L’enfant de Bruges. G. Sinoué

L'enfant de Bruges (Folio)
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Ce thriller, publié en 1999, se déroule à Bruges, au XVème siècle. À cette période, la première place financière d’Europe attire de nombreux marchands et provoque une floraison dans les domaines artistiques et culturels. Jan Van Eyck, le grand peintre primitif flamand, est un personnage central du roman. Gilbert Sinoué nous ouvre les portes de son atelier et nous renseigne à propos de l’état des connaissances et différentes techniques picturales, en pleine Renaissance. Il est question, ici, de conspirations, de religions et de complots ; un grand secret. Van Eyck et d’autres artistes deviennent la cible de mystérieux criminels. Jan, le jeune fils adoptif du maître, assiste à d’étranges assassinats et se retrouve menacé à son tour… Mais pourquoi ? Grâce à un impressionnant travail de recherche, Gilbert Sinoué maîtrise le suspense jusqu’au bout de sa fiction, même si la fin déçoit. Cette fresque historique a le grand mérite de nous propulser à travers les brumes de Flandre en 1441. Bon moment de lecture.

Après Constantinople. S. Van Der Linden

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Comment choisir un livre ? Pour ma part, j’avoue avoir acheté ce roman parce que je suis (aussi) l’homonyme de l’auteure. C’est donc la curiosité qui m’a fait découvrir cette fiction sensuelle, délicate. Sophie Van Der Linden nous entraîne dans les confins de l’Empire ottoman, au XIXème siècle, à l’heure de l’orientalisme. Participant à une mission diplomatique, un peintre parisien prolonge son voyage afin d’acquérir une fustanelle, un pantalon traditionnel ample et évasé. Égaré, il se retrouve prisonnier dans un domaine où règne une sultane à la peau d’ébène… La lectrice se laisse emporter par la beauté et la poésie des tableaux de ce peintre singulier, Georges-Henri François. Grâce au talent de l’auteure, la lectrice accède à la représentation de son art : une perspective, le velouté des textures, une nuance de couleur, des jeux de lumière…L’imaginaire s’emballe, les sens sont en éveil tout au long de la lecture de cette fiction poétique. Avec un certain sens de l’esthétisme, Sophie Van Der Linden nous propose un voyage en orient teinté de romantisme. Excellent moment de lecture.

La lumière est à moi. G. Paris

La lumière est à moi et autres nouvelles par Paris

L’enfance cabossée est le dénominateur commun des ouvrages de Gilles Paris. Après le succès de son roman « Autobiographie d’une courgette », adapté au cinéma en 2016, Gilles Paris nous invite à découvrir dix-neuf nouvelles qu’il faut lire avec délectation. La plus jolie nouvelle, celle qui reflète une atmosphère singulière et exotique, est selon moi : « Les pétales jaunes de Panarea. » Dans ce recueil poétique, il est question d’enfance, d’adolescence, de culpabilité, de mensonges, de secrets mais aussi d’amour et de tendresse ; premiers émois. Les enfants ou adolescents sont attachants, souvent spectateurs de la souffrance des adultes. Chaque lecteur, lectrice, retrouvera, dans ce recueil, une part intime de sa jeunesse. Au fil des pages, Gilles Paris passe de l’ombre à la lumière pour faire vibrer nos émotions. Bon moment de lecture.

Un château à Ipanema. M. Batalha

Couverture Un château à Ipanema

Nous sommes à Rio de Janeiro, en 1904. L’ambassadeur de Suède et sa femme, Johan et Birgit Jansson, s’installent dans la petite station balnéaire d’Ipanema, non loin de Copacabana. Ils se font construire un château et transforment Ipanema en une destination paradisiaque et prisée. L’auteure, Martha Batalha, s’inspire de la vraie vie de ce couple loufoque pour construire son roman. La première partie du livre captive. Birgit est une femme instable, mère de trois garçons, amoureuse et aimée par son mari. Ipanema a le pouvoir d’apaiser ce couple, malgré les tempêtes. Ensemble, ils aiment se promener sur le rivage…avant le drame. Ensuite, le rythme s’emballe. Les personnages se multiplient, les péripéties aussi et la lectrice se retrouve déboussolée. Pourtant, l’auteure a le mérite de nous faire découvrir un pan de l’histoire du Brésil. Il est question d’évolution urbaine jusqu’à l’émergence des favelas mais également de l’apparition du sida dans la communauté homosexuelle et de la place des femmes dans la société. Le style de Martha Batalha est vif et coloré ; elle parsème son roman de vocabulaire brésilien et de traditions culinaires. Avec talent, elle décrit la force des sentiments, la beauté des paysages et des villes, l’intérieur d’édifices ou d’appartements…comme elle décrit le quotidien d’une famille, d’une domestique ou l’état d’un couple au bord de la rupture. Moment de lecture singulier.

Elizabeth II ou l’humour souverain. S. Clarke

Stephen Clarke - Elizabeth II ou l'humour souverain.

Si vous vous rendez à Londres, profitez du voyage pour lire ce petit livre amusant. Stephen Clarke y dévoile quelques anecdotes et indiscrétions à propos du sens de l’humour, so british, de la reine Elizabeth II. Rappelez-vous cette séquence où la reine apparaît, en personne, aux côtés de James Bond à l’occasion des Jeux Olympiques de Londres. Derrière son air sévère et coincé, la reine Elizabeth II serait, en réalité, une femme fantasque, moderne, guindée mais pas snob. Passionnée d’équitation et de son armée de chiens (corgis), la reine prendrait même du plaisir à singer quelques chefs d’Etats. En définitive, et d’après l’auteur, Sa Majesté est une femme profondément humaine contrairement aux paroles de la chanson « God save the queen » des Sex Pistols. Bon moment de lecture.

Les huit montagnes. P. Cognetti

Les huit montagnes par Cognetti

Dans ce roman d’évasion, Paolo Cognetti nous invite à découvrir la force de la montagne. Inspiré, l’auteur italien raconte l’initiation d’un jeune garçon et son amitié pour Bruno, un montagnard taiseux. Citadin, Pietro découvre la région du Val d’Aoste lors de vacances en famille. L’été de ses onze ans, il parcourt les alpages en compagnie de Bruno et découvre une nature sauvage, un autre monde, une certaine liberté. Ā la recherche de lui même, Pietro va, ensuite, parcourir le monde pour finalement revenir sur les chemins escarpés de la montagne. Avec talent, Paolo Cognetti décrit les paysages de son enfance et les premières sensations d’un garçon face à la beauté de la nature. Il est également question d’amour filial dans ce roman bucolique récompensé par le Prix Strega, Prix Médicis Etranger. Bon moment de lecture.

Agatha Raisin. Sale temps pour les sorcières. M.C. Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 9 : Sale temps pour les sorcières par Beaton

Le tome 9 de cette série anglaise est à l’image d’Agatha Raisin : excentrique. Cette fois, notre détective se cache au « Garden hotel », sur la côte anglaise. Pourquoi? Agatha a été shampouinée à la crème dépilatoire par une coiffeuse rancunière. Presque chauve et toujours en manque d’amour, elle fréquente un groupe de résidents de l’hôtel puis consulte une sorcière réputée pour ses philtres. Malheureusement, la sorcière est subitement assassinée et Agatha Raisin se trouve en mauvaise posture… Une nouvelle enquête loufoque. Effet addictif. Bon moment de lecture.

Agatha Raisin. L’enfer de l’amour. M.C. Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 11 : L'enfer de l'amour par Beaton

Série culte en France, Agatha Raisin séduit beaucoup de lecteurs même si ce n’est pas de la grande littérature. Plongez-vous avec gaieté dans cette enquête trépidante où il est aussi question d’amour. Anti-héroïne par excellence, la quinquagénaire anglaise a, une nouvelle fois, le chic pour se fourrer dans des situations délicates. A peine mariée à James, Agatha va vivre un véritable enfer: infidélités, mensonges, disparitions et meurtres ! Un tome (11) à lire n’importe tout (si possible dans l’ordre). A consommer sans modération. Bon moment de lecture.

Les enfants de Venise. L. Di Fulvio

Les enfants de Venise par Di Fulvio

Vous aimez vous évader grâce à la lecture? Le roman de Luca Di Fulvio ne vous décevra pas. Cette fiction captivante, riche en émotions et en rebondissements, nous projette en 1515 dans une Italie trouble pleine de misère, de vices, d’inquisiteurs et de courtisanes. L’imagination de l’auteur est tout simplement prodigieuse. Il fait évoluer une panoplie de personnages dans le décor de la mystérieuse Sérénissime au XVIème siècle. Dans cette fresque romanesque, les enfants de Venise sont des petits voleurs de rue qui n’hésitent pas à se déguiser pour détrousser les passants. Ils se nomment Mercurio, Benedetta, Zolfo, Ercole….L’histoire débute à Rome où Mercurio, orphelin filou, commet un crime qui l’oblige à fuir du côté de Venise. Sur son chemin, il croise Isacco et sa fille Giuditta; son destin. Il est ici question de liberté, d’amour et de pureté des sentiments. Un roman fort, puissant et addictif. Le cœur est plus fort que l’esprit. Excellent moment de lecture.

