Joseph Anton. S. Rushdie

L’autobiographie de Salman Rushdie se lit comme un roman écrit à partir de faits réels. Ce grand auteur, d’origine indienne, avait été condamné à mort en 1989 par l’Ayatollah Khomeiny suite à la publication de son livre: « les versets sataniques ». Il raconte, ici, une décennie de sa vie sous protection policière, à la troisième personne du singulier. L’auteur justifie ce choix non pas par arrogance, mais afin de prendre de la distance avec son passé et l’homme qu’il a été. Très bonne traduction, à peine perceptible. Salman Rushdie a choisi le nom de « Joseph Anton » pour rendre hommage à deux illustres auteurs et à leurs univers: Joseph Conrad et Anton Tchekhov.  En effet, pendant toutes ces années d’isolement, Salman Rushdie sera, malgré lui, un homme invisible condamné à gérer, avec intelligence, sa peur pour lui et pour ses proches. C’est un livre sur la liberté d’expression, la solitude, l’exil et l’aliénation d’un auteur qui continue à écrire et à publier malgré la Fatwa. Certains passages, notamment ceux relatant sa protection policière quotidienne, sont véritablement surréalistes. Beaucoup d’humour également, tout au long des sept cent pages comme dans l’épisode de la perruque qu’il part tester, un jour, dans les rues de Londres. Les thèmes de la honte et de l’humiliation ont une place d’importance, ici, et Salman Rushdie ne cache pas ses douleurs les plus profondes. La lectrice découvre, également, son rapport à la vie politique internationale. La France apparaît comme un soutien bénéfique à travers diverses personnalités comme Jack Lang, Isabelle Adjani ou BHL. La franchise et la sincérité rendent l’ autobiographie souvent touchante. Certaines pages semblent extraites d’un journal intime où l’on découvre l’homme, le mari, le séducteur mais aussi le fils, le frère et le père de deux garçons. A travers ces évènements, Salman Rushdie rencontre beaucoup de personnalités et relate beaucoup de faits importants et moins importants. Grâce à ses amis, l’auteur a réussi à vivre et à se cacher malgré l’épée de Damoclès qui persiste au dessus de sa tête. Une autobiographie qui ouvre les portes du microcosme de Salman Rushdie. A réserver aux initiés. Sélection Grand Prix des Lectrices du « Elle » 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.