de citations et d’humour, Rabih Alameddine nous invite à la réflexion à propos du temps qui passe, de la famille, de la condition féminine en Orient…Un portrait de femme singulier; un roman profondément intelligent. Excellent moment de lecture. Prix FEMINA Etranger 2016.

Le Dernier des Nôtres. A. De Clermont-Tonnerre

Le dernier des nôtres par Clermont-Tonnerre

Dresde, 1945: une jeune femme blessée donne la vie au milieu des ruines. Son fils portera le nom de Werner Zilch, c’est sa dernière volonté. Avant de mourir, la jeune mère désigne son enfant comme étant « le dernier des nôtres » . L’histoire commence; la fiction va osciller entre deux époques très différentes. Adélaïde De Clermont-Tonnerre donne une structure à son roman en se référant à quelques personnages et faits historiques méconnus du grand-public. Installé à Manhattan, vers 1970, Werner Zilch tombe follement amoureux de Rebecca, une fille gâtée de la jet set. Brusquement confronté à des éléments de son passé, Werner va découvrir peu à peu son histoire familiale sur fond d’opération « paperclip ».  Retracer le New-York des seventies, celui où l’on croise Andy Warhol, Patti Smith, Truman Capote, Warren Beatty mais aussi Donald Trump est le point fort de ce roman sentimental. Malheureusement, beaucoup de passages comportent des clichés naïfs et des stéréotypes. La lecture du roman est facile mais ne captive pas. A la fin, la romance entre le jeune loup et l’enfant gâtée laisse perplexe. Grand Prix du Roman de l’Académie française (!).

PAMELA. Stéphanie des Horts

Inconnue du grand public, Pamela Digby avait pourtant toutes les qualités d’une héroïne de roman. Stéphanie des Horts s’attache à faire revivre cette charmante aristocrate anglaise tant désirée par les hommes. Très jeune, Pamela épouse Randolph, fils de Winston Churchill, et lui donne un fils. Elle portera, tout au long de sa vie, le nom de cette illustre famille; laissez-passer des cercles mondains. Après son divorce, Pamela Churchill collectionne les aventures: Ali Khan, Agnelli, Sinatra, Rothschild, Murrow, Druon, Harriman…et se forge une réputation sulfureuse. La vie est une fête pour cette femme libre qui s’installe notamment à Paris, dîne chez « Maxim’s » en robe « Dior » puis danse sur un rythme de jazz au « White Elephant ». L’amour est un jeu pour cette belle rousse insouciante qui se mariera trois fois. Avec beaucoup d’audace et de culot, l’auteure romance la vie de Pamela, décrit son quotidien, ses voyages, ses pensées, ses passions… La lectrice suit cette aristocrate singulière du Blitz, où elle espionne, jusqu’à Paris où elle sera l’Ambassadrice de Bill Clinton. Sans complexe, l’auteure nous la présente comme une courtisane, une femme qui donne tout: « son corps, son cul et même son cœur ». La lecture de cette biographie romancée est agréable même si certains passages s’attardent un peu trop sur des détails anecdotiques, des cancans et des ragots agaçants. Finalement, Stéphanie des Horts nous présente une femme enjouée, une grande amoureuse qui amuse et intrigue. Bon moment de lecture.

Le Dahlia Noir. J. Ellroy

Le quatuor de Los Angeles - Le quatuor de Los Angeles, Tome 1

Si vous avez envie de vous glisser dans la peau d’un flic de Los Angeles obsédé par le meurtre d’une jeune femme, voici un roman qui pourrait vous combler. Publié en 1987, « Le Dahlia noir » est, aujourd’hui, devenu culte grâce à l’adaptation cinématographique de Brian De Palma. 15 Janvier 1947: le corps atrocement mutilé d’Elizabeth Short est retrouvé dans un terrain vague de Los Angeles. L’affaire secoue l’opinion publique et deux flics débutent une longue enquête à rebondissements. En réalité, James Ellroy télescope, ici, le meurtre non élucidé de la jeune starlette, surnommée « Le Dahlia noir » , et celui de sa propre mère assassinée mystérieusement en juin 1958. En trempant sa plume dans le chagrin, Ellroy nous présente une fiction incroyablement intense et bouleversante. Tout au long du roman, Bucky Bleichert, flic véreux et narrateur, évolue dans une Amérique d’après guerre, corrompue, raciste et violente. Pour cet homme malmené par la vie « Le Dahlia noir » devient une obsession, un fantasme. La noirceur de ce polar impressionne, heurte la sensibilité, mais ne laisse aucun lecteur indifférent. Bon moment de lecture.