Tant que se dresseront les pierres. M. Dédéyan

Née à Saint-Malo, Marina Dédéyan est l’auteure de la passionnante saga historique « De tempête et d’espoir ». Sa sixième publication nous embarque dans une fresque familiale romanesque du côté de Rennes. En 1942, au moment de la Seconde Guerre mondiale, trois frères bretons sont confrontés à des choix sous le regard d’un père privé de parole : résistance, collaboration….Grâce à un minutieux travail de recherche, Marina Dédéyan retrace les événements au plus près de la vérité et met en lumière la part d’ombre du peuple breton. En puisant dans ses racines russes et arméniennes, cette passionnée d’histoire s’interroge à propos de l’identité bretonne et excelle dans sa manière de décrire cette terre d’embruns qu’elle connaît si bien. Bon moment de lecture.

49 ans et demi…E. Rébillon

49 ans et demi

A 52 ans, Muriel Hermine est devenue Championne du monde, toutes catégories, de natation synchronisée. Cette grande sportive, résiliente, préface le joli roman d’Edith Rébillon en soulignant l’importance du mental à l’approche de la cinquantaine. A la manière d’un journal intime et dans un style sans prétention, l’auteure nous raconte une histoire très actuelle, empreinte de sincérité. L’héroïne s’appelle Victoire; elle vit avec le père de sa fille, en Bretagne. Victoire commence à livrer ses confidences au moment où elle se retrouve dans l’impasse d’un divorce violent. Accidentée de l’amour, Victoire part avec sa fille sous le bras et refait sa vie à Paris. Dans cette nouvelle vie, pleine d’opportunités, Victoire se réinvente. Beaucoup de lectrices s’identifieront à cette femme qui pleure, se dispute, se souvient, analyse, se découvre, aime…A travers ce roman, Edith Rébillon nous parle de l’urgence de vivre à l’aube de nos 50 ans. Le titre, « 49 ans et demi », fait référence à l’enfance. Un roman touchant qui se lit facilement. Bon moment de lecture.

 

Remède de cheval. M.C. Beaton

Agatha Raisin enquête, tome 2 : Remède de cheval par Chesney

Si la lecture représente, pour vous, une activité barbante, voici un roman qui peut vous faire changer d’avis. Agatha Raisin, une quinquagénaire anglaise, mène l’enquête après le décès de son vétérinaire préféré. Au fil des pages, nous découvrons un personnage étonnant: Agatha est une femme à la personnalité affirmée, curieuse et rusée. James Lacey, un ancien militaire séduisant, va contribuer à l’enquête tout en éveillant les fantasmes d’Agatha. L’auteure, M.C. Beaton, dose parfaitement le suspense dans cette enquête rondement menée. Il existe déjà un autre tome des aventures d’Agatha Raisin: « Quiche fatale » ; tout un programme. Un roman de gare, léger et drôle, à glisser dans vos valises. Bon moment de lecture.

Mon Paris littéraire. F. Busnel

Mon Paris littéraire

Sous des allures de guide officiel, ce livre d’escapade nous réserve quelques belles surprises; découvrir Paris autrement. Notre animateur préféré ne s’est pas contenté d’indiquer des adresses; il se livre à des confidences, propose une promenade au bord de la Seine et dévoile quelques endroits confidentiels. Au fil de notre lecture, nous découvrons un François Busnel mondain, esthète et épicurien, qui, après un dîner à « La Closerie des Lilas », aimait mixer chez « Castel ».  Cependant, ce grand amoureux de Paris apprécie également les choses simples: admirer un très vieil arbre, bouquiner au Jardin des Plantes, s’installer sur un banc ensoleillé du XVIIème arrondissement…Sans langue de bois, l’animateur présente une sélection de librairies mais aussi des parcs, des restaurants et des curiosités comme les adresses de certains personnages de romans: la maison où Cosette épouse Marius dans « Les Misérables » , la pension du « Père Goriot » , l’adresse des « Trois Mousquetaires » , les lieux évoqués par Modiano…Grâce à son « Paris littéraire », François Busnel nous invite à découvrir la capitale sous un autre angle. Bon moment de lecture.

Le Goéland. J. Balde

Le Goéland de Jean Balde

Amoureux du Bassin d’Arcachon et du Cap Ferret, voici un roman poétique écrit sous le pseudonyme de Jean Balde, en 1926. L’auteure de cette fiction était,en fait, une écrivaine qui s’appelait Jeanne Marie Bernarde Alleman (1885-1938). Lauréate du Grand Prix du roman de l’Académie Française, la romancière se voulait l’héritière de George Eliot. « Le Goéland » était son roman préféré. Au début du XXème siècle, Jean Balde choisit de situer sa fiction du côté du village d’Arès, aujourd’hui défiguré par la modernité, du temps où Bordeaux semblait loin. « Le Goéland » ressemble à un reportage ébloui, désuet, qui rend hommage à tout un peuple d’ostréiculteurs, de marins, de bergers et de résiniers. Dans un style pittoresque, Jean Balde reconstitue de magnifiques paysages, un langage, des gestes, des costumes, une nature somptueuse….« Autour de ce rond miroir d’eau, le Bassin d’Arcachon, un cirque sinueux profile ses lisières de pins et de sable, boursouflées de dunes, les unes boisées, d’un vert de bronze, d’autres sauvagement nues, aux crêtes d’argent rose, couleur de désert… » Jean Balde nous raconte l’histoire touchante d’un bâtard: Michel, jeune garçon perdu, en quête d’identité. Placé dans une famille, il reçoit parfois la visite furtive de sa mère, Laure, qui détient le secret à propos des origines de Michel; un terrible secret de famille qu’elle finira par dévoiler. Même si l’énigme tient en haleine, il faut admettre que ce sont les descriptions de la beauté de cette région sauvage, d’avant l’anarchie immobilière, qui nous captivent; la découverte d’un éden. Beau moment de lecture.

La mémoire des embruns. K. Viggers

La mémoire des embruns par Viggers

Si vous aimez les grands espaces, vous aimerez ce bol d’air iodé proposé par Karen Viggers. Sur l’île de Bruny, du côté de la Tasmanie, une veuve âgée passe ses derniers jours là où elle a vécu avec ses enfants et son mari, gardien de phare. Au creux des dunes, dans une cabane en rondins face à la baie, Mary se souvient de Jack, son époux, mais aussi d’un secret. Dès le début de l’histoire, une mystérieuse lettre traîne au chevet de Mary. Il faudra attendre les dernières pages du roman pour découvrir son contenu. Le suspense n’est pourtant pas entier car la lectrice est dans la confidence, ce qui gâche légèrement notre plaisir. Dans cette fiction, il est également question de Tom, le fils de Mary. Divorcé, Tom n’arrive pas à trouver son bonheur. Solitaire, il se réconforte auprès de son chien, Jess. Ce roman est une promesse d’évasion; la découverte d’une nature magnifique où planent des oiseaux marins. L’écriture, simple et sincère, de Karen Viggers nous emporte dans un paysage du bout du monde balayé par les embruns. Bon moment de lecture.

Passé imparfait. J. Fellowes

Si vous voyagez, cet été, voici un roman qui peut vous aider à patienter dans la bonne humeur. Le créateur de la série Downton Abbey nous replonge, ici, dans l’Angleterre des années soixante en présentant, avec beaucoup d’humour, un portrait féroce de l’aristocratie de l’époque. Entre Tea parties et Saison des Débutantes, le personnage de Damian Baxter arrive à s’introduire dans un monde réputé inaccessible; pour le meilleur et pour le pire. Quarante années se sont écoulées depuis la dernière rencontre de notre narrateur avec le beau Damian. Ce dernier va lui demander une faveur particulière: retrouver un héritier dont il ignore l’identité. Beaucoup de rebondissements et de révélations jalonneront le parcours de notre narrateur pour notre grand plaisir de lecture. Julian Fellowes s’amuse à faire des allers-retours dans le temps pour mieux évoquer un monde révolu, celui qui séparait les maîtres des serviteurs. Moment de lecture divertissant.

Le grand marin. C. Poulain

Catherine Poulain - Le grand marin.