Weidmann, le tueur aux yeux de velours. P. Randa

Weidman, le tueur aux yeux de velours par Randa

Le 22 juin 1939, à Versailles, Eugène Weidmann est le dernier condamné guillotiné en place publique.  Philippe Randa trace le portrait de cet assassin de nationalité allemande à la fois dandy et escroc désabusé. Sa beauté physique lui a valu le surnom de « tueur aux yeux de velours » . L’homme amadouait ses victimes en espérant les kidnapper pour demander une rançon. Mais sa première expérience tourne à la tragédie; Weidmann tombe inéluctablement dans la spirale du crime médiocre. L’auteur se penche, tout spécialement, sur l’enquête du juge Berry avant la condamnation finale pour six meurtres et vols qualifiés. Le magistrat cherche une vérité plus proche du contexte de l’époque: Weidmann était-il un agent nazi? Colette, la romancière et journaliste, suivra le procès de cet assassin sordide qui, pourtant, l’interpelle. Sommes nous face à un monstre, un malade ou un homme? En annexes, Philippe Randa a eu la bonne idée de glisser quelques lettres, des extraits du journal intime de Weidmann et quelques rapports d’experts afin de nous éclairer sur la personnalité de cet homme maudit. Bon moment de lecture.

Derniers feux sur Sunset. S. O’Nan

Derniers feux sur Sunset par O'Nan

Stewart O’Nan retrace, ici, les trois dernières années de la vie de Francis Scott Fitzgerald. Vers 1937, l’auteur du célèbre roman « Gatsby, le magnifique » n’est plus que l’ombre de lui même; ruiné et en panne d’inspiration. Après des années d’excès, sa femme Zelda est finalement internée dans un asile de Caroline du Nord. Scott peine à payer les soins de sa femme et les études de sa fille Scottie. Seul, scénariste à Hollywood, il tombe sous le charme de Sheilah Graham qui sera sa dernière compagne. Stewart O’Nan nous décrit la fin de vie romancée d’un auteur génial, miné par l’alcool; un écrivain piégé par le mirage hollywoodien. Dans ce roman, Scott Fitzgerald apparaît sous les traits d’un homme vulnérable, loin du statut d’icône. Au-delà de cet hommage, l’auteur dépeint minutieusement une époque, un monde qui s’effrite entre deux guerres, loin des paillettes d’Hollywood. Bon moment de lecture.

Babylone. Y. Reza

Yasmina Reza mérite parfaitement le Prix Renaudot pour ce roman sarcastique qui ressemble à un vaudeville: Elizabeth (narratrice) et Pierre organisent, chez eux, une fête de printemps avec quelques amis et voisins bourgeois de la banlieue parisienne. La soirée, teintée d’ennui, se passe bien et chaque invité rentre chez lui. Mais, au milieu de la nuit, le voisin (Jean-Lino) revient chez Elizabeth et Pierre pour annoncer une nouvelle de taille: il a étranglé sa femme! Après une première partie un peu déroutante, l’histoire commence véritablement. Avec brio, Yasmina Reza nourrit sa fiction de caricatures ridicules, portraits savoureux et malentendus. Son style extravagant glisse vers le burlesque lorsque Elizabeth et Jean-Lino se retrouvent, au beau milieu de la nuit, dans les couloirs de l’immeuble avec la valise contenant le cadavre. Les dialogues sont parfaitement maîtrisés et percutants comme dans une pièce de théâtre. Le plaisir se décuple au fil des pages; dans ce drôle de polar où Yasmina Reza aborde les thèmes de la solitude, de l’exil, du couple, du temps qui passe et de l’irrémédiable. Prix Renaudot 2016. Excellent moment de lecture.

Petit Pays. G. Faye

Gaël Faye publie ce premier roman et nous invite à vivre une histoire absolument bouleversante. Gaby, enfant métis du Burundi, est le narrateur de cette fiction qui se déroule au moment du génocide au Rwanda, en 1994. La première partie du livre se consacre au quotidien de Gaby et de toute sa famille, habitants de Bujumbura; ce petit pays si bien décrit par sa beauté, sa lumière, sa musicalité, sa joie de vivre… Comme dans beaucoup de familles, les parents de Gaby se séparent et le garçon trouve du réconfort en compagnie de ses copains Gino, Francis, Armand…  Puis, le ciel s’obscurcit, une guerre civile éclate, le génocide débute en laissant, derrière lui, un peuple mutilé. Au milieu de l’horreur, l’enfant passe de l’innocence à la barbarie. Grâce à une voisine, Gaby va, alors, découvrir les livres et l’évasion par la lecture. Gaël Faye excelle dans sa manière de nous faire vivre des sensations, des émotions; une vision magnifiée de l’Afrique qui fait appel à nos sens. Son style simple est empreint de jeunesse, de malice et de cynisme. Sans pathos, l’auteur nous décrit le processus du massacre tout en tenant la violence à distance. La lectrice découvre, dans ce premier roman très réussi, les thèmes de l’identité et de la mémoire. A travers, l’histoire de Gaby, Gaël Faye propose une vision enfantine; un regard d’enfant, sur l’effroyable génocide, récompensé, à juste titre, par le Prix Goncourt des Lycéens 2016. Prix Fnac 2016. Lecture coup de cœur!