Voici un roman bouleversant qui projette la lectrice dans le monde de la mer à l’état brut. Partant de sa propre expérience, Catherine Poulain décrit l’exil d’une femme française, une baroudeuse, qui quitte ses chaînes pour partir à l’aventure et franchir la dernière frontière: l’Alaska. Entourée de marins, confrontée aux éléments, Lili embarque à bord d’un bateau de pêche où l’existence est incroyablement rude pour une femme. Celle qui commence son apprentissage à bord du « Rebel » , dort sur le plancher de la timonerie puis travaille au rythme effréné de la pêche à la morue noire et au flétan. Dans son ciré jaune, ce petit bout de femme fragile cherche à aller au bout de ses forces comme les hommes et rêve de toucher du doigt le mont Pillar.  Dans un combat frénétique, Lili saigne le poisson, entaille l’ouïe, éventre le corps gluant qui résiste dans des soubresauts désespérés…Pour la lectrice, une image puissante surgit à l’instant où Lili gobe le cœur d’un poisson: « au chaud dans moi ce cœur qui bat, dans ma vie à moi la vie du grand poisson que je viens d’embrasser pour mieux éventrer. » Sur le pont du « Rebel » où hurlent les mouettes, Lili va croiser le regard d’un homme: « Le grand marin » . Cette rencontre est celle de deux individus perdus qui vont se révéler l’un à l’autre. Ce roman d’apprentissage, écrit à la première personne du singulier, est captivant. Au rythme des marées, l’écriture percutante de Catherine Poulain porte le parfum des embruns; le goût du sel. Au fil des pages, Lili trouvera, au milieu de l’océan et des brassées du vent, la fraternité des hommes. Excellent moment de lecture.

Paroles blessées. M. Terki

Il faut lire ce recueil de poésie, écrit en prose, en s’imprégnant de la beauté de chaque mot. Des paroles blessées comme des cicatrices. Meriem Terki évoque le temps qui passe, l’amour, la mort, le désir, l’attente… Elle dépose, sur les pages de ses cahiers d’étudiante, des mots comme des larmes et confie ses amours mortes, interdites, dans un rapport au corps très sensuel. En dévoilant son univers tissé d’absolu, Meriem oscille entre ombre et lumière pour provoquer en nous toute une gamme d’émotions.

« Il est passé, tu sais, le train de nos baisers, j’attendrai qu’il revienne. »

Des chauves-souris, des singes et des hommes. P. Constant

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L’OMS vient de publier un rapport selon lequel une personne décède chaque minute dans le monde à cause d’une maladie infectieuse. Paule Constant est bien placée pour nous parler des grandes épidémies: son père était médecin militaire et son mari est un infectiologue réputé. A travers cette fiction, l’auteure tente d’identifier la chaîne d’une mystérieuse épidémie mortelle en partant du premier malade: un gamin de deux ans nommé Emile. Tout se passe en Afrique, au Congo, dans la tribu des Boutouls entourée du désordre des herbes bambous et des plants de manioc. La sœur d’Emile, Olympe, joue avec un bébé chauve-souris sous un manguier alors que les garçons de la tribu partent à la recherche de gibier dans la Montagne des nuages. Quelques jours plus tard, l’ensemble de la tribu partage un festin: de la viande de brousse rapportée victorieusement par les garçons. Dans cette région, des sœurs et bénévoles de « Médecins Sans Frontières » s’activent pour soigner les populations en menant des campagnes de vaccination. Le personnage d’Agrippine est docteur en médecine et voyage pour des ONG, au gré des guerres et des épidémies, loin d’un système auquel elle n’adhère pas. Aux côtés de Virgile, un ethnologue, Agrippine va confronter ses thèses à propos des maladies endémiques. Malheureusement, l’ignorance et le manque de moyens favorisent le développement des épidémies et la bonne volonté ne suffit pas. La superstition est un autre grand thème du roman: Olympe sera destinée à porter la malédiction de la tribu. La nature se venge t-elle des hommes? Paule Constant, membre de l’Académie Goncourt, dépeint talentueusement la beauté de l’Afrique, ses croyances et ses traditions. C’est avec plaisir que nous partons dans cette aventure pourtant dénuée de mystère car Paule Constant a déjà dévoilé, dans quelques interviews, le nom de l’épidémie dont elle décrit les mécanismes: Ebola. Bon moment de lecture.

Jeune fille à l’ouvrage. Y. Ogawa

Jeune fille à l'ouvrage par Ogawa

Ce recueil de dix nouvelles éveille, au fil des pages, chacun de nos sens. En effet, la lecture de cet ouvrage invite à un voyage poétique au Japon. A la manière d’un origami, Yôko Ogawa décrit avec délicatesse les détails de la vie quotidienne de ses personnages et précipite la lectrice dans un univers singulier. L’ensemble des éléments, propres à chaque histoire, évoque souvent un tableau d’art moderne. Mention spéciale pour « L’Encyclopédie » . Yôko Ogawa y développe des thèmes liés à l’intime, l’écriture, le désir, l’enfance et le mensonge. Bon moment de lecture.

L’aviatrice. P. McLain

L'aviatrice de Paula Mclain

Voici un roman captivant qui nous emporte au Kenya, au début du XXème siècle, dans une ambiance digne du film « Out of Africa » et du roman de Karen Blixen: « La ferme africaine » . Au Kenya, Beryl Markham grandit, comme une sauvageonne, sous le regard de son père et certains membres de la tribu Kipsigi. La jeune Beryl apprend à dresser des chevaux de course sur la propriété familiale. Dès sa première rencontre avec Denis Finch Hatton, elle tombe éperdument amoureuse mais celui-ci est déjà engagé dans une relation avec la romancière Karen Blixen. De mariages ratés en liaisons adultères, Beryl va accomplir son destin de femme libre entre l’Afrique et l’Angleterre. Elle sera la première aviatrice à effectuer un vol transatlantique, en solitaire, à bord de son Vega Gull bleu baptisé « Messenger » . Paula McLain s’inspire de personnages et faits réels pour nous embarquer dans cette fiction romantique très réussie. La plume poétique de l’auteure rend un hommage vibrant à la beauté sauvage de la nature africaine au temps de la colonisation britannique. Excellent moment de lecture.

 

Rien de personnel. A. Colombier Hochberg

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Agathe Colombier Hochberg aborde la question de la défaillance maternelle dans un petit roman qui manque singulièrement de profondeur. Elsa, son personnage principal, est historienne et biographe. Elle décide d’écrire la biographie d’une actrice française célèbre qui est, en fait, sa mère biologique. Elevée par son père, Elsa n’a plus eu de contact avec sa mère depuis son dixième anniversaire. L’enquête menée par Elsa, afin de retracer l’histoire de sa famille maternelle russe, est le point fort du roman. Malheureusement, tout ce qui concerne Elsa et sa fille Louise (en ado tyrannique et menteuse) parasite la lecture. Des thèmes essentiels comme ceux de l’identité, de la difficulté d’être mère, de l’abandon, du secret… sont effleurés. Cette fiction simple, au ton léger, comporte trop de généralités et procure à la lectrice un sentiment de frustration.

Guide à l’usage des jeunes femmes à bicyclette sur la route de la soie. S. Joinson

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Voici un roman insolite qui nous transporte sur les routes d’Asie vers 1920. Evangeline quitte l’Angleterre, avec sa bicyclette, pour rejoindre sa soeur Lizzie, missionnaire. Suzanne Joinson nous conte le fabuleux périple de trois femmes européennes, en Orient au début du XXème siècle, avec tous les risques et surprises qu’un tel voyage comporte.   L’auteure rythme la fiction en alternant deux périodes: passé et présent. A Londres, nous découvrons le personnage de Frieda. La jeune femme fait un mystérieux héritage et enquête sur ses origines aux côtés de Tayeb, un immigré yéménite. Le dépaysement est total dans cette fiction à la fois romantique et poétique. Avec plaisir, nous découvrons le récit de voyage d’Evangeline et ses conseils surannés dans l’art de conduire une bicyclette. Ce roman féminin, salué de nombreuses fois par la critique, traite de nombreux thèmes comme le voyage, la découverte, l’amitié, la maternité, l’homosexualité, la fraternité, l’identité, les croyances…Excellent moment de lecture.

 

L’Empire en Héritage. S. Hayat

L'empire en héritage

Le personnage principal de ce roman historique est le fils de Napoléon 1er et Marie-Louise d’Autriche: Napoléon II, François, prince héritier. En 1832, celui que l’on surnomma         « l‘Aiglon  » , meurt à l’âge de 21 ans en déclarant: « Entre mon berceau et ma tombe, il y a un grand zéro. » C’est, donc, avec une certaine émotion que la lectrice découvre ce personnage historique malheureux et mal connu du grand public. Enfant, François a été envoyé à Vienne, loin de son père, où il mène la vie morose d’un prince de sang. Sous la plume vive de Serge Hayat, François grandit, apprend, aime, voyage, s’affranchit et donne un sens à son existence. Grâce au style scénaristique, et à l’abondance de détails qui témoignent d’un important travail de documentation, la lectrice se retrouve immergée dans ce voyage imaginaire de Vienne à Saint Hélène en passant par Paris. Pour notre grand plaisir, cette fiction réserve des rebondissements en grand nombre mais aussi des trahisons, des rencontres, des drames et d’heureuses surprises… Finalement, ce roman d’aventures nous emmène loin sans jamais lasser. Si, quelque part, l’auteur entretient la légende Napoléonienne, il nous éclaire aussi sur la personnalité de l’empereur déchu. Par- dessus tout, Serge Hayat rend un bel hommage à François, ce prince héritier attachant, en lui offrant un destin. Bon moment de lecture.

 

 

Itinéraire d’enfance. D. T. Huong

Itinéraire d'enfance

Duong Thu Huong est une auteure vietnamienne rebelle qui se bat depuis longtemps pour la démocratie et la liberté. Dissidente et exilée en France, elle a participé à la renaissance littéraire de son pays dans les années quatre-vingt. Aujourd’hui très populaire mais aussi contestée, ses livres sont interdits de publication au Vietnam. Au cours de mon voyage, j’ai choisi de lire « Itinéraire d’enfance » , un roman d’apprentissage lumineux. Nous sommes à la fin des années cinquante, au Vietnam, après la guerre d’Indochine. Bê est une jeune vietnamienne de douze ans qui se retrouve exclue de son école après avoir défendu une élève abusée. Elle décide de s’enfuir de chez elle en compagnie de sa meilleure amie Loan et de rejoindre la garnison de son père à la frontière nord du pays. Duong Thu Huong nous invite à nous plonger dans un périple truffé d’obstacles et de belles rencontres. La lectrice sort des sentiers battus pour suivre les aventures de ces deux adolescentes naïves et courageuses qui vont travailler dans une auberge, tuer le cochon et chasser le tigre… Le vieux Môc est un personnage particulièrement attachant qui jouera un rôle important pour ces deux jeunes filles perdues. Dans un style incroyablement poétique, l’auteure nous dépeint, avec finesse, la vie rurale des montagnards, leurs coutumes et croyances, mais aussi la beauté de la nature: «  l’aube s’est vraiment levée. L’aube en montagne, au début du printemps, n’a pas cet éclat souvent décrit dans la littérature. C’est une aurore agréable, d’un blanc satiné comme du lait concentré, on a le sentiment de voir un troupeau de moutons paissant dans des pâturages oniriques et traversant le ciel, qui nous baigne d’une lumière argentée, emplissant nos coeurs de sentiments de pureté et de clarté. » Il faut lire d’autres romans de Duong Thu Huong comme « Les collines d’eucalyptus » et « Terre des oublis » , Grand Prix des Lectrice du « Elle » 2007.

L’ombre douce. H. H. Nguyen

L'Ombre douce

Au cours d’un fabuleux voyage au Vietnam, j’ai relu, avec un plaisir décuplé, « La petite marchande de souvenirs » de François Lelord (Mai 14 sur ce blog). Entre Hanoï et Saigon, j’ai découvert la beauté d’un pays verdoyant, la diversité d’une culture ancestrale mais aussi une auteure vietnamienne. Avec raison, Hoai Huong Nguyen a déjà été récompensée par de multiples prix littéraires. Sa fiction envoûtante nous plonge dans l’enfer tropical de la guerre d’Indochine: en 1954, un soldat breton prénommé Yann est soigné dans un hôpital d’Hanoï par Mai, une jeune vietnamienne. Malgré les obstacles, ce couple mixte va s’aimer et se marier juste avant le départ de Yann pour Diên Biên Phu. Mai va tout faire pour retrouver son grand amour. Le style poétique de l’auteure fait appel à tous nos sens. Hoai Huong Nguyen évoque merveilleusement son pays d’origine et nous parle d’amour absolu et de guerre; une histoire d’eau et de feu. Un certain raffinement, une subtilité, une pudeur dans le ton impressionnent au cours de la lecture tout comme le contraste entre la cruauté et la beauté. Hoai Huong Nguyen jette un pont entre l’Orient et l’Occident et procure à la lectrice des sensations, des images et des parfums inoubliables.

Mirage. D. Kennedy

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Douglas Kennedy a, bel et bien, retrouvé son inspiration. « Mirage » ne ressemble pas à ses meilleurs romans: « L’homme qui voulait vivre sa vie » ou « La femme du Vème » ; « Mirage » est assurément différent. Douglas Kennedy se focalise, ici, sur la psychologie de ses personnages tout en analysant le couple: Robyn est une femme américaine très rationnelle qui a épousé Paul, un artiste instable et plus âgé. L’envie d’un enfant se fait ressentir; le couple part en vacances au Maroc dans l’espoir de concevoir le fruit de leur amour. Un jour, Robyn découvre un secret tandis que Paul disparaît mystérieusement… Dans la chaleur harassante d’un été marocain, l’aventure cauchemardesque de Robyn va alors commencer. Le décor a son importance: le Sahara apparaît comme une image mythique derrière laquelle se cache l’idée qu’on ne regarde que ce que nous avons envie de voir. Véritable polar où le suspense est permanent, Douglas Kennedy s’amuse à confronter le monde occidental au monde oriental tout en dressant le portrait de la société marocaine. La question du père s’impose dans cette fiction rythmée tout comme celle du sexe et du poids de l’échec dans la société américaine. La lectrice retrouve un dénominateur commun aux romans de Douglas Kennedy: son obsession de la fatalité. Et si l’amour était un mirage? Bon moment de lecture.

L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes. K. Lambert

L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes

Comment choisit-on un livre? Dans le cas de ce roman, c’est son curieux titre qui m’a interpellé. Ensuite, Karine Lambert a reçu le Prix Saga Café du Meilleur Premier Roman Belge (2014). Dans ces conditions, j’ai décidé de glisser ce roman dans mon sac de plage et je ne le regrette pas. Karine Lambert nous raconte l’histoire de cinq femmes qui partagent un immeuble parisien; cinq femmes qui ont toutes renoncé au désir et à l’amour. Telle une ruche, elles évoluent autour de la propriétaire surnommée « la Reine ». Jusqu’au jour où Juliette, une nouvelle locataire, va venir bousculer les habitudes de l’immeuble. Il se dégage beaucoup de fraîcheur de cette fiction à la fois tendre, poétique et grave. La lectrice apprécie le style humoristique de l’auteure et son énergie débordante. Les locataires de « la casa Celestina » sont toutes attachantes: Guiseppina qui traîne sa patte folle, Rosalie qui vit dans son passé, la Reine en ancienne danseuse-étoile, Simone qui n’ose plus danser et Carla en voyage en Inde…chaque lectrice retrouvera une part d’elle même à travers l’histoire de ces femmes qui ont décidé de ne plus prendre le risque d’aimer. A noter les nombreuses références artistiques qui ponctuent intelligemment le roman et apportent leur lot d’émotions. Il ne faut pas croire que les hommes sont absents de cette fiction; bien au contraire. Ce petit roman, facile à lire, nous invite à la réflexion tout en souriant. Bon moment de lecture.

Les Intéressants. M. Wolitzer

Les intéressants par Wolitzer

Suite aux bonnes critiques publiées dans les médias à propos de ce « page turner », je me suis littéralement embourbée dans la lecture de ce roman américain. Voici le pitch: durant l’été 1974, des adolescents se rencontrent lors d’une colonie de vacances et se baptisent « les Intéressants ». Julie (alias Jules), Ethan, Ash, Goodman, Jonah et Cathy font partie de cette bande d’amis pour le meilleur et pour le pire. Il faut reconnaître le talent de Meg Wolitzer pour dresser, avec finesse, le portrait d’une Amérique d’hier et d’aujourd’hui. La fiction est bien construite et les nombreuses réflexions au sujet de l’Art, l’amitié, l’amour, la famille et le couple sont particulièrement judicieuses. Alors, la lectrice va suivre ce petit groupe, à travers le regard de Jules, pendant quarante ans c’est-à-dire 564 pages. En réalité, cette épaisse saga nostalgique dresse le portrait d’une société américaine en déclin où chaque personnage va vivre une série de drames et de réussites qui ne se révèlent pas tous passionnants. Je dois bien admettre que je n’ai pas trouvé ce roman « intéressant » et encore moins captivant.

Wild Idea. Dan O’Brien

Wild idea par O'Brien

Imaginez-vous: assis sur le porche d’un ranch au milieu des Grandes Plaines du Dakota. Le paysage est à couper le souffle: un ensemble de vallons infinis embrasés de lumière. Au loin, évoluent des oiseaux, des chiens de prairie, des chevaux, des antilopes et des bisons. Vous êtes à l’écoute du récit de Dan O’Brien qui est à la fois éleveur, fauconnier, biologiste et écrivain. Après avoir tenté de réintroduire le faucon pèlerin dans les montagnes rocheuses, il réalise que tout est lié dans l’écosystème. Alors, il fonde « Wild Idea » , une entreprise d’élevage et de production du bison dans le respect de l’éthique écologique indienne. Pour la lectrice, ce témoignage est incroyablement passionnant. Dan O’Brien est un cow-boy bourru au coeur tendre; un ami; un époux et beau-père aimant. Au ranch, beaucoup de personnages attachants évoluent: Erney, Jill, Jilian, Colton, Gervase etc…et d’autres compagnons épatants: Hank, Oscar, Camo, Blacky, Granny, Gus…Mais tout est loin d’être idyllique et ce récit montre à quel point cette aventure écologique est une lutte permanente. Dan O’Brien a le grand mérite de nous aider à mieux comprendre le lien vital entre l’homme et la nature en partageant son histoire intime avec ses lecteurs. Excellent moment de lecture